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Sheffield United : des Blades tranchants

Deux saisons après leur retour en Championship en provenance de League One (troisième division), Sheffield United retrouve la Premier League. Une belle performance. Les joueurs de Chris Wilder ont gagné leur ticket grâce à leur solidité défensive et à leur buteur maison : Billy Sharp. Analyse.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Historique

Fondé en 1889, il y a exactement 130 ans, le club de Sheffield peut s’enorgueillir d’être le premier club sportif anglais à avoir utilisé le nom « United » dans sa dénomination. Issue du Sheffield United Cricket Club (1854), la section football est vite surnommée « The Cutlers » (1889-1912) en référence à la présence en ville de l’industrie de production de couverts N°1 au Royaume-Uni. « The Blades » est d’abord le surnom des rivaux de Wednesday. Puis, en 1907, l’autre club de Sheffield change pour devenir « The Owls » après leur installation sur leur nouveau terrain à Owlerton.

En 1912, United s’approprie définitivement « The Blades » comme nouveau surnom. D’ailleurs, la présence de deux grands couteaux entremêlés entourant la Yorshire flower se retrouve sur le blason du club. Dans leurs premières années d’existence, le club connaît un certain succès avec un titre de champion d’Angleterre en 1898 et quatre FA Cup en 1899, 1902, 1915 et 1925. Tout au long de son histoire, Sheffield connait une certain irrégularité dans ses résultats. Hormis une longue période en Division 1 de 1893 à 1934, le club alterne les passages par les divisions inférieures.

De la D1 en passant par la D4. Puis de la Premier League à la League One. United passe plus de quinze ans dans l’antichambre de l’élite (1994-2006 et 2007-11). Finalement, avec deux promotions successives, les Blades vont enfin renouer avec le plus haut niveau national. En 2013, le businessman saoudien Abdullah bin Musa’ad bin Abdulaziz Al Saud rachète pour la somme de 1 £ une participation de 50 % de la société Blades Leisure Ltd. En échange de ce montant symbolique, le co-propriétaire s’engage à investir massivement dans le capital du club. En 2018, il entre en négociations avec Kevin McCabe (l’autre co-proprio) pour prendre pleinement le contrôle. Cependant, la relation entre les deux hommes s’est détériorée et Kevin McCabe envisage même de vendre le club rapidement.

« Je veux être supporter la saison prochaine. Je veux pouvoir passer le relais aux nouveaux propriétaires, crier et hurler et ne pas être discret dans la loge présidentielle. » Kevin McCabe

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De la League One à la PL

De retour en Premier League pour la première fois depuis plus d’une décennie (12 ans pour être précis), Sheffield United a quasiment connu une double promotion successive. Lors de la saison 2016/17, les Blades obtiennent facilement leur place pour le Championship. Avec 100 points au compteur en 46 rencontres, et 14 points d’avance sur leur dauphin, United retrouve une ligue abandonnée depuis déjà six ans.

Pour leur retour dans l’antichambre, Sheffield parvient à faire bonne figure. A onze reprises, ils atteignent le podium. Et même la place de leader lors de la quatorzième journée. Mais finalement, le promu s’écroule et termine à la dixième position. L’apprentissage est express. Cependant, le club du nord de l’Angleterre n’est pas vraiment considéré comme l’un des favoris pour la montée. D’ailleurs, avec deux défaites inaugurales, l’exercice 2018/19 ne débute pas de la meilleure des manières.

Au club depuis 2016, Chris Wilder (ancien de la maison à la fin les années 80) ne panique pas. Il trouve la bonne formule. Et son équipe enchaine deux séries de victoires (4 à chaque fois) pour recoller au classement et se replacer dans la course à la montée. Bien installés dans le top 4, les Blades connaissent une superbe période entre la 23 ème et la 45 ème journée avec 15 victoires, 6 nuls et seulement deux défaites. Meilleure défense du championnat avec 39 buts encaissés, Sheffield a rendu 21 clean sheets. Mathématiquement assuré de leur promotion après le résultat nul (et épique) entre Leeds (3ème) et Aston Villa, United a déjà bien fêté son retour parmi l’élite. Douze ans après l’avoir quitté.

« Je pense que cela va changer la vie de tout le monde. Nous allons vivre des expériences incroyables. Quand les matches sortiront, nous y jetterons un coup d’œil et nous nous frotterons vraiment les mains parce que nous sommes de retour dans le grand bain. » – Chris Wilder

Billy Sharp

Natif de Sheffield, Billy Sharp a une relation particulière avec le club des Blades. Passé par les équipes de jeunes, Sharp entame sa carrière professionnelle en 2004. Cela ne se passe pas merveilleusement bien. Envoyé en prêt à Rushden & Diamonds, club de League Two du Northamptonshire, il effectue un passage remarqué avec 9 buts en 16 matches. Pas suffisant pour être conservé par son club formateur. Direction Scunthorpe United et la League One pour 100 000 £. Avec The Iron, Sharp réalise deux saisons pleines (53 buts). Grâce à sa réussite devant le but, Scunthorpe atteint le Championship. Il suscite l’intérêt de nombreuses formations. Mais son choix se porte sur … Sheffield United. Son ancien club débourse 2M£ pour le débaucher et Jonathan Forte fait le chemin inverse. Son deuxième passage n’est pas concluant. Peu efficace, Sharp semble éprouver des difficultés à évoluer en Championship. Son total de but s’effondre. En deux saisons, il culmine à 8 buts en 51 rencontres.

Placé sur la liste des transferts en 2009, il part en prêt à Doncaster. Malgré une blessure au genou en fin de saison, Sharp séduit les Rovers. Là bas, il retrouve le réalisme. Et ses performances incitent le club à le conserver dans leur effectif. Doncaster s’offre ses services contre 1,15 M£. Son passage à Doncaster est une belle réussite sportive avec une régularité de métronome. Par contre, sur le plan personnel, il connait un deuil familial avec la perte de son nouveau né Luey Jacob, âgé de deux jours suite à un laparoschisis (Malformation consistant en une fermeture incomplète de la paroi abdominale). Trois jours après le décès de Luey Jacob, il inscrit une volée contre Middlesbrough. Il retire son maillot pour célébrer son but et laisse apparaître un tee-shirt avec l’inscription « THAT’S FOR YOU SON ». Salué par le public local et adverse pour ce moment émouvant, même l’arbitre de la rencontre ne le sanctionne pas du traditionnel carton jaune.

Repéré par Southampton, les Saints le récupèrent au mercato hivernal de 2012. L’aventure commence bien en Championship. Mais Sharp éprouve des difficultés quand le club sudiste se retrouve en PL. Prêté successivement et avec plus ou moins de réussite à Nottingham Forest, Reading et Doncaster, il est transféré à Leeds. De retour dans le Yorkshire, son passage est bref. Une seule saison. Sheffield United le rapatrie au bercail. Avec l’arrivée sur le banc de Chris Wilder, il est nommé capitaine de l’équipe. Il participe à la montée en Championship. Puis en Premier League. Le 01 janvier 2019, il est devenu le meilleur buteur anglais du football professionnel anglais au 21ème siècle, dépassant le record établi par Rickie Lambert avec 220 buts. Élu dans l’équipe type du championnat, il a guidé son club vers un retour en PL pour la première fois depuis 2007. Une sacrée perf pour le buteur trentenaire.

« Obtenir une promotion avec mon club d’enfance, c’est quelque chose, mais le faire deux fois et accéder à la Premier League, c’est incroyable, et je vais en profiter pleinement maintenant.» – Billy Sharp

Assuré de leur promotion avant même la fin de l’exercice en cours, Sheffield United connaît actuellement un véritable conte de fées. Bien aidés par une défense de fer et un buteur expérimenté, les Blades ont su mettre les ingrédients nécessaires pour obtenir une promotion inattendue. Nous les suivrons avec attention la saison prochaine.