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Old Trafford : le Théâtre des rêves

Si la Premier League est le championnat le plus médiatisé du monde, cet engouement s’explique par la présence de joueurs talentueux, d’équipes de légende et de supporters passionnés. Mais également d’enceintes historiques et de prestiges. Cette semaine, Zone Mixte vous propose de découvrir un stade mythique : Old Trafford.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Origines

Fondé en 1878 sous le nom de Newton Heath, Manchester United change officiellement d’appellation en 1902 après avoir été sauvé de la faillite par John Henry Davies. A cette époque, le club n’a pas vraiment de terrain attitré. Sans stade fixe, ils jouent à North Road, puis Bank Street à Clayton (dans la banlieue est de la ville). Pour remédier à cela, le nouveau président de Manchester décide la construction d’un nouveau stade grâce à ses fonds propres. Et après une méticuleuse recherche, il décide de l’endroit idéal : il s’agit du quartier de Old Trafford (à l’ouest de la ville).

Les travaux débutent en 1909. Ils sont confiés à l’architecte écossais Archibald Leitch déjà concepteur de Hampden Park, Ibrox, White Hart Lane et … Anfield. Le projet est pharaonique avec une capacité de 100 000 spectateurs pour un coût record à l’époque de 60 000 £. Mais après révision, et pour éviter une rallonge de 30 000 £, le secrétaire du club propose de réduire l’affluence à 80 000 spectateurs. Inauguré en 1910 contre … Liverpool, Manchester perd 3-4 pour son premier match dans sa nouvelle enceinte.

« Sir Matt Busby est juste un type formidable. C’est Old Trafford. Si vous avez un problème, vous ne pensez pas à aller voir quelqu’un d’autre. Va voir le patron. S’il dit « oui », c’est tout. S’il dit non, alors oublie ça. » – Pat Crerand, joueur de Manchester entre 1963 et 1971

Avant la construction de Wembley en 1923, la finale de la FA Cup se déroule sur plusieurs terrains en Angleterre, dont Old Trafford qui abrite les éditions 1911 et 1915 devant plus de 50 000 spectateurs. La nouvelle enceinte accueille également la sélection nationale anglaise. La première fois en 1926 contre l’Ecosse. Le record d’affluence du stade n’est pas établi lors d’une rencontre de l’équipe locale mais à l’occasion d’une demi-finale de la FA Cup en 1939 entre Wolverhampton Wanderers et Grimsby Town où 76 962 personnes voient la victoire des Wolves 5-0.

Evolution

Depuis, Old Trafford a connu plusieurs modifications au fil des années. Certaines souhaitées comme en 1936 quand le stade est rénové pour 35 000£ afin d’ajouter un toit à la tribune nord. Certaines subies comme en 1941 quand un raid allemand détruit en grande partie le stade obligeant Manchester United à jouer à Maine Road chez le rival cityzen contre un loyer et une partie des recettes aux guichets. Ce déménagement temporaire dure jusqu’en 1949. Le président Gibson fait pression auprès de la War Damage Commission pour obtenir des aides pour la reconstruction (+ 22000£).

Entre 1951 et 1959, toutes les tribunes sont couvertes mais des piliers de soutien gâchent la vue des spectateurs. Ce problème est résolu pour le Coupe du Monde 1966 grâce à un porte-à-faux de style moderne sur le toit, permettant à chaque spectateur une vue totalement dégagée. En 1957, le club investit également dans l’éclairage avec l’installation de projecteurs. En 1973, des architectes redessinent complètement la tribune United Road avec des places debout devant, un large espace de places assises derrière et les premières loges privées d’un terrain de football britannique.

« Je suis arrivé à Old Trafford et un guide touristique a pensé que j’allais faire un tour. Il parlait, puis à la fin il m’a demandé : « Alors qu’est-ce que tu fais ici ? » J’ai dit que j’allais signer un contrat ! Il était sans voix. Mais il m’a donné son stylo et j’ai signé le contrat avec ce stylo. » Ole Gunnar Solskjær, manager de Manchester United sur son arrivée comme joueur

A la fin des années 80, la tragédie de Hillsborough a amené une réduction de la capacité à 44 000 spectateurs avec l’introduction des places assisses dans tout le stade et un réaménagement de la Stretford End. Mais avec le succès sportif de l’ère Ferguson dans les années 90, le club décide d’agrandir Old Trafford. En 1995 puis en 2005/06, des travaux de modernisation amènent la capacité à 74 879 places dont de nombreuses loges luxueuses. Le board envisage un nouvel agrandissement (95 000 spectateurs) pour devenir le plus grand d’Angleterre devant Wembley.

Monuments

Dans sa configuration actuelle, Old Trafford compte quatre tribunes : la Sir Alex Ferguson Stand, Sir Bobby Charlton Stand, Stretford End et East Stand. Comme dans de nombreux stades anglais, Manchester n’oublie pas ses glorieux anciens avec ces hommages à Alex Ferguson, entraîneur le plus titré du club avec 38 trophées dont 13 championnats d’Angleterre. En 2012, une statue à son effigie est érigée aux abords de « sa tribune. » Bobby Charlton a aussi sa tribune. Ce célèbre Bubsy babe, formé au club, héros de l’Angleterre victorieuse en 1966 et Ballon d’Or la même année, a marqué l’histoire de United en y disputant pratiquement la totalité de sa carrière (1956/73).

Si Sir Matt Busby n’a pas sa tribune, il a donné son nom à l’adresse du stade (Matt Busby way) et a sa statue qui s’élève au-dessus du mégastore. Entraîneur mythique, considéré comme l’un des meilleurs entraîneurs de tous les temps, de l’après-guerre à la fin des 60’s, il marque l’histoire en remportant notamment la première Coupe des Champions du club en 1968. En 2008, pour célébrer le quarantième anniversaire de cette victoire européenne, une statue dénommée « The United Trinity » représentant George Best, Denis Law et Bobby Charlton est située à l’extérieur du stade vers la tribune Est.

« Eric Cantona illuminait Old Trafford. C’était la folie à chaque fois qu’il touchait le ballon. » – Sir Alex Ferguson

Derrière la tribune Est, le club possède des bureaux où sont concentrés le centre administratif du club, les locaux de l’équipe de Inside United (le magazine officiel), le site internet officiel et ses autres départements administratifs. Autour du stade, nous retrouvons également une plaque et une horloge arrêtée à l’heure exacte de l’accident aérien commémorent le crash de Munich en 1958 où plusieurs personnes (23 au total dont 8 joueurs) ont perdu la vie. Le devoir de mémoire est ici aussi très important. Dans les bons comme les mauvais moments qui jalonnent l’histoire d’un club.