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Mister Gennaro Gattuso

Intronisé sur le banc du San Paolo, le bouillant calabrais rejoint un environnement tout aussi chaud au Napoli. Voici une rétrospective de ses précédentes expériences en tant que Mister. Focus.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

La première

Après treize saisons en Lombardie à défendre avec hargne et détermination les couleurs rossoneri, Ringhio cherche un dernier défi. « Ces derniers jours, certaines personnes m’ont déconseillé de venir. » déclare le tenace milieu de terrain. « Mais j’ai rencontré le président et on a eu un bon feeling. J’ai senti que c’est là que je devais venir. La simplicité n’a jamais été mon truc. »

Le voici donc en route pour la Suisse et le FC Sion du fantasque Christian Constantin. Comme souvent, la durée de vie d’un entraîneur valaisan est éphémère. Pas moins de sept changements de coach (Vladimir Petković, Sébastien Fournier, Michel Decastel, Pierre-André Schürmann, Victor Munoz, Gennaro Gattuso et Michel Decastel) interviennent lors de cette saison 2012/13 mouvementée.

L’Italien, encore joueur, s’assoit donc sur le banc pour une courte durée. De février à mars 2013, le temps de diriger quatre rencontres (3 en championnat et 1 en coupe), dont le bilan n’est pas exceptionnel (1V, 1N et 2D), Gattuso débute donc sa future nouvelle carrière de technicien. Ensuite, le calabrais cumule la fonction d’adjoint et de joueur jusqu’à la fin de la saison.

La plus courte *

Dans la foulée de son départ à la retraite de joueur, il quitte la Suisse pour rejoindre la Sicile. Palerme devient ainsi son premier poste. Et après Michel Constantin, Gattuso continue de s’associer avec des présidents volcaniques. Cette fois, c’est avec Maurizio Zamparini. Comme son homologue suisse, le dirigeant frioulan aime le changement. Mais cela n’effraie pas l’ancien milanais.

Relégué en Serie B, les Siciliens ont pour ambition de remonter immédiatement en A. Pour cela, Zamparini veut initier un nouveau cycle pour son équipe et choisit Gattuso plus pour son nom, synonyme de grinta que son expérience comme il le déclare à la presse : « je l’ai aussi choisi pour son excellente carrière et essentiellement parce qu’il s’appelle Gattuso. Le nom de famille en dit déjà long, son tempérament est synonyme de grand tempérament, il n’est pas dit dans un sens péjoratif. »

Mais Gattuso ou pas, le néo-technicien palermitain n’échappe pas à la règle. En manque de résultats, Zamparini le limoge au bout de seulement … six journées de championnat. Encore une fois, le bilan ne plaide pas en la faveur du néophyte. Éliminés de la Coupe d’Italie par Verona, Palerme n’a enregistré que deux victoires, un nul et trois défaites. Trop peu pour un favori au titre. D’ailleurs, sous la direction de son successeur Beppe Iachini, Palerme sera promu et sacré champion de Serie B.

La plus exotique

Après son échec en Sicile, Gennaro décide de s’éloigner de la péninsule. Et le choix de sa destination suscite beaucoup d’interrogations. Heraklion est plus connu pour le tourisme que pour son club de football : l’OFI Crète. Si l’équipe évolue en Superleague, plus haute division du pays, et sort d’une très belle sixième place au classement, elle est embourbée dans une crise financière. La dette s’élève à 12M€ et ne permet pas au club d’investir pour renforcer l’équipe.

Malgré toutes ces difficultés, Gattuso débarque sur l’île méditerranéenne avec son enthousiasme et son énergie. Pourtant, l’Italien s’épuise face aux problèmes structurels du club. Lassé, après une nouvelle défaite à domicile contre l’Astéras Tripolis (2-3), il démissionne de son poste. Devant les protestations des supporters, Genna accepte de retirer sa démission et de reprendre du service. Avant de définitivement quitter son poste le 30 décembre 2014. Bilan : 17 matchs, 5 victoires, 3 nuls et 9 défaites.

De cette aventure grecque, il reste une formidable conférence de presse d’après-match. Irrité par les critiques dont il est l’objet dans les médias hellènes, Gattuso nous fait revivre la mythique confpress de 1998 de son illustre compatriote : Giovanni Trapattoni. Comme l’ancien coach du Bayern, Ringhio défend avec vigueur son travail en mixant l’anglais, l’italien et le grec. A ses côtes, le traducteur grec a beaucoup de mal à suivre …

« Ce qu’on écrit dans les journaux, ce sont des conneries, de la merde, shit, malakia. Nous ne sommes pas le Real ou le Barça, mais l’OFI. Je veux du respect pour moi et mes joueurs, pour Crète. Je veux que mes joueurs aient des couilles… et du cœur. »

La plus formatrice

Suite à sa précédente expérience en Crète, Gattuso prend du recul avec le terrain. Mais après environ une année d’inactivité, le Calabrais replonge dans le grand bain. Cette fois, direction la Lega Pro et la Toscane. Pise devient son quatrième club. Sous sa direction, les nerazzurri réalisent une formidable saison. Grâce à une solide défense (la deuxième du championnat), Pise se hisse jusqu’à la seconde position du classement. L’équipe manque la promotion directe devant s’incliner face à la SPAL.

