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Michael Owen : la jeunesse dorée

Avec les convocations de Tammy Abraham (22 ans), Trent Alexander-Arnold (21 ans), Ben Chilwell (22 ans), Joe Gomez (22 ans), Callum Hudson-Odoi (19 ans), James Maddison (22 ans), Mason Mount (20 ans), Marcus Rashford (22 ans), Declan Rice (20 ans), Jadon Sancho (19 ans) et Fikayo Tomori (21 ans), Gareth Southgate a fortement rajeunit son effectif. L’occasion de revenir sur les débuts fracassants d’un ancien Ballon d’Or au parcours explosif : Michael Owen.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Des débuts fracassants

Michael Owen débute sa carrière avec Liverpool lors de la saison 1996/97. Au club depuis son plus jeune âge (12 ans) en intégrant l’Academy des Reds, il était déjà sur les tablettes de plusieurs écuries anglaises dont Arsenal, Chelsea et … Manchester United. Brian Kidd, l’assistant de Sir Alex Ferguson, s’est même déplacé en personne pour convaincre le jeune garçon. Mais Steve Heighway, le responsable du développement de la jeunesse de Liverpool, s’est montré plus convaincant et Owen s’est engagé avec les Scousers en 1991.

Rapidement, Michael séduit par ses performances aussi bien avec son nouveau club qu’en sélections de jeunes où il bat plusieurs records de buts avec 28 buts en 20 matches en U15 et U16. En parallèle, il brille également dans ses études en obtenant son diplôme (GCSE). En 1995/96, Owen (16 ans) surclassé, cartonne en FA Youth Cup. Principal artisan de la première victoire de l’histoire des Reds dans cette compétition, il marque 11 buts en 5 matchs dont un lors de la finale disputée contre le West Ham de Rio Ferdinand et Frank Lampard. Owen célèbre son dix-septième anniversaire en signant un contrat professionnel avec Liverpool.

« C’est incroyable quand on le voit jouer, il n’a que 17 ans. C’est un si bon joueur, si rapide et pour son âge, il a une excellente vision et une excellente conscience. C’est déjà un grand joueur et dans un ou deux ans, il deviendra un très grand joueur. » Karl-Heinz Riedle, international allemand et joueur de Liverpool de 1997 à 1999

Considéré comme le meilleur attaquant de son âge dans le pays, Roy Evans le lance dans le grand bain contre Wimbledon à Selhurst Park en fin de saison 1996/97. Lors de l’exercice suivant, Michael débute dans la peau d’un remplaçant mais suite à la grave blessure au genou de l’idole de Anfield : Robbie Fowler, il gagne sa place dans le XI. Sa jeunesse, sa fraîcheur et sa spontanéité font immédiatement la différence. Soulier d’or de la Premier League et élu Jeune Joueur de l’année de la PFA, Owen prolonge son contrat de cinq ans devenant l’adolescent le mieux payé de l’histoire du football britannique avec 10 000 livres par semaine.

La Coupe du Monde 98

Sa réussite en championnat (36m, 18b) n’est pas passée inaperçue. Convoqué dans la liste des 22 de Glen Hoddle, le jeune attaquant des Reds complète le squad offensif avec Les Ferdinand, Alan Shearer et Teddy Sheringham. La concurrence est rude. En toute logique, il débute sur le banc pour la première rencontre du groupe G contre la Tunisie (2-0) comprenant aussi la Colombie et la Roumanie. A cette occasion, Michael devient le plus jeune joueur anglais de l’histoire de la Coupe du Monde.

Pour la seconde partie du groupe, la Roumanie s’impose à la surprise générale (2-1) mais Owen entre un peu plus dans l’histoire avec son égalisation devenant le plus jeune buteur de l’histoire de l’Angleterre à l’âge de 18 ans et 190 jours. Il manque de peu le doublé quand sa frappe heurte le poteau dans le temps additionnel. Son impact, en dépit de la défaite, lui vaut une titularisation dans le dernier match contre la Colombie. Un match décisif pour la qualif. L’Angleterre l’emporte 2-0 et gagne son ticket pour les huitièmes de finale.

