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Wolverhampton Wanderers : les « 50 glorieuses »

Sous pavillon chinois, et fortement influencé par le super agent Jorge Mendes, les Wolves essaient de retrouver leur lustre d’antan. Passés du championship à l’Europe en deux saisons, les joueurs de Espírito Santo marchent dans les pas de leurs glorieux aînés. Retour sur cette période historique pour le club des Midlands.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Les succès

Quand Stan Cullis parvient aux commandes de Wolverhampton, il s’inspire des principes de son ancien entraîneur Frank Buckley à savoir appliquer une discipline stricte, donner le meilleur de soi-même à l’entraînement et s’appuyer sur une tactique simple mais efficace : le long ball. Ce style de jeu direct consiste à envoyer le ballon le plus rapidement possible dans les zones dangereuses pour l’adversaire. Et idéalement avec de longues passes. Mais avec Cullis, les ailiers jouent aussi un rôle très important. Les talentueux Jimmy Mullen et Johnny Hancocks sont chargés d’alimenter en centre la ligne d’attaque. Ainsi, l’attaque menée par Peter Broadbent et Jimmy Murray (joueurs préférés de Sir Alex Ferguson et George Best dans leur enfance) a marqué la bagatelle de 96 buts lors de la saison 1953/54.

Autre pièce maîtresse de ce dispositif, le défenseur central et capitaine de l’équipe, Billy Wright. Pas très technique avec le ballon, il compense cela par une excellente lecture du jeu et une capacité à interrompre les attaques grâce à des interceptions intelligentes en gardant une longueur d’avance sur ses adversaires. Ensuite, il transmet la balle sur les ailes ou vers l’avant. Tous ces ingrédients forgent le succès de l’équipe des Wolves. Même si cette tactique n’enthousiasme pas les puristes, elle s’avère efficace avec l’obtention de trois titres de champion d’Angleterre (en 1954, en 1958 et 1959) et de deux FA Cup (en 1949 et en 1960). Une performance encore inégalée aujourd’hui pour le club des West Midlands.

« Avant de déclarer que Wolverhampton Wanderers est invincible, laissons-les aller à Moscou ou à Budapest. Et il y a d’autres clubs de renommée internationale : l’AC Milan et le Real Madrid pour n’en citer que deux. Un championnat du monde des clubs, ou du moins une compétition européenne, plus grande, plus significative et plus prestigieuse que la Coupe Mitropa et plus originale qu’une compétition pour équipe nationale, devrait être lancée. » – Gabriel Hanot, rédacteur en chef de L’Equipe

Un autre événement va participer à propulser Wolverhampton vers la notoriété. Dans les années 50, les matchs de football se déroulent dans l’après-midi. Le club investit £10 000 (environ £275 000 de 2018) pour installer un système d’éclairage au Molineux Stadium et disputer ainsi des rencontres en nocturne. Les Wolves étrennent leur nouvel éclairage contre une équipe sud-africaine en tournée en Angleterre. Puis, plusieurs autres clubs prestigieux affrontent Wolverhampton lors de matchs amicaux de gala comme le Budapest Honvéd de Puskás (voir plus bas), le Dynamo Moscou du grand Lev Yashin et le Real Madrid de Alfredo Di Stéfano. Par la suite, même si les Wolves n’ont jamais vraiment brillé en Europe quand ils y ont participé, ils restent les initiateurs de ces rencontres interclubs, plus communément appelé de nos jours : Ligue des Champions.

Stan Cullis

Joueur et ancien capitaine de Wolverhampton entre 1934 et 1947, Stan Cullis (surnommé le sergent-major) doit mettre fin prématurément à sa carrière suite à une blessure. Une fin de parcours encore plus douloureuse puisque le club échoue à un point du champion (Liverpool). Dès 1948, il prend en charge la direction de l’équipe après une courte expérience comme assistant de Ted Vizard. Lors de sa première saison sur le banc, Cullis devient le plus jeune manager (il est alors âgé de 31 ans) à remporter la FA Cup (1949) contre Leicester. C’est le premier trophée majeur pour le club depuis … 1908. Cinq ans plus tard, il mène les Wolves jusqu’au titre de champion d’Angleterre devant West Bromwich Albion. Une victoire d’autant plus savoureuse puisque obtenue d’un souffle sur leurs rivaux régionaux.

En décembre 1954, Stan Cullis et ses joueurs « vengent » l’Angleterre de l’humiliation subie à Wembley (défaite 3-6 devant 105 000 spectateurs) plus d’un an auparavant (en novembre 1953) contre l’équipe nationale hongroise composée de Zoltán Czibor, Nándor Hidegkuti, Sándor Kocsis et Ferenc Puskás. En effet, lors d’un match amical organisé entre Wolverhampton et le Budapest Honvéd, dont la majorité des joueurs évoluaient dans le fameux onze d’or hongrois, les britanniques l’emportent 3-2 dans un Molineux comble (55 000 spectateurs). Cet exploit est retentissant. Et puisque la Hongrie (invaincue pendant plus de quatre ans) est considérée comme la meilleure du monde du moment, Stan Cullis autoproclame les Wolves « Champions du monde ».

« Stan était 100 % Wolverhampton. Son sang devait être du vieil or. Il serait mort pour Wolverhampton. Par-dessus tout, Stan était un homme très intelligent qui aurait pu réussir n’importe quoi. Quand il a quitté Wolverhampton, je pense que son cœur était brisé et qu’il pensait que le monde entier était tombé sur lui. » – Bill Shankly, célèbre entraineur de Liverpool entre 1959 et 1974.

Une idée germe alors dans la tête de Gabriel Hanot, rédacteur en chef de L’Équipe, et de ses collègues journalistes pour résoudre équitablement cette question. La « Coupe d’Europe des clubs champions » est créée la saison suivante. Wolverhamtpon est l’un des premiers clubs britanniques à disputer cette nouvelle compétition. Pendant son mandat, Cullis ajoute encore deux nouveaux titres de champion et une FA Cup au palmarès. Mais à la surprise générale, il est limogé et annonce son intention de quitter le monde du football. Après un break d’une année, il reprend du service avec Birmingham City. Finalement, après cinq ans à la tête des Blues, il stoppe définitivement sa carrière de manager.

Sous la direction de Stan Cullis, ce dernier a d’ailleurs sa statue aux abords du stade, Wolverhampton a connu sa meilleure période avec plusieurs titres nationaux et une renommée internationale grâce à leurs nombreux matchs amicaux de prestige. Encore en phase de reconstruction, les Wolves misent sur la puissance financière chinoise et l’apport de Jorge Mendes pour retrouver les sommets.

NDLA : Depuis la création de la ligue en 1888, les Wolves se classent au quatrième rang en termes de points accumulés à la fin de la saison 2018-19 (toutes les divisions confondues). Seuls Manchester United, Liverpool et Arsenal ont plus de points (fin saison 2018/19). Et avec 7 780 buts inscrits en championnat (en 120 saisons), les Wolves se classent au troisième rang des meilleurs buteurs de l’histoire du championnat. Seuls Manchester United et Liverpool en comptent davantage.