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Parme-Milan : la démonstration parmesane

Dimanche à 15 heures, Parme accueille le Milan. Si cette rencontre a perdu un peu de sa saveur, Zone Mixte vous propose de replonger dans ce match de la saison 1998/99 où les coéquipiers de Crespo ont infligé un sévère 4-0 aux futurs champions d’Italie.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Contexte

Maldini et les nouvelles recrues du Milan : Ayala, Bierhoff, Helveg et Lehmann

Depuis plusieurs saisons maintenant, Parme essaie de concurrencer les ténors nationaux. Quand le club remonte de Serie B en 1990, les joueurs de Nevio Scala obtiennent rapidement des résultats notamment dans les coupes nationales et européennes. Mais l’ambition des propriétaires (Tanzi) est de remporter le scudetto. Même si personne ne s’en doute encore en ce 29 novembre 1998, les rêves de grandeur de Parme vont bientôt voler en éclat avec la faillite de Parmalat. Cependant, nous n’en sommes pas encore là.

Du côté de Milan, l’exceptionnelle période dorée du club *, initiée en 1988 avec le Sucetto de Arrigo Sacchi, semble s’être terminée. Depuis deux saisons, les rossoneri sont rentrés dans le rang avec deux modestes 11 ème et 10 ème places au classement. L’expérience Oscar Tabarez a fait flop et les retours des anciens gloires sur le banc (d’abord Sacchi puis Capello) n’ont pas l’impact attendu. Silvio Berlusconi s’est tourné vers Alberto Zaccheroni pour repartir sur de nouvelles bases.

« Albertini, Costacurta et Maldini avaient tout gagné avec la traditionnelle défense à quatre mais ils ont eu l’humilité de suivre les idées d’un coach qui débarquait de l’Udinese et n’avait pas eu une grande carrière de joueur. » – Alberto Zaccheroni

C’est une grande première pour le technicien romagnol. Après plusieurs passages sur des bancs d’équipes plus modestes comme Venezia, Bologna ou encore l’Udinese, son arrivée au Grand Milan est une sacrée promotion. Et elle est méritée. Dans son précédent club (l’Udinese), le « Zac » a réalisé un très bon parcours avec deux qualifications européennes dont une superbe troisième position juste derrière l’Inter et la Juventus sacrée championne d’Italie.

Match

En ce dimanche après-midi de fin novembre, le Ennio-Tardini est comble. Vingt-sept mille spectateurs se sont massés dans les tribunes du stade de Parme pour pour cette affiche. C’est également l’occasion pour Gigi Buffon de fêter sa centième apparition en pro sous le maillot Gialloblù. A seulement 20 ans et 10 mois. Une sacrée performance pour de jeune gardien, promis à un bel avenir.

Parme : Buffon; Thuram, Sensini, Cannavaro; Fuser, D. Baggio, Boghossian, Bennarivo; Verón; Crespo, Chiesa (3-4-1-2) Remp. : Giunti, Fiore et Balbo Entraîneur : A. Malesani

Milan : Rossi; Sala, Costacurta, Ngotty; Helveg, Albertini, Boban, Maldini; Weah, Bierhoff, Ganz (3-4-3) Remp. : Ambrosini, Ba et Leonardo Entraîneur : A. Zaccheroni

Milan place la première attaque. Bien lancé en profondeur sur le côté gauche, Weah évite le tacle de Cannavaro pour centrer en retrait mais ses coéquipiers attendaient dans l’axe. Dino Baggio allonge pour Chiesa, parti à la limite du hors-jeu, mais son mauvais contrôle aérien permet à Helveg de dégager en corner. Sur un coup-franc vite joué par Verón, Dino Baggio envoie un missile sur Rossi. Le portier milanais ne peut capter le ballon qui atterrit directement dans les pieds de Chiesa (1-0). Milan tente de réagir mais la frappe de Ganz est hors cadre.

