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Une dernière journée décisive

Cette saison, deux protagonistes luttent depuis des semaines pour la première place du classement. A 90 minutes de la décision finale, Manchester City possède un léger avantage (1 point d’avance) sur Liverpool. Les Cityzens se déplacent à Brighton (17ème) pendant que les Reds accueillent Wolverhampton (7ème). Retour sur les derniers titres adjugés lors de la 38ème journée. Analyse.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Blackburn 1994/95

Blackburn Rovers XI : Flowers; Berg, Pearce, Hendry, Le Saux; Ripley, Sherwood, Atkins, Wilcox; Sherer, Sutton Entraîneur : Kenny Dalglish

En cette année 1995, les Rovers de Sir Kenny Dalglish, emmenés par leur duo offensif et prolifique Alan Shearer et Chris Sutton, se retrouvent en bonne position pour décrocher leur premier titre de champion d’Angleterre depuis 1914. D’ailleurs, leur dernier trophée remonte à 67 ans avec l’obtention de la FA Cup en 1928. En tête du classement, et à la lutte avec Manchester United depuis des mois, Blackburn aborde cette dernière journée décisive par un déplacement périlleux à Anfield. Les Red Devils, eux, reçoivent West Ham à Old Trafford. Les coéquipiers de Henning Berg, Colin Hendry, Graham Le Saux et du capitaine Tim Sherwood ouvrent pourtant rapidement la marque par l’inévitable Shearer (34 buts). Mais John Barnes et Jamie Redknapp à la 90′ infligent une défaite à Blackburn (2-1). Ce revers aurait pu leur coûter le titre. Mais contre toute attente, United se fait accrocher par les Hammers (1-1). Finalement, les joueurs de Sir Alex Ferguson échouent à un point de leurs rivaux.

« Nous avons gagné le titre mais nous avions neuf points d’avance à six journées de la fin et nous avons failli tout gâcher. Il aurait été impensable de ne pas remporter ce titre. » – Chris Sutton

Manchester United 1995/96

Manchester United XI : Schmeichel; Irwin, Bruce, Pallister, G. Neville; Beckham, Butt, Keane, Giggs; Cantona, Cole Entraîneur : Alex Ferguson

Renforcés grâce un investissement massif avec les arrivées de Les Ferdinand, David Ginola et Shaka Hislop en été (et de Faustino Asprilla et David Batty en hiver), les Magpies connaissent un départ canon. Les hommes de Kevin Keegan s’emparent rapidement de la tête du classement. Ils prennent le large avec une avance significative de 10 points à Noël 1995, et même 12 à la mi-janvier 1996. Pourtant, une série de cinq défaites en huit matches permet à Manchester United de les rattraper. Et même de les dépasser à la fin mars 1996. Le duel continue jusqu’à la dernière journée de championnat. Manchester n’a besoin que d’un point pour être sacré champion. Les Red Devils se déplacent à Middlesbrough. Et Newcastle reçoit Tottenham. Les Magpies sont tenus en échec par les Spurs (1-1). Les joueurs de Ferguson ne laissent pas passer l’occasion. Ils s’imposent 0-3 au Riverside Stadium avec des buts de May, Cole et Giggs. United gagne sa troisième couronne de PL et son dixième titre de champion d’Angleterre.

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« Je fais encore des cauchemars sur la façon dont nous avons échoué et comment une douzaine de joueurs qui étaient si bons ont pu devenir si nerveux au point de ne plus savoir jouer ensemble. Le virus s’est propagé au sein de toute l’équipe et a permis à United de combler le fossé énorme qui les séparait de nous. » – Kevin Keegan

Manchester United 1998/99

Manchester United XI : Schmeichel; G. Neville , Stam, Johnsen, Irwin; Beckham, Scholes, Keane, Giggs; Yorke, Cole Entraîneur : Alex Ferguson

Premier trophée de cette cuvée exceptionnelle, le sacre en Premier League n’intervient que le 16 mai 1999. Au coude à coude avec les Gunners de Arsène Wenger, United n’a récupéré la première place du classement que deux journées auparavant. Pourtant, depuis la fin janvier, les Red Devils étaient leaders de la ligue. En embuscade, Arsenal a profité d’un faux pas à Leeds (1-1) pour s’emparer de la première place. Mais United ne lâche rien. Après un superbe mois de mai (2V, 2N), ils redoublent les londoniens profitant d’une défaite des Gunners face à Leeds (1-0). Mais rien n’est joué. Pour la 38ème journée, Manchester United reçoit Tottenham et Arsenal est opposé à Aston Villa à Highbury. Les Spurs glacent l’ambiance à OT en ouvrant le score grâce à Les Ferdinand (0-1). Juste avant la pause, Beckham égalise (1-1). Si Arsenal marque, les Gunners passent devant. Le score est de 0-0 à Londres. Au retour des vestiaires, Andy Cole permet à United de prendre l’avantage sur les coéquipiers de David Ginola (2-1). Le but de Kanu (1-0) ne change rien. United décroche son 12ème titre de champion d’Angleterre, le cinquième de Premier League.

