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Rétro : Diego Simeone, el Cholo d’Italia

Avant de devenir un technicien volcanique à succès avec l’Atlético de Madrid, Diego Simeone a connu une belle carrière de joueur. Notamment en Italie. Dimanche soir, le calendrier de la Serie A nous propose un alléchant Inter-Lazio (deux de ses anciens clubs). L’occasion, pour l’équipe de ZoneMixte, de revenir sur le passage de Simeone de l’autre côté des Alpes. Focus.

 

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Né en 1970 dans la capitale argentine : Buenos Aires, Diego Simeone a grandi dans le quartier de San Nicolás. Avec Monserrat, c’est le véritable centre de la mégapole sud-américaine. Très tôt, le petit Diego se passionne pour le football. Une passion dévorante. Son père se souvient : « quand il a commencé à parler, le premier mot était but. » Rapidement, il intègre les catégories de jeunes du Vélez Sarsfield. Situé à l’ouest de la ville, c’est l’un des nombreux clubs basés dans la capitale avec Argentinos Juniors‎, Boca Juniors, Huracán, River Plate, San Lorenzo de Almagro ‎… (liste non exhaustive)

Parfois ramasseur de balle, son entraîneur de l’époque (Victorio Spinetto) le surnomme El Cholo en référence à l’ancien joueur Carmelo Simeone (homonyme) au style de jeu similaire. Ce terme historique, dérivé du Xoloitzcuintli aztèque (en abrégé xolo), se prononce « cholo » et signifie « métissage ». En 1987, il devient membre de l’équipe professionnelle. Milieu de terrain à l’engagement prononcé et avec une grande discipline tactique, Diego excelle devant la défense. Déjà, son rôle de leader marque les esprits.

Pise

Notamment celui du roumain Mircea Lucescu. En 1990, le technicien est en poste en Toscane, à Pise comme Directeur Technique. En duo avec Luca Giannini, l’entraîneur de l’équipe, Lucescu demande à son président Romeo Anconetani de recruter ce jeune milieu de terrain fougueux et énergique. Et après trois saisons sous les couleurs de Vélez (76 matchs, 14 buts), Diego quitte son pays natal pour découvrir l’Europe. C’est sa première expérience hors de ses frontières. Il n’est âgé que de 20 ans. Le 9 Septembre, il participe à son premier match de Serie A à Bologne. Il débute par une victoire (0-1).

« Il avait 20 ans et techniquement, ce n’était pas un phénomène. Cependant, il a su analyser les matchs d’une manière excellente et a compensé ses carence avec intelligence. Il a très bien couvert le terrain et a donné des instructions aux personnes plus âgées que lui. Et là, je me suis dit : ça va devenir un grand entraîneur. » – Mircea Lucescu

À peine promue en Serie A, Pisa connait un début prometteur avec deux victoires consécutives. Mais rapidement la spirale négative s’enclenche. Les mauvais résultats s’enchaînent. Les Nerazzurri paient au prix fort leurs errances défensives. Les défaites sont lourdes comme contre l’Inter (6-3), la Juventus (5-1) et la Fiorentina (4-0 / 0-4). Malgré la réussite devant le but de Michele Padovano (11) et de Lamberto Piovanelli (8), Pise s’enfonce au classement. Même les beaux succès enregistrés face au Torino (2-0), à la Roma (0-2) ou encore au Tardini à Parme (2-3) n’y changent rien. Après une seule saison, Pise est reléguée en Serie B. Suite à l’éviction de Lucescu en mars 1991, Giannini est confirmé par le président à la tête de l’équipe pour la nouvelle saison. L’objectif est limpide : remonter immédiatement en Serie A.

