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Mazzola / Rivera : icônes milanaises

Samedi, le Milan AC reçoit l’Inter à San Siro pour la 4e journée de Serie A. Après notre top 10 des joueurs à avoir évolué dans les deux clubs, la rédaction vous propose de retracer le parcours de deux joueurs emblématiques de l’Inter et du Milan.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Alessandro Mazzola : Inter (1961/1977)

Le nom de Mazzola résonne particulièrement en Italie. En effet, avant le fils Sandro dont nous allons évoquer la carrière, le père Valentino faisait parti du Grande Torino qui régna sans partage sur le foot italien dans les années 40 et qui disparu tragiquement avec coéquipiers, staff et dirigeants dans la tragédie aérienne de Superga en 1949. Très vite, le jeune Sandro est remarqué par Benito Lorenzi, un ancien joueur de l’Inter. Il rejoint donc Milan en 1957. Lors de son passage chez les jeunes du club, son entraîneur n’est autre que Giuseppe Meazza, autre icône de l’Inter. Son premier pro en Serie A intervient le 10 juin 1961 dans des conditions particulières.

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Mais revenons quelques jours plus tôt pour bien expliquer le contexte. L’Inter accueille alors la Juventus pour l’avant dernière journée de l’édition 1960/61. 5000 supporters bianconeri remplissent San Siro. Certains assistent au match au bord du terrain. D’importants mouvements de foule en première mi-temps interrompent le match et l’Inter est désigné vainqueur sur tapis vert. Cependant, à une journée de la fin du championnat, la fédération décide d’annuler cette décision. Et le match est rejoué le … 10 juin 1961. Pour protester contre cette décision, le président interiste aligne son équipe de jeunes. La Juventus les atomise 9-1 et Mazzola (19 ans) marque l’unique but pour l’Inter. Sandro Mazzola ne quitte plus l’équipe.

« J’ai joué contre ton père. Tu l’aurais rendu fier et je veux te donner mon maillot. » – Ferenc Puskás à Sandro Mazzola après la victoire de l’Inter sur le Real Madrid en finale de la Coupe d’Europe 1964

Acteur majeur des grands succès du club pendant le cycle doré sous Helenio Herrera avec Tarcisio Burgnich, Mario Corso, Giacinto Facchetti et Armando Picchi ponctué par trois scudetti (1963, 1965 et 1966), deux coupes des Champions (1964 et 1965) et deux coupes Intercontinentales (1964 et 1965). L’Inter est resté dans l’Histoire du foot avec sa fameuse tactique défensive dite du catenaccio (verrou en VF) et sa capacité à marquer sur des contre-attaques rapides et fulgurantes. Joueur polyvalent jouant au début et à la fin de sa carrière au milieu de terrain, Herrera le positionne en attaque avec à la clé un succès retentissant sur la scène internationale.

Élégant, fin techniquement et avec une grande force de caractère, Sandro était un attaquant moderne très impliqué dans le repli défensif. Buteur le plus rapide de l’histoire des derbys milanais après avoir marqué au bout de 13 secondes le 24 février 1963, Sandro est également le seul joueur de l’Inter à avoir remporté le titre de meilleur buteur en Coupe des Champions avec 7 buts lors de la saison 1963-1964. Il est considéré comme l’un des meilleurs joueurs italiens de tous les temps. En 1971, Mazzola remporte son dernier scudetto (le 4e) et se classe second au classement du Ballon d’Or derrière Johan Cruyff. Sandro met un terme à son immense carrière en 1977 après 417 matchs sous la tunique nerazzurra.

Giovanni Rivera : Milan (1960/1979)

A l’inverse de Sandro Mazzola, Gianni Rivera n’a pas passé la totalité de sa carrière sous le maillot rossonero. Mais quasiment l’intégralité. Natif de Valle San Bartolomeo, petit bourg voisin de Alessandria dans le Piémont, il donne ses premiers coups de pied dans un ballon à l’Oratoire Don Bosco. En 1956, son père lui présente Giuseppe Cornara, entraîneur des jeunes de l’Unione Sportiva Alessandria Calcio. Lors d’un tournoi, Gianni impressionne Silvio Piola (champion du monde en 1938) venu assister aux matchs, il déclare : « A son âge, je ne rêvais même pas des choses qu’il sait faire. » A 15 ans, il fait ses grands débuts en Serie A. Peu après, il cesse ses études.

Son coach à Alessandria, Franco Pedroni, ancien joueur du Milan, décèle très vite le potentiel et le talent de cet adolescent surdoué. Il en informe un dirigeant de son ancien club. Et très vite, le club rossonero acquière Rivera en copropriété malgré la concurrence nerazzurri sur ce dossier. Le jeune homme reste dans son club avant d’être définitivement transféré en Lombardie en 1960. C’est le début d’une longue et belle histoire avec Milan ponctuée par trois scudetti (1962, 1968 et 1979), quatre coupes d’Italie (1967, 1972, 1973 et 1977), deux coupes des Champions (1963 et 1969), deux coupes des Coupes (1968 et 1973) et une coupe Intercontinentale (1969).

« Oui, il ne court pas beaucoup, mais si je veux du bon football, de la créativité, de l’art de renverser une situation de la première à la quatre-vingt-dixième minute, seul Rivera peut me donner tout cela avec ses flashs. Je ne voudrais pas exagérer, parce qu’en fin de compte, ce n’est que du football, mais Rivera est un génie dans tout cela. » – Nereo Rocco, son entraîneur.

Aux côtés de Cesare Maldini, Giovanni Trapattoni, Dino Sani, Fabio Cudicini et José Altafini, Gianni gagne son surnom : le « Golden Boy » donné par son entraîneur Giuseppe Viani et son numéro 10. Pourtant, avec l’arrivée de Nereo Rocco, Rivera doit batailler pour gagner sa place. Des prêts à Vicenza et à la Juventus sont même évoqués. Finalement, il s’impose, devient un des acteurs majeurs de son équipe et noue des liens très forts avec le légendaire coach, initiateur du catenaccio. Rocco forme une équipe travailleuse sublimée par la créativité de Rivera. Capitaine à 23 ans, il porte le brassard douze saisons durant (sur dix-neuf).

Trequartista de génie, il compense son manque d’endurance par une exceptionnelle intelligence de jeu et une technique harmonieuse. En 1969, Gianni devient le premier Ballon d’Or italien non oriundo (après Omar Sívori en 1961), il est connu comme l’un des meilleurs joueurs transalpins et l’un des plus grands numéros 10 de l’histoire du football. Son glorieux parcours s’étale sur deux décennies. Vers la fin, son style de jeu devient plus avare en superflu mais toujours aussi efficace. Très engagé, Rivera s’est souvent élevé contre la presse, la fédération, les arbitres ou certains dirigeants du Milan quand il jugeait être face à une injustice. En 1968, il est l’un des membres fondateurs de l’Associazione Italiana Calciatori. Après sa carrière, Gianni devient dirigeant et se lance ensuite dans la politique.

Ces deux acteurs majeurs de leur époque se sont souvent affrontés pour écrire l’histoire de leur couleur. Surdoués du ballon rond, et chacun avec leur style, Mazzola et Rivera ont enchanté les tifosi italiens de leur classe et de leur talent. Deux légendes milanaises.