« Le plus important, c’était l’esprit de cette équipe. Ils n’ont jamais cédé, ils ne savent pas comment faire. Ils ont cette bête en eux et ils l’ont trouvée quand elle a regardé. Les gens n’oublieront jamais cette équipe. » – Sir Alex Ferguson

Manchester United 2007/08

Manchester United XI : van der Sar; Brown, Vidić, Ferdinand, Evra; Cristiano Ronaldo, Carrick, Scholes, Giggs; Rooney, Tevez Entraîneur : Alex Ferguson

Après un début de saison moyen, Man United réussit à revenir dans le coup grâce à une très belle série de neuf victoires en dix matches. Son opposant principal se nomme Chelsea. Malgré le licenciement de José Mourinho (en septembre 2007), les Blues sous la direction de Avram Grant réalisent un exercice exceptionnel. Le coach israélien ne subit que deux défaites. A l’extérieur à chaque fois. L’une contre United (2-0) et l’autre contre Arsenal (1-0). Les deux clubs sont très proches. Ainsi tout se joue lors de la dernière journée. Chelsea reçoit Bolton et Manchester se déplace à Wigan. Les londoniens sont dans l’obligation de gagner pour s’adjuger le trophée. Shevchenko trouve la faille à l’heure de jeu. Mais dans le temps additionnel, Matthew Taylor crucifie le Bridge avec une égalisation assassine à la 90+2. De son côté, United ne tremble pas face aux Lactics. Un penalty transformé par Cristiano Ronaldo et un but de Giggs (0-2) scellent le sort de cet exercice 2007/08 en faveur des Red Devils. Il s’agit du dixième titre de PL pour United et du dix-septième sacre de champion d’Angleterre. Soit une unité de moins que les éternels rivaux de Liverpool.

« Giggs est un joueur très précieux, il aura 35 ans en novembre, mais à 35 ans, il peut être le joueur clé de United. » – Sir Alex Ferguson

Chelsea 2009/10

Chelsea XI : Čech; Ivanović, Terry, Carvalho, A. Cole; J. Cole, Ballack, Lampard, Malouda; Drogba, Anelka Entraîneur : Carlo Ancelotti

Rapidement en tête du championnat (dès la J4), Chelsea fait quasiment cavalier seul toute la saison. Poursuivis par Manchester United, les Blues se laissent doubler aux alentours de la J30. Cependant, ils récupèrent rapidement leur place de leader. Mais sans réellement se détacher de leur dauphin. Emmenés par les deux duos Drogba / Lampard (51 buts) et Rooney / Tevez (49 buts), les deux équipes possèdent les deux meilleures attaques. Chelsea dépasse même la barre symbolique des 100 buts marqués (103). La lutte se poursuit jusqu’à la J38. Lors du dernier acte, Manchester étrille Stocke City (4-0). Néanmoins, ce festival offensif est insuffisant. Chelsea atomise Wigan (8-0)avec notamment un triplé de l’Ivoirien DD, reste devant et s’empare de leur troisième couronne de PL. Pour ses débuts en Angleterre, et même sa première expérience hors de ses frontières, le technicien italien connait une belle réussite en débutant par un sacre en Premier League.

« L’année dernière, j’ai parlé au club de l’importance de garder Didier Drogba lors de la négociation de mon contrat. C’était la clé pour moi et il a été brillant. Je voulais que ces gens restent. Ils ont été brillants cette année – Frank Lampard, Didier, les gens comme ça sont importants pour le club. » – John Terry

Manchester City 2011/12

Manchester City XI : Hart; Zabaleta, Kompany, Lescott, Kolarov; D. Silva, Y. Touré, Barry, Milner; Agüero, Džeko Entraîneur : Roberto Mancini

Quatre ans après le rachat du club par le fonds d’investissement Emirati (Abu Dhabi United Group for Development and Investment : ADUG) représenté par Khaldoon Al Mubarak, et après une progression constante (10ème, 5ème et 3ème), Manchester City est enfin en mesure de se frotter aux meilleures équipes du Royaume pour la couronne nationale. Les Cityzens sont en mode rouleau compresseur. Toujours sur les deux premières places du podium durant toute la saison, ils mènent un rythme effréné. L’unique équipe à suivre ce train d’enfer est le voisin d’United. Les deux clubs de Manchester ne se quittent plus. Pourtant, les Red Devils subissent une humiliante défaite à domicile (1-6) contre City. Mais les coéquipiers de Wazza restent dans le coup grâce à un super début d’année 2012. La décision finale se déroule lors de l’ultime acte du championnat. United se défait facilement (0-1) de Sunderland sur le terrain des Black cats. City reçoit QPR à l’Etihad Stadium. Pas encore sauvés d’une éventuelle relégation, les ‘Gers jouent le coup à fond. Malgré le but de Zabaleta (1-0), Djibril Cissé puis Mackie retournent la situation (1-2). Et le tout en infériorité numérique après l’expulsion de Joey Barton (55′). Le titre semble se diriger vers Old Trafford. Le temps additionnel vient de débuter quand Džeko égalise sur un corner de David Silva (2-2). C’est encore insuffisant. Il reste trois minutes à jouer. QPR est regroupé devant son but. Ce point suffit à leur maintien. Dans un dernier rush, Kompany trouve Agüero à trente mètres des buts de QPR. L’argentin joue en relais sur Balotelli. L’italien le décale en taclant le ballon. Agüero s’infiltre dans la surface et déclenche une frappe victorieuse (3-2). C’est l’explosion de joie dans le stade. City décroche le titre dans le … Fergie Time grâce au goal average. Agüero devient Monsieur 90+4. Il s’agit du premier trophée remporté par les Cityzens depuis 1968. Une première également pour la nouvelle direction.

« Jusqu’à présent, c’est le but le plus important de ma carrière. Tu marques le but à la dernière minute pour remporter le titre. Tu n’es pas sûr que cela se reproduira un jour dans ta carrière. J’aimerais pouvoir vous dire comment j’ai fait, mais je ne peux pas. J’ai pensé comme tout le monde que Mario [Balotelli] allait jouer le coup perso, mais il m’a remis le ballon. Il est tombé à mes pieds et je me suis dit :  » Frappe, frappe aussi fort que tu le peux et frappe « . Et il est entré. » – Sergio Agüero

Manchester City 2013/14

Manchester City XI : Hart; Zabaleta, Kompany, Demichelis, Kolarov; Navas, Y. Touré, Fernandinho, D. Silva; Agüero, Džeko Entraîneur : Manuel Pellegrini

A la recherche d’un titre en championnat depuis 1990, Liverpool pense bien dépoussiérer son armoire à trophées en cette saison 2013/14. Sous la direction de Brendan Rodgers, les Reds prennent un bon départ grâce à Luis
Suárez et Daniel Sturridge. A la mi-championnat, ils traversent une période plus troublée. Ce trou d’air permet à City de revenir sur les talons de Liverpool grâce à une série de onze succès en douze journées. Les Scousers repartent de l’avant. Ils s’emparent même de la tête de la ligue lors de la J32. Les supporters commencent à croire en leur destin. Mais lors de la 36ème journée, José Mourinho joue un vilain tour aux Reds. Avec une équipe remaniée, les Blues posent des problèmes aux coéquipiers de Steven Gerrard. Le mythique capitaine du club glisse et laisse Demba Ba filer au but pour le 0-1. Chelsea porte l’estocade à la 90+4 par Willian (0-2). C’est un coup de massue. La journée suivante, Liverpool se ressaisit et mène 0-3 à Selhurst Park. Mais de façon inexplicable, dans le dernier quart d’heure de jeu, Crystal Palace revient à égalité en dix minutes (3-3). Ces deux accrocs condamnent les Reds à la seconde place. Tout se décide lors du dernier match. Face à West Ham, Nasri et Kompany ne se privent pas pour conserver la première position (2-0). En dépit d’une victoire à domicile contre Newcastle (2-1), Liverpool laisse City leur confisquer le titre en s’échouant à deux points du champion. Les Reds devront encore attendre avant de gagner leur première PL.

« Il n’y a pas un jour qui passe sans que je ne me demande ce qui serait arrivé s’il n’y avait pas eu cette glissadeElle s’est produite à un très mauvais moment et c’était très cruel pour moi. Si je n’avais pas chuté, les choses se seraient peut-être passées différemment ? Je ne sais pas. » – Steven Gerrard

Pour la huitième fois depuis la création de la Premier League en 1992, le titre de champion d’Angleterre va se décider lors de la dernière journée de championnat. Pour le moment, Manchester City est devant. Si les Cityzens sont sacrés, ils arracheraient sur le fil le trophée pour la troisième fois. Liverpool essaiera d’inverser la tendance. Mais après avoir perdu la couronne en 2013, l’histoire pourrait encore se répéter pour les Reds.