Mais les Toscans parviennent à retrouver la Serie B après huit ans d’absence via les Play-Offs en s’imposant contre Foggia (4-2 / 1-1). L’histoire est belle. Pourtant, rien n’est simple avec Gattuso. En mai 2016, il démissionne de son poste devant les problèmes du club. Et comme souvent dans le football italien, Gennaro revient sur le banc de Pise en septembre suite à la résolution des soucis de la società. Cependant, la situation est loin d’être idéale.

« Il ne triche pas. Ce n’est pas souvent qu’on voit des gens droits dans ce milieu-là. Il a un peu la même attitude que quand il était joueur. C’est ce qui fait sa force. Si tu n’es pas à fond avec lui, ça ne passe pas ! Aux entraînements, au toro avant même l’entraînement… C’est un battant, un gagneur. Finalement, tu es obligé de l’apprécier ! Il est aussi vraiment respecté pour sa carrière. » – Loïck Landre, défenseur français de Pise

Sanctionnée de quatre points de pénalité pour des problèmes financiers importants, Pise commence la saison avec un handicap. Comme en Grèce, il dénonce les graves carences de gestion à l’égard des joueurs et des employés dans une allocution d’après-match. Face à ces problèmes, l’équipe sombre sportivement. Inoffensifs offensivement avec la pire attaque de Serie B, les Pisans sont paradoxalement toujours aussi forts défensivement. Avec 36 buts encaissés, soit la deuxième meilleure défense du championnat, Pise est reléguée en Lega Pro.

La plus sentimentale

Aussitôt après son départ de Toscane, Gattuso retrouve son ancien club de cœur : l’AC Milan. Dans un premier temps, il s’occupe de la Primavera. Mais l’histoire s’accélère. Passé sous pavillon chinois après trois décennie avec Berlusconi, le Milan est dans une obligation de résultats. Montella en fait les frais. La place est libre pour Gattuso. L’ancien garde du corps de Pirlo est intronisé sur le banc de San Siro.

Pour ses débuts, Milan doit concéder le nul et subit une égalisation tardive (90+5) sur la pelouse du promu Benevento inscrite par Brignoli, le gardien des Stregoni. Il y a mieux comme début. En dépit d’un mercato ambitieux (Biglia, Bonucci, Çalhanoğlu, Conti, Kessié, Musacchio, Rodríguez ou André Silva) et d’une phase retour canon (39 pts, seuls la Juve et Naples ont fait mieux), les rossoneri ne parviennent pas à se qualifier pour la Champion’s League avec une sixième place au classement.

« Gattuso n’a pas été choisi pour faire le bouche-trou ou parce qu’il n’y aurait pas financièrement la possibilité de faire autrement. Il est le bon choix en ce moment. » – Marco Fassone, administrateur délégué du Milan

Même si l’avenir financier est assez flou (le Milan est exclu dans un premier temps de l’Europa League), le mercato est encore dispendieux (Bakayoko, Caldara, Castillejo, Higuaín et Laxalt). La saison est encore honorable avec une cinquième place échouant à un petit point de la Champion’s League. Il s’agit là du meilleur classement depuis 2012/13. Mais les dirigeants estiment que Gattuso a montré certaines limites managériales notamment dans la progression de son groupe et, mutuellement, ils décident de mettre un terme à son contrat.

Empêtrés dans une crise sportive avec déjà plus de vingt de retard sur le leader de Serie A, le Napoli et son président (Aurelio De Laurentiis) ont porté leur dévolu sur l’ancien manager milanais pour remplacer Carlo Ancelotti. Après la glace et le pragmatisme de Carletto, voici le feu et le romantisme de Gattuso. Le « fils » réussira t’il mieux que le « père » ? A suivre.

NDLA : en réalité, sa plus courte expérience sur un banc se déroule à Sion. Pas encore titulaire de la licence UEFA Pro pour entraîner, Arno Rossini le rejoint dans le Valais. Et mi-mai 2013, Gattuso reprend son rôle de joueur pour encore quelques semaines avant de prendre sa retraite et se consacrer exclusivement à sa nouvelle fonction.