« Il est dans le top quatre de nos plus grands finisseurs, avec Jimmy Greaves, Gary Lineker et Alan Shearer. Certains pourraient dire qu’il est en tête de liste. C’était un assassin au visage de bébé. Sa finition était étonnante pour un jeune homme. » – Glen Hoddle, sélectionneur de la Three Lions de 1996 à 1999

L’adversaire est l’Argentine pour un remake de l’édition 1986 au Mexique. Les rencontres entre les deux nations sentent toujours le souffre depuis la guerre des Malouines et depuis la fameuse « main de Dieu ». Aligné à nouveau dans le XI, Michael Owen va marquer l’un des plus beaux buts de la compétition. Après l’ouverture du score de Batistuta sur penalty (1-0), Owen se fait faucher par Ayala dans la surface. Shearer égalise (1-1). Puis Michael Owen nous offre un but d’anthologie dans le « Chaudron » de Geoffroy-Guichard.

Suite à une récupération de Paul Ince dans ses trente mètres, le joueur de Liverpool passe à David Beckham. Le Spice Boy le sert dans le rond central. Le jeune prodige contrôle le ballon d’une aile de pigeon orientée dans sa course. A la lutte avec Ayala, il dépose l’argentin à la course. Dans la continuité, Owen efface Chamot bloqué sur ses appuis et trompe Carlos Roa d’une frappe croisée puissante dans la lucarne (1-2). Un bijou. Malheureusement pour les Anglais, Zanetti permet à l’Argentine de recoller au score (2-2). Beckham est exclus et l’Angleterre est éliminée lors de la séance de tirs au but (4-3).

Le Ballon d’Or 2001

Owen continue sa progression sous les couleurs liverpuldiennes. En 1998, Gérard Houiller s’est installé sur le banc. La vitesse de Michael permet au manager français de baser sa tactique sur un jeu très direct. Le jeune attaquant truste les titres de meilleur buteur du club avec 23 buts en 1999 et 12 buts en 2000. Mais cela n’est pas suffisant pour permettre à son équipe de remporter un titre. Que ce soit en Premier League, en coupes nationales ou européennes. Pour voir Liverpool gagner une compétition, il faut attendre la saison 2000/01. Sevrés de titres depuis maintenant six ans (avec la victoire en League Cup 1995), les supporters des Reds vont connaître de grandes émotions.

Bien placé en championnat mais seulement sur le podium en fin de championnat (3ème), Liverpool inaugure son palmarès de cette incroyable saison par la victoire en League Cup contre Birmingham City (1-1, 5-4 tab). Plus tard, ils continuent leur moisson en s’offrant la FA Cup contre Arsenal avec un doublé de … Owen (1-2). Quatre jours après, l’équipe du manager français défie le Deportivo Alavés en finale de la coupe UEFA. Une première européenne depuis le drame du Heysel pour les Reds. Au Westfalenstadion, la rencontre est complètement folle. Rapidement, les anglais ouvrent le score par Babbel (1-0). Gerrard double la mise (2-0) au quart d’heure de jeu. Tout le monde pense à une victoire facile.

« Quand il est sur le terrain, il y a toujours une chance de gagner jusqu’à la dernière seconde du match. » – Sven-Göran Eriksson, sélectionneur anglais de 2001 à 2006

Mais les Basques se rebiffent. Alonso réduit l’écart (2-1). McAllister redonne le large à Liverpool (3-1). Moreno y va de son doublé pour égaliser à 3-3. Fowler pense donner un avantage définitif. C’était sans compter sur Jordi Cruyff. Le fils de Johann arrache la prolongation à la 89′ (4-4). Alors que la séance de tirs au but se dessine, Geli marque contre son camp et scelle le sort de cette finale. Avec ce triplé, dont il est l’un des grands artisans, Owen reçoit le prix de Joueur européen de l’année. Une première pour un anglais depuis Kevin Keegan en 1979. Les honneurs continuent d’affluer avec le Ballon d’Or dont il est le second plus jeune lauréat à 22 ans et 4 jours. Owen et Liverpool ajouteront deux autres titres (Charity Shield et Super coupe d’Europe) dans les vitrines du club.

Michael Owen a marqué le monde du football par sa précocité et par ses nombreuses réalisations. Sa trajectoire a été fulgurante le propulsant du centre de formation des Reds au Ballon d’Or en passant par la Three Lions en l’espace de quatre ans seulement. Et forcément, c’est certainement une source d’inspiration pour les nombreux jeunes talents présents dans le groupe de Gareth Southgate.