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Le jour où Bordeaux a remonté 3 buts à Monaco

Ce dimanche après-midi, Bordeaux reçoit l’AS Monaco pour un classique du championnat de France. Les deux formations se sont affrontées à 108 reprises dans l’élite, offrant quelques matchs historiques. Parmi ceux-ci, une folle remontée des Girondins à Louis II (3-4) lors de la saison 2008-2009, qui restera l’un des moments phare du dernier titre de champion de France glané par le club.

Par Elio Bono – Twitter: @eliobonobo

Fernando Cavenaghi, dernier buteur d’une soirée folle

Si vous demandez à un supporter bordelais son meilleur souvenir de l’incroyable saison 2008-2009, il est fort probable que celui-ci vous cite le match du titre à Caen (0-1) ou encore le carton face au Paris Saint-Germain (4-0) ponctué d’un but sensationnel de Yoann Gourcuff. En revanche, à l’heure d’évoquer le match le plus fou de l’année, celui-ci vous citera à coup sûr ce match dingue à Monaco.

Dernier match de Ligue 1 de l’année 2008, la rencontre oppose deux équipes aux destins opposés. Bordeaux est deuxième, à égalité avec Marseille et Paris, trois points derrière Lyon. De son côté, Monaco vit un exercice pénible à la douzième place, bien loin des ambitions européennes affichées en début de saison. Au coup d’envoi, les Monégasques entraînés par Ricardo présentent un 4-4-2 classique, tandis que Laurent Blanc décide de laisser Marouane Chamakh sur le banc. Le technicien cévenol a peut-être en mémoire l’improbable scénario du match à Louis II la saison passée, au cours duquel son équipe l’avait très largement emporté (0-6).

Bordeaux déjoue, Monaco en profite

Les Bordelais semblent épuisés par l’enchaînement des matchs – Bordeaux disputa cette année la Ligue des Champions et remporta la Coupe de la Ligue – et peinent à rentrer dans leur match. L’ASM attaque le match sans complexe, et ouvre le score dès la 13ème minute sur un coup-franc de Juan Pablo Pino qui lobe Ulrich Ramé, pas exempt de tout reproche (1-0, 13ème). Les Girondins tentent de réagir, mais leurs offensives sont trop timides et n’inquiètent pas le portier adverse Stéphane Ruffier. Pire, Bordeaux sombre juste avant la pause : sur une action anodine, Marc Planus rate complètement son dégagement, laissant Alexandre Licata, plus rapide que Diawara, filer vers la cage et doubler la mise (2-0, 43ème).

L’arbitre siffle la mi-temps, et l’ambiance d’habitude si calme du stade Louis II devient électrique dans les vestiaires. Le duo Blanc-Gasset est en colère et le fait savoir à ses joueurs. Deux d’entre eux, Abdou Traoré et Fernando, ne reviennent pas sur le terrain et laissent leur place à Marouane Chamakh et Jussiê. Un changement très offensif qui conduit les Bordelais à adopter une autre mentalité, et qui devrait s’accompagner d’un choc psychologique. Tout ne se passe cependant pas immédiatement comme prévu. Les nouveaux entrants ont à peine le temps de se mettre dans le rythme que le duo Pino-Licata frappe à nouveau. Le milieu colombien slalome à travers une défense amorphe, et centre pour son attaquant. Ce dernier, totalement seul au second poteau, ajuste Ramé et pense éteindre les derniers espoirs marine et blanc (3-0, 49ème).

