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Osvaldo Ardiles, le Spur

Suite au licenciement surprise de Mauricio Pochettino de Tottenham, ZoneMixte vous propose de revenir sur la carrière londonienne de son compatriote et prédécesseur sur le banc du White Hart Lane : Osvaldo Ardiles.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Arrivée en Angleterre

Avec Ricky Villa

Été 1978, Londres, Tottenham s’apprête à retrouver l’élite après un bref passage à l’étage inférieur d’une petite saison. Pour marquer ce retour en First Divison, les Spurs frappent un grand coup sur le marché des transferts. Afin de renforcer son effectif, notamment au milieu du terrain, l’entraîneur Keith Burkinshaw voit débarquer dans le Nord de Londres deux (tout frais) champions du Monde argentins : Osvaldo Ardiles et Ricardo Villa.

Si les transferts se sont maintenant démocratisés, à l’époque, l’arrivée de deux étrangers dans le championnat anglais a provoqué quelques remous de la part des autorités, des autres clubs et même des politiciens par l’intermédiaire du parlement britannique. Repéré par les scouts de Tottenham lors de la Coupe du monde 1978 où il porte un insolite N°2 sur son maillot albiceleste *, Ardiles est une super recrue pour le club anglais.

« Argentina can keep the Falklands, we’ll keep Ossie » banderole des supporters de Tottenham

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Avec son petit gabarit (170 cm pour 62 kg), Ardiles propose une activité incessante dans l’entrejeu. Comme beaucoup d’argentins, il possède une excellente technique couplée à une superbe vision du jeu. Et si Osvaldo n’est directement à la conclusion des buts, c’est souvent lui par qui le décalage arrive ou l’avant-dernière passe décisive. Insaisissable, son jeune frère l’avait surnommé Pitón (python) pour ses qualités de dribbles.

Un parcours contrarié

La greffe est compliquée entre le jeu très british de Tottenham et celui très sud-américains des recrues. L’attente des supporters était importante. Mais après trois saisons quelconque en championnat (11, 14 et 10 ème), Ardiles participe à la belle victoire en FA Cup 1981 contre Manchester City. Suite au match nul 1-1, le replay tourne en faveur des Spurs de Glen Hoddle (3-2, doublé de Villa). C’est la sixième Cup pour les londoniens, la première depuis 14 ans. L’année suivante, les Lillywhites conservent leur trophée. Si Ardiles est l’un des grands bonhommes de cette campagne, il ne peut prendre part à la finale contre QPR (1-1, replay 1-0).

En effet, l’argentin a obtenu l’accord de ses dirigeants pour rejoindre en avance sa sélection pour préparer la coupe du monde espagnole et défendre leur titre. Mais un événement, intervenu un peu plus tôt lors de cette saison, va troubler son aventure anglaise. Au point même de devoir l’interrompre temporairement. Le 02 avril 1982, le président argentin déclare l’invasion des îles Malvinas (« Malouines » en français, « Falklands » en anglais). Un conflit très bref (de avril à mi-juin 1982) mais sulfureux pendant encore ensuite de nombreuses années.

« Le pays dans lequel j’étais né était en conflit avec le pays qui m’avait adopté » – Osvaldo Ardiles

Le lendemain du début de cette guerre des Malouines, Tottenham se déplace à Leicester pour la demi-finale de la Cup. Les supporters conspuent Ardiles. A chaque touche de balle, ils crient : « England, England, England ». Pour défendre leur joueur, les fans de Tottenham entonnent des « Argentina, Argentina, Argentina ». A l’issue du match, Osvaldo déclare : « Je n’oublierai jamais ce qui s’est passé cet après-midi. » Très touché par ce moment, Ardiles est également endeuillé par la guerre. Son cousin, José, lieutenant de l’armée de l’air argentine, décède suite à une attaque d’un avion anglais. Osvaldo ne veut plus dans un pays en guerre contre le sien.

Le gouvernement britannique oppose son veto à son retour suite à la coupe du monde espagnole. L’argentin est prêté six mois au PSG. Une triste expérience de son aveu. Autorisé à rentrer en Angleterre en janvier 1984, il remporte la Coupe de l’UEFA contre Anderlecht (aller 1-1/retour 1-1, 4-3 tab). Son dernier titre avec les Spurs avec lesquels, il passe encore quatre autres saisons. Si Ardiles quitte officiellement Tottenham en 1988, un testimony (match hommage) lui est dédié en 1986. L’occasion de voir Diego Maradona avec le maillot de Tottenham.

Un bref passage sur le banc des Spurs

Ossie avec la nouvelle recrue Jürgen Klisnmann

Avant la fin de sa carrière de joueur, Ardiles se dirige déjà vers une reconversion dans le métier d’entraîneur. D’ailleurs, lors de la saison 1987/88, il a déjà endossé le costume en cumulant les deux fonctions pendant un mois. Osvaldo réitère l’expérience avec Swindon Town en 1989. Avec les Robins, il abandonne le style très direct de son prédécesseur Lou Macari pour mettre en place un football plus latin avec un 4-4-2 en losange.

L’expérience est une totale réussite avec une promotion obtenue sur le terrain mais invalidée par les instances. Recruté par Newcastle, il devient le premier manager étranger du club. Mais son séjour dans le Tyneside n’est pas couronné de succès. Menacées de relégation en troisième division, les Magpies le virent pour embaucher Kevin Keegan. Ardiles se relance avec West Brom et les ramène en deuxième division.

« Je n’ai jamais abandonné mes idées. Beaucoup de gens m’ont dit d’enlever un attaquant et de mettre un défenseur. » – Osvaldo Ardiles

Suite à la démission de Terry Venables, l’opportunité de coacher Tottenham se présente. Cette perspective enchante tout le monde. Mais sa carrière de manager ne rencontre pas le même succès que lors de son passage comme joueur. L’ambition offensive de Ossie Ardiles est contrariée par les blessures de Sheringham, par une longue série de défaite (7 consécutives) et par l’inconstance des autres joueurs.

Quinzième au classement, l’argentin procède à une campagne de recrutement fastueuse pour la saison 1994/95 (Ilie Dumitrescu, Jürgen Klinsmann et Gheorghe Popescu). En dépit de ces arrivées, et suite à une série de sanctions * pour des irrégularités financières commises dans les années 80 sous la présidence de Irving Scholar, Ardiles ne parvient pas à imposer son football ultra-offensif. En novembre 1994, il est viré de son poste et remplacé par Gerry Francis.

Joueur emblématique du club londonien, Osvaldo Ardiles a connu des hauts et des bas pendant son passage dans la capitale britannique. Son expérience sur le banc n’a pas altéré sa popularité auprès des fans des Spurs dont il est encore un fervent ambassadeur.

NDLA : 1/ à l’époque, l’Argentine numérotait ses joueurs par ordre alphabétique, à l’exception de Diego Maradona qui pouvait porter son numéro 10 préféré. Osvaldo Ardiles a donc endossé le N°2 en 1978 et le N°1 en 1982.

NDLA : 2/ Après investigation de la FA (fédération anglaise), l’instance dirigeante annonce que Tottenham est reconnu coupable de tous les chefs d’accusation et inflige la peine la plus lourde jamais imposée à un club anglaisà savoir une amende de 600 000 £, une déduction de 12 points pour la saison 1994-95 et à une exclusion de la FA Cup. Suite à l’appel du président Alan Sugar, l’amende s’est ensuite élevée à £1,5M mais la déduction des points et l’interdiction de la FA Cup ont finalement été annulées.