Et Parme enfonce le clou. Sur le côté droit, Verón sert dans l’axe Fuser. L’ailier s’infiltre dans la défense. Entouré de trois milanais, il parvient à donner le ballon à Crespo. Avec sang-froid, le bomber argentin contrôle et ouvre son pied pour placer son tir au premier poteau d’un Rossi impuissant (2-0). Bien lancé par une merveille d’ouverture de volée de l’extérieur de Verón, Chiesa évite la sortie de Rossi. Son tir est sorti sur la ligne par Sala. Cannavaro de la tête sur corner et encore Chiesa auraient pu encore corser l’addition des milanais avant la pause.

« Mes qualités principales étaient de frapper facilement au but et d’être très rapide. Deux choses importantes pour un attaquant, encore plus aujourd’hui. » – Enrico Chiesa

Zaccheroni tente d’inverser la tendance. Il profite de la pause, et de la blessure de Maldini suite à un contact avec Boghossian, pour lancer Leonardo et Ba dans la bataille. Cependant, ses changements sont sans effet. Parme continue sur sa lancée. Verón, dans tous les bons coups, décale Chiesa. Son centre est parfaitement repris de la tête par Crespo esseulé pour le 3-0. Boban essaie de réduire l’écart. En vain. Sa tête manque le cadre de Buffon. Sur un corner de Verón au second poteau, remisé au centre par Balbo, Cannavaro voit son retourné être repoussé par Rossi. Le gardien géant milanais ne peut rien sur la frappe croisée de Boghossian, bien servi en retrait par Fuser (4-0).

Homme du match

Nous aurions pu mettre en avant la performance du bomber Hernán Crespo, auteur d’un doublé lors de ce match de prestige. Nous aurions également pu choisir l’attaquant Enrico Chiesa. Le père de Federico a livré une prestation de haut niveau avec un but et une assist. Nous aurions pu encore nous concentrer sur l’ailier Diego Fuser. Véritable piston du côté droit et impliqué sur deux buts de son équipe. Tous ces choix n’auraient pas fait tâche.

Mais nous avons décidé de décerner ce titre de homme du match à Juan Sebastián Verón. Arrivé en Italie en 1996 à la Sampdoria, Brujita (le petit sorcier en espagnol, surnom hérité de son père ancien joueur de foot) vient d’arriver à Parme à l’intersaison 1998 contre un chèque de 20M€. Surnommé aussi le « gamin aux trois poumons », Verón allie une technique soyeuse à un physique d’acier. L’Argentin démontre tout son talent lors de cette partie : vision du jeu, précision, alternance du jeu court et long, frappe puissante.

« A Parme, il ne suffit pas d’essayer de remporter le Scudetto, vous devez également exiger de pratiquer un football élégant. » – Calisto Tanzi

Placé par Malesani en soutien des deux attaquants, Verón dicte le tempo à son équipe. Et en une touche de balle, il est capable de créer le danger comme lors de l’action de Chiesa sauvé sur sa ligne par Sala. Si Parme ne parvient pas à remporter le Scudetto, l’équipe se console en gagnant la Coupe d’Italie contre la Fiorentina et la Coupe de l’UEFA contre Marseille. Très courtisé par de nombreuses équipes, le meilleur relayeur de Serie A de cette saison 1998/99 na fait les beaux jours de Parme qu’un an. Il s’envole pour Rome et signe pour la Lazio pour 30M€.

Plus large défaite du Milan, sacré champion à la fin de la saison, un peu à la surprise générale, devant la Lazio, ce revers est quasiment (encore une défaite contre Bologne) le dernier de cet exercice pour le Diavolo. Parme est alors à son apogée. Malheureusement pour les Crociati, et malgré la pléiade de stars, ils ne parviennent pas à atteindre leur objectif de scudetto.

NDLA : Entre 1988 et 1998, le Milan va ajouter à son palmarès : 5 Scudetti, 4 Super Coupe d’Italie, 3 Champion’s League, 3 Super Coupe d’Europe et 2 Coupe Intercontinentale. Soit 17 trophées.