Share

La « Sampd’Oro »

Malgré plusieurs décennies d’existence, la Sampdoria a attendu l’arrivée sur le banc du technicien serbe, Vujadin Boškov, pour glaner ses premiers succès. Retour sur la période dorée des Blucerchiati.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Genèse

Fondé en août 1946 de la fusion de deux clubs locaux : l’« Andrea Doria » (fondé en 1895) et la « Sampierdarenese » (fondé en 1899), la Sampdoria devient de facto le rival du Genoa. Mais un rival au palmarès famélique face à celui du Grifone (9 Scudetti et 1 coppa Italia). Un homme va changer la destinée de ce club jusqu’alors condamné à vivre dans l’ombre d’un voisin à l’histoire glorieuse.

« La seule chose que je ne regrette pas dans ma vie est d’être devenu président de la Sampdoria. » – Paolo Mantovani



Cet homme s’appelle Paolo Mantovani. En juillet 1979, ce chef d’entreprise dans le secteur du pétrole achète la Samp descendue en Serie B deux ans auparavant. Et après seulement trois ans de règne, son équipe retrouve l’élite. Il s’agit d’une première étape dans la conquête du succès. La seconde étape intervient en 1985 quand l’autre club génois remporte son premier trophée national : la Coppa Italia.

Avec ce titre remporté en matchs aller / retour contre le Milan (0-1 / 2-1), la Samp vient de briser le plafond de verre. Eux aussi peuvent gagner. Mantovani, qui s’appuie sur une politique de recrutement très précise alliant de jeunes espoirs italiens encadrés par quelques grands joueurs étrangers (Liam Brady, Trevor Francis et Graeme Souness), va alors installer sur le banc du Marassi un technicien expérimenté (Vujadin Boškov) pour permettre à son groupe de continuer de grandir. Le résultat va dépasser toutes les espérances.

Vujadin Boškov

Quand le serbe arrive en Ligurie, il arrive en provenance d’Espagne où il a notamment dirigé le Real Madrid. A 55 ans, Boškov entraîne depuis déjà 24 ans. Ancien milieu de terrain de la fin des années 40 au début des années 60, l’ex-joueur de Vojvodina a la particularité d’avoir évolué sous les couleurs Blucerchiati pendant une saison (1961/62) juste avant de raccrocher les crampons handicapé par de nombreux pépins physiques et d’endosser le costume de Mister. Après l’Italie, « Vujke » se retrouve entraîneur-joueur aux Young Fellows de Zurich. Une première expérience décevante marquée par une relégation en fin de saison.

« Quand il est arrivé à la Samp, il venait du Real Madrid et était un entraîneur expérimenté. Il a pris en mains une équipe qui était en train de grandir, il nous a fait sentir importants et cela nous a énormément aidés pour croire en nous et faire des progrès. » – Roberto Mancini

De retour au pays, il devient le directeur technique de Vojvodina. Sous sa mandature, le club se (re)structure et gagne en 1966 son premier titre de champion de Yougoslavie. Il prend ensuite en main la sélection nationale avec comme fait de gloire : avoir terminé devant les Pays-Bas de Johan Cruyff lors des éliminatoires à l’Euro 1972. Toutefois, la formule n’était pas la même que maintenant et la Yougoslavie s’est inclinée en quart de finale contre l’URSS. A partir de 1974, Boškov rejoint l’Ouest et les Pays-Bas. D’abord à Den Haag (vainqueur de la Coupe des Pays-Bas 1975) où il reste dans toutes les mémoires comme Ernst Happel ou Václav Ježek. Puis au Feyenoord avec moins de succès (4ème et 10ème).

Après cet échec, il se relance en Espagne avec Saragosse. Promu en Liga, le club d’Aragon se maintient en finissant 14ème dans un championnat à 18 où les 15 premiers restent parmi l’élite. Contre toute attente, le Real Madrid le débauche et le sorcier serbe sort une masterclass pour sa première saison au Bernabéu : doublé liga / copa del Rey avec une équipe 100% espagnole. L’année suivante est plus compliquée. Le titre s’échappe à la dernière minute au profit de la Real Sociedad et les Merengues perdent en finale de C1 contre Liverpool. Si Vujke gagne une nouvelle coupe lors de sa troisième saison, les performances européennes ne sont pas au rendez-vous. Il démissionne, rebondit à Gijon et un an plus tard, part pour l’Italie.

La « Sampd’Oro »

Après deux saisons d’adaptation à Ascoli, l’ambitieux président Mantovani le nomme à la tête de la Sampdoria. Le Calcio est le meilleur championnat du Monde avec de grosses cylindrées au pouvoir. Mais le Serbe va construire son groupe. Touche après touche. Avec l’aide de Paolo Borea (directeur sportif), ils recrutent de jeunes talents italiens (Attilio Lombardo, Roberto Mancini, Moreno Mannini, Gianluca Pagliuca, Luca Pellegrini, Gianluca Vialli, Pietro Vierchowod …), s’appuient sur le centre de formation du club et les encadrent avec des étrangers expérimentés (Hans-Peter Briegel, Srečko Katanec, Alekseï Mikhaïlