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Udinese 2011/12 : la révélation de Serie A

Engluée dans un marasme sportif récurrent depuis plusieurs saisons (depuis le départ de Guidolin en 2014), l’Udinese version 2019/20 semble bien loin de cette époque pas si lointaine où le club frioulan se hissait sur le podium de Serie A. Retour sur une saison exceptionnelle pour les Zebrette. Analyse.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

L’effectif

Après une saison 2010/11, remarquable et remarquée, ponctuée par une brillante quatrième place au classement de Serie A, les joueurs de l’Udinese attirent sur eux toutes les convoitises. Le modèle économique et sportif du club, basé sur la post-formation et la valorisation des meilleurs éléments, pour remplir les caisses, ne permet pas de retenir les phénomènes dénichés au quatre coin du globe grâce à un réseau très bien structuré de scouts aux yeux experts.

Ainsi, lors du mercato estival de 2011, les frioulans se délestent de nombreux joueurs à forte valeur marchande comme Alexis Sánchez (FC Barcelone, 37,5M€ bonus inclus), Gökhan Inler (Naples, 8,8M€), Simone Pepe (Juventus, prêt payant de 2,5M€ et option d’achat de 7,5M€) et Cristián Zapata (Villarreal, 9M€) en partance vers des grosses cylindrées. Au total, 65M€ récupérés pour la compta. Le tout avec de fortes plus-values. Par exemple, Alexis repéré à 17 ans au Chili n’avait coûté que 1,3M$.

« Dès qu’un gros club se positionne sur un joueur, on ne peut pas suivre. » – Fabrizio Larini, Directeur Sportif entre 2010 et 2013.

Pour compenser ses départs, l’Udinese peut s’appuyer sur un effectif pléthorique de 95 joueurs professionnels sous contrat (au début de la saison 2011/12). Et le club continue (pour l’instant) de flairer des bons coups en attirant notamment Roberto Pereyra en provenance de River Plate (2M€) ou Piotr Zieliński en provenance de Zagłębie Lubin (100 000€). Les deux joueurs partiront quelques saisons plus tard pour 15M€ chacun, respectivement, à la Juve et au Napoli. Mais c’est une autre histoire, voici le XI type de cette saison formidable :

Udinese XI : Handanović; Benatia, Danilo, Domizzi; Basta, Isla, Pinzi, Asamoah, Armero; Di Natale, Floro Flores (3-5-1-1)

Le parcours

Si l’Udinese a effectué un super parcours en Serie A, et nous allons l’évoquer plus bas, les Zebrette n’ont pas brillé dans les autres compétitions (Coppa Italia et coupes européennes). Peut-être est-ce aussi pour cette raison qu’ils ont réussi en championnat ? Leur effectif ne leur permettait sûrement pas (qualitativement) de courir plusieurs lièvres à la fois. En coppa, ils sont éliminés à domicile en huitièmes de finale par le Chievo (1-2). Mais la principale déception est européenne avec cet échec (prévisible ?) en barrage de Champion’s League contre Arsenal (1-0 / 1-2). Reversés en Europa League, les Zebrette parviennent à sortir de leur groupe de qualif (Atlético, Celtic et Rennes). Ils passent l’obstacle du PAOK (0-0 / 0-3) mais tombent en huitièmes de finale contre Alkmaar (2-0 / 2-1).

Sur la lancée de leur précédent exercice (4ème), l’Udinese réussit un très bon début de championnat avec une série de sept rencontres sans défaite (4V, 3N) avec seulement un but concédé face au Milan * (NDLR à la fin). Ce super départ les place immédiatement sur le podium du championnat, avec même la place de leader (une première depuis 11 ans) au soir de la J7. Le premier revers, subi contre le Napoli (2-0), n’interrompt pas la belle mécanique. A la mi-championnat, les hommes de Guidolin sont des inattendus troisièmes à seulement trois points du leader juventino. Lors de la phase retour, l’Udinese marque un peu le pas. Avec sept défaites au compteur, les Frioulans sortent du podium. Mais ils restent en embuscade. Et la fin de championnat en boulet de canon (4V lors des 4 derniers matchs) leur permet de revenir à la troisième position.

« Dans le Frioul, j’ai trouvé ma maison et je n’ai jamais pensé quitter l’équipe, la ville et la famille Pozzo, qui m’a adopté comme fils. Quand la Juventus m’a contacté, j’ai dit au président que je voulais rester et c’est ainsi que nous avons décidé que je resterais à vie. » – Antonio Di Natale

Comme son équipe, dont il est le capitaine, Antonio Di Natale (23 buts) se hisse à la troisième place (ex-æquo avec Edinson Cavani) du classement des meilleurs buteurs de la saison derrière Diego Milito (24) et Zlatan Ibrahimović (28). Capocannoniere la saison précédente, Di Natale doit céder sa couronne au géant suédois. Cependant, l’artificier napolitain et frioulan d’adoption a encore été le danger offensif N°1 de l’Udinese. Toujours inspiré et clinique, l’âge ne semble pas abîmer le talent du meilleur joueur du club (all time) déjà âgé de 35 ans. Penaltys, coups francs, buts de renard de surface, buts acrobatiques, petit lob subtil, lourdes frappes précises, feintes … et même de la tête du haut de ses 170 centimètres. Evidemment, il faut souligner aussi la tactique mise en place par Guidolin afin d’alimenter le bomber frioulan notamment grâce à l’activité incessante des joueurs de couloirs.

Le Mister

Justement parlons de Francesco Guidolin. En poste depuis 2010, le vénitien connait sa deuxième expérience sur le banc du stadio Friuli après un premier passage lors de la saison 1998/99 où il succède à Alberto Zaccheroni. Qualifié pour la coupe de l’UEFA, Pozzo le remercie au tout début de l’exercice suivant. Pas rancunier, Guidolin accepte à nouveau le challenge frioulan plus de dix ans plus tard. Et pour son retour, tout ne se passe pas comme prévu. Dernier au bout de six journées de championnat avec déjà quatre défaites (consécutives), le technicien de Castelfranco Veneto tâtonne. Il multiplie les schémas tactiques, ne parvenant pas à trouver la bonne formule : 3-4-3, 3-4-2-1, 4-3-1-2, 3-5-2. Tout y passe. A force de chercher, Francesco va trouver.

Au début de sa carrière d’entraîneur, l’ancien joueur de Verona est un fervent adepte du 4-4-2 à la sauce Sacchi. Mais face à l’impossibilité d’adapter ce schéma à son très large effectif, Guidolin s’adapte aux qualités de ses joueurs. Francesco opte pour un 3-5-1-1 avec Di Natale en pointe et Alexis qui tourne autour. L’équipe réalise alors une remontée fantastique. De la dernière position à la quatrième avec à la clé une qualification pour les barrages de Champion’s League et un nouveau record de points (66) en Serie A pour l’Udinese (le précédent record de 64 points appartenait à Alberto Zaccheroni en 1997-1998).

« J’ai chassé la Panchina d’Oro pendant de nombreuses années, je pense que je mérite ce prix.» – Francesco Guidolin, lauréat en 2011

Dans la lignée de cette saison, Guidolin confirme lors du championnat suivant avec une magnifique troisième place en dépit de nombreux départs. Son équipe se distingue par sa solidité défensive avec seulement 35 buts encaissés (3ème meilleure défense), par sa qualité de jeu notamment sur les côtés et par le talent de son N°10 : Totò Di Natale. D’ailleurs, en février 2012, Guidolin remporte le prix honorifique de la « Panchina d’oro » (en VF le banc en or) comme Ancelotti, Capello, Lippi ou … Zaccheroni (avec l’Udinese 1996/97) avant lui. Francesco reste encore deux saisons supplémentaires (5ème et 13ème) avant de quitter le banc pour un rôle de responsable technique des clubs de la famille Pozzo.

Dernièrement, les tifosi de l’Udinese n’ont pas été à la fête. L’équipe du Nord-Est de la péninsule galère dans les bas fonds du classement depuis 2014. Et avec la montée de Pordenone en Serie B, un derby est même envisageable en cas de relégation. Pourtant, l’époque dorée sous Guidolin n’est pas si lointaine mais inatteignable pour le moment.

  • NDLR : Initialement programmée le 28 août 2011, la J1 contre la Juventus se dispute le 21 décembre (0-0) en raison de la grève déclenchée par l’AIC (Association italienne des joueurs) faute d’accord entre les clubs et la Fédération sur la création d’un fonds fédéral de solidarité à hauteur de 20 millions d’euros destiné à aider les club en difficultés financière. La grève est finalement interrompue début septembre 2011 après un accord transitoire paraphé pour discuter de la nouvelle convention collective jusqu’à la fin de la saison.