Considérée comme l’une des équipes favorites pour la promotion, Pise manque son début de championnat. Après trois défaites consécutives, Giannini est remplacé par Ilario Castagner. Simeone continue son apprentissage du football italien. En dépit de son jeune âge, l’argentin démontre beaucoup de charisme et de grinta. Cependant, ce sera insuffisant pour obtenir le ticket tant espéré pour l’élite. Pise termine à la sixième place. À la demande expresse de son compatriote, Carlos Bilardo, El Cholo file en Espagne pour signer avec le FC Sevilla. Quelques mois plus tard, un autre célèbre argentin (devenu persona non grata) quitte l’Italie pour la péninsule ibérique. Un autre choix de El Doctor. Son nom ? Diego Armando Maradona.

Inter Milan

Après une parenthèse espagnole de cinq ans, Diego Simeone a pris une nouvelle dimension sous les couleurs de l’Atlético de Madrid (doublé coupe/championnat 1996). De retour en Italie, ce n’est plus le jeune joueur inexpérimenté. À 27 ans, il est devenu un milieu de terrain unanimement reconnu. À la tête du club depuis 1995, Massimo Moratti (le fils de l’ancien président historique de l’Inter Angelo Moratti) veut redonner ses lettres de noblesse au club. L’été 1997 est fastueux pour les Lombards. En plus de Simeone, Moriero, Recoba, Ronaldo, Sartor et Taribo West rejoignent le club. Ils viennent renforcer un groupe composé de Giuseppe Bergomi, Nicola Berti, Youri Djorkaeff, Nwankwo Kanu, Gianluca Pagliuca, Iván Zamorano ou Javier Zanetti.

« Il est argentin et les Argentins sont forts. Ils ont des qualités techniques mais aussi mentales. Quand l’Italie a affronté l’Argentine, nous savions que nous devions souffrir. Même s’ils étaient techniquement inférieurs, ils nous ont mis en difficulté. Ils sont intelligents, éveillés, ils vous provoquent … Diego avait tout ça. » – Giuseppe Bergomi

Sous le maillot nerazzurro, Simeone impose son agressivité, son excellent jeu de tête, son gros volume physique et sa malice. Capable à la fois de gratter des ballons et ensuite de lancer les contre-attaques, l’argentin évolue principalement comme box-to-box avec un net penchant pour le but. Délaissé par les défenses, Diego en profite pour être une arme tactique fatale et efficace. Lors de sa première saison milanaise, il inscrit des réalisations cruciales comme contre le Milan dans le derby della Madoninna ou contre Strasbourg en Coupe de l’UEFA (but décisif pour la qualification). Ses principales sources d’inspiration sont le brésilien Falcão et l’allemand Lothar Matthäus. Sous la direction de Gigi Simoni, l’Inter échoue à la seconde place mais remporte le trophée européen contre la Lazio (3-0). Le premier titre de l’ère Moratti junior.

Après avoir remporté la Coupe UEFA mais manqué le Scudetto de peu, l’Inter se lance à nouveau dans la bataille. Le mercato est encore somptueux avec Roberto Baggio (31 ans) en tête d’affiche mais aussi des jeunes talents français (Ousmane Dabo, Mikaël Silvestre) et italiens (Andrea Pirlo, Nicola Ventola) pour compléter un effectif pourtant pléthorique. Le nombre élevé de joueurs, formant une mosaïque de nationalités diverses, a contraint Simoni à un important turnover. Pas l’idéal pour la stabilité. La saison tourne au cauchemar. Simoni est licencié par Moratti suite à une insuffisance de qualité de jeu. Simeone retrouve Lucescu. Mais les retrouvailles ne durent pas longtemps. Luciano Castellini succède au roumain. Puis Roy Hodgson le remplace à son tour. En mai 1999, Moratti quitte également ses fonctions présidentielles, remplacé par l’ancienne gloire Giacinto Facchetti. L’Inter termine à la huitième position. Bien loin des ambitions initiales de Scudetto.

