Share

Pietro Anastasi : Petruzzu ‘u turcu

Symbole de la Juventus dans les années 70, Pietro Anastasi nous a quitté le 17 janvier dernier à l’âge de 71 ans. ZoneMixte vous propose de revenir sur son passage à Turin.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Un transfert record

Avant de porter la tunique bianconera, le Sicilien quitte son île natale, comme la majorité des gens du Sud, pour rejoindre le Nord de la Botte et la Lombardie. Plus précisément à Varese. D’abord en Serie B, puis en Serie A. Lors de la saison 1967/68, Petruzzu ‘u turcu * se révèle au plus haut niveau. Il se fait particulièrement remarquer lors d’une victoire retentissante contre la … Juventus (5-0) où il inscrit un triplé.

« Pietro Anastasi a fini par être le symbole vivant d’une classe sociale entière : celle qui quittait à contrecœur le sud pour aller gagner sa vie dans les usines du nord » – Alessandro Baricco, écrivain et journaliste italien

Promu, Varese termine à une inédite et étonnante septième position. L’équipe lombarde réussit même l’exploit de finir la saison invaincue à domicile. Comme souvent, le jeune homme de 20 ans est au centre de tractations serrées entre plusieurs ténors italiens. L’Inter semble avoir une longueur d’avance en raison des relations amicales entre Alfredo Caseti, directeur général de Varese, et Italo Allodi, son homologue milanais.

Cependant, proche du dénouement, la Juve se lance dans la bataille. Profitant du vide temporaire lors de la passation de pouvoir entre Angelo Moratti et Ivanoe Fraizzoli, Agnelli mène l’affaire à son terme en mettant plus d’argent sur la table mais également une fourniture de compresseurs de réfrigérateur pour Ignis, la société de Borghi (président de Varese). Anastasi passe à la Juve pour 650 millions de lire, somme considérable pour l’époque, et devient le footballeur le plus payé au monde dans cette décennie.

Un transfert symbolique

En plus de l’aspect sportif, l’arrivée de Anastasi à la Juve est un bon coup réalisé par l’Avvocato. Même si la contestation sociale n’est pas aussi prononcée qu’en France lors des événements de mai 1968, des troubles touchent également la péninsule. L’arrivée du Sicilien, originaire de Catane, à Turin a contribué à calmer la situation à l’intérieur des usines de Mirafiori. La main-d’œuvre d’origine méridionale a immédiatement élu ce jeune compatriote comme leur favori.

« De temps en temps, pendant les matchs, quelqu’un m’insultait avec du « terrone ». Ils l’ont fait surtout pour me rendre nerveux. Je le savais et j’ai répondu tranquillement : « Je suis peut-être un sudiste, mais je gagne plus d’argent que toi, mangeur de polenta.«  »Pietro Anastasi

Rapidement, le jeune attaquant leur donne raison. Très mobile et imprévisible, ce grand admirateur de John Charles masque certaines lacunes techniques grâce à un sens du but inné. Altruiste, peu avare en effort défensif, Anastasi se met dans la poche les tifosi juventini. Pourtant, malgré ses nombreux buts (14 et 15), la Juve doit céder le scudetto à la Fiorentina et Cagliari. Lors de la saison 1970/71, Pietro se montre moins décisif en championnat (6 buts).

Mais la fine gâchette turinoise reste prolifique dans d’autres compétitions. Notamment en Coupe des Villes de Foires (l’ancêtre de la coupe de l’UEFA). Meilleur buteur de cette compétition avec 10 buts, il devient le premier et l’unique joueur italien à réaliser cette performance. Anastasi est notamment le meilleur buteur de l’histoire du club dans cette coupe avec 12 buts. Il se paie même le luxe d’inscrire la dernière réalisation de l’histoire de cette compétition contre Leeds.

Un transfert gagnant

A partir de 1970, la Juve se renouvelle profondément. Aussi bien l’équipe que la direction. Italo Allodi et Giampiero Boniperti prennent les rênes du sportif. L’effectif est remodelé. Capello, Causio et Spinosi arrivent. Roberto Bettega, issu de la formation, aussi. Malgré leurs différences, Anastasi et Bobby Gol forment immédiatement un superbe duo d’attaquants. Un des meilleurs de l’histoire du club.

Les premiers résultats ne tardent pas à arriver. Dès 1972, la Vecchia Signora remporte son quatorzième scudetto. L’année suivante, la Juventus réédite sa bonne performance. Un titre acquis dans la douleur, à la lutte avec le Milan de Rivera et la Lazio (promue cette saison) de Maestrelli et Chinaglia. Anastasi souffre de la concurrence avec l’Italo-Brésilien José Altafini et malgré son record de présence (47 matchs), il ne score qu’à six reprises.

« Ce championnat a représenté la première étape de ma carrière et de mon expérience à la Juventus. Je suis arrivé dans le Nord alors que je n’étais encore qu’un jeune garçon et ensuite, je suis devenu un homme. »Pietro Anastasi

Le Sicilien connait encore le succès en 1975 avec un nouveau scudetto. Mais il rencontre également l’échec en 1973 avec deux finales perdues. La première en Coppa Italia contre le Milan de Nereo Rocco. La seconde en Coupe des Champions face à l’Ajax de Kovács et Cruyff. Par la suite, et même si Anastasi claque encore seize buts lors de la saison 1973/74, ses mauvaises relations avec Carlo Parola l’amènent à un départ vers l’Inter contre Roberto Boninsegna.

Resté parmi les joueurs les plus populaires auprès des supporters de la Juventus pendant des décennies, le club piémontais a honoré son attaquant sicilien comme l’un des plus importants de son histoire. Depuis 2011, Anastasi est l’un des cinquante joueurs Bianconeri présents sur le Walk of Fame du stade de la Juventus.

*surnom donné en raison de la coloration de sa peau en été