La réussite du champion

Bordeaux semble dos au mur et n’a plus d’autre choix que de se ruer à l’attaque. Pragmatiques, les Girondins s’appuient sur quelque chose d’infaillible: les coups de pied arrêtés. Déjà auteur de neuf buts dans ce registre, Bordeaux se relance sur un coup-franc de Gourcuff repris par Chamakh (3-1, 52ème). Cette réaction d’orgueil remobilise des Bordelais qui multiplient les assauts devant le but monégasque. La physionomie du match change complètement avec cette réduction du score, et les hommes de Laurent Blanc décident enfin de jouer en équipe malgré un terrain délicat. Le collectif des Aquitains est supérieur, mais c’est bien sur une initiative individuelle que Bordeaux se rapproche un peu plus de Monaco. À vingt-cinq mètres du but, Alou Diarra hérite du ballon et décoche une frappe terrible qui vient se loger dans la lucarne adverse (3-2, 67ème). Cette fois, plus de doute, la machine girondine est définitivement lancée. L’ASM opère tente tant bien que mal de gérer son avantage, et opère par contre-attaques. Le club du Rocher obtient un coup-franc sur l’une d’entre elles. Déjà buteur et passeur, Juan Pablo Pino dépose un centre tendu dans la surface, détourné par Yoann Gourcuff sur sa propre barre transversale.

Bordeaux a chaud, et semble avoir retrouvé cette réussite qui lui a tant fait défaut en première période. Au même moment (71ème), Blanc tente le tout pour le tout et remplace son défenseur central Planus par Yoan Gouffran, utilisé au poste d’ailier. Les Marine et Blanc se présentent avec six joueurs à vocation offensive et font de la cage gardée par Stéphane Ruffier un véritable siège. Les minutes défilent, et les joueurs au Scapulaire se montrent trop imprécis pour rejoindre leurs adversaires. Pas de panique néanmoins pour l’engrenage bordelais, qui sait que le moindre coup de pied arrêté peut lui procurer, a minima, une situation de but. La prophétie est parfaitement réalisée quand, à cinq minutes de la fin, Yoann Gourcuff dépose le cuir sur la crête de Marouane Chamakh, qui s’élève pour la deuxième fois de la soirée plus haut que tout le monde et égalise (3-3, 87ème).

Tout le banc girondin exulte, devant un stade Louis II totalement désabusé. Bordeaux revient de loin, et pourrait se contenter de ce point encore inimaginable une demi-heure auparavant. Mais cette équipe est animée par une force mentale presque inépuisable, qui la conduit encore et toujours à attaquer. Monaco n’y est plus, et perd la balle dès l’engagement. Une récupération haute et deux passes plus tard, les Girondins se retrouvent une fois de plus dans la surface adverse. Chamakh élimine un adversaire, et a la lucidité de servir Fernando Cavenaghi. Dos au but, le goleador argentin se retourne et enchaîne une reprise à bout portant, qui vient se loger dans le petit filet de Ruffier (3-4, 89ème). Déjà folle, cette soirée bascule dans l’irréel. Grâce à cette victoire, Bordeaux distance Paris et Marseille et recolle aux basques du leader lyonnais.

Mené de trois buts à la 50ème, Bordeaux a réalisé une remontée fantastique restée dans les annales de cette saison historique pour le club. Les Girondins ont remporté cette année-là le dernier de leurs six titres de champion de France, trois points devant Marseille. Si la route vers le titre a été le fruit d’un travail acharné de deux ans, il est fort probable que ce Monaco-Bordeaux ait constitué un réel tournant dans la quête du Graal.

Dimanche 21 décembre 2008. 19ème journée, saison 2008-2009


Monaco 3-4 Bordeaux
Arbitre : M.Duhamel. Stade Louis II. 8 142 spectateurs.


Monaco : Ruffier – Mongongu, Nkoulou, Muratori, Simic – Gosso (Nimani, 82ème), Pino, Meriem (Pérez, 69ème) – Kaita, Licata (Adu, 75ème), Mollo.

Buteurs : Pino (13ème), Licata (43ème, 49ème).


Bordeaux : Ramé – Jurietti, Diawara, Planus (Gouffran, 71ème), Chalmé – Diarra, Fernando (Jussiê, 46ème), Gourcuff, Traoré (Chamakh, 46ème) – Bellion, Cavenaghi.

Buteurs : Chamakh (52ème, 87ème), Diarra (67ème), Cavenaghi (89ème).