Lazio

Inclus dans le deal avec Christian Vieri, Diego Simeone rejoint la colonie argentine installée dans le Latium. Matías Almeyda, Roberto Sensini et Juan Sebastián Verón accueillent El Cholo à Rome. Avec Sven-Göran Eriksson, la Lazio réalise une saison exceptionnelle pour le centenaire du club. D’abord en guise d’apéritif, une Super Coupe d’Europe. Puis comme plat de résistance un Scudetto arraché à la Juve lors d’une dernière journée dantesque. Et enfin en dessert, une Coppa Italia remportée contre … l’Inter. Un triplé magnifique pour les Biancocelesti. Lors de sa seconde saison, Simeone décroche un nouveau trophée avec la Super Coupe d’Italie. Mais la Lazio ne confirme pas sa splendide épopée de l’année passée.

« Deux années auparavant, j’avais disputé un match similaire face à la Juve avec l’Inter. Ils étaient premiers, nous étions deuxièmes. Il y avait eu tout un bordel avec ce penalty non sifflé sur Ronaldo, et nous avions perdu 1-0. J’avais retenu une chose de ce match : dans une telle rencontre, tu auras toujours une occasion. Et celle-là, il faut la mettre » – Diego Simeone, buteur décisif au Delle Alpi (victoire 0-1 de la Lazio)

Annoncé partant vers la FA pour le poste de sélectionneur de la Three Lions, Sven-Göran Eriksson préfère démissionner en cours d’exercice. Appelé par le président Cragnotti, Dino Zoff prend le relais. Néanmoins, grâce à la réussite de Hernán Crespo (26 buts), les Laziali terminent sur le podium (3ème). Peu de temps après le début de la nouvelle saison, Diego Simeone est victime d’une grave blessure au genou (ménisque + rupture du ligament croisé antérieur). Son absence dure plusieurs mois. De retour à la compétition, il croise son ancien club à la lutte pour le Scudetto 2002. Simeone s’ajoute à la liste des buteurs et inflige une défaite décisive pour le titre (4-2). Finalement, la Juve rafle la mise.

« Le but du 5 mai, celui du 3-2 qui a symboliquement enlevé le Scudetto à l’Inter était une tragédie pour moi. Après le but, je voulais presque disparaître du terrain. Mais j’étais un professionnel et je jouais pour les couleurs biancocelesti. » – Diego Simeone

À l’intersaison 2002, la Lazio connait de difficultés financières. Crespo et Nesta partent vers le Milan pou renflouer les caisses. Reconverti au poste d’entraîneur, l’ancienne idole Roberto Mancini prend place sur le banc de l’Olimpico. Malgré les problèmes économiques, Mancio réussit des prouesses. Début décembre, la Lazio s’empare même de la tête de la Serie A. Le club romain est également performant en Europe avec un parcours jusqu’en demi-finale de la Coupe UEFA. L’aventure continentale use le groupe et la Lazio termine à la quatrième place du classement général (qualificative pour la Champion’s League). Sous le maillot des Aquile, Simeone a côtoyé plusieurs éléments de grand talents comme Bokšić, Mancini, Mihajlović, Nedvěd, Nesta, Salas, Stanković ou Verón …

Au terme de quatre années intenses à Rome, El Cholo retourne à Madrid avant de terminer sa carrière au pays en signant avec le Racing. Au total, Diego Simeone a passé huit saisons en Italie (Pise, Inter et Lazio). Son plus long bail européen. Après avoir raccroché les crampons, il devient entraîneur. Dans un premier temps, il dirige des équipes en Argentine. Mais comme deux décennies auparavant, sa première expérience européenne l’amène en Italie. Plus précisément à Catania. Nommé à la tête de l’Atlético depuis décembre 2011, son avenir devrait certainement s’écrire à Milan où il est annoncé régulièrement sur le banc de l’Inter. Un lien fort l’unit avec l’Italie. D’ailleurs, son fils Giovanni y évolue depuis 2016 (Genoa puis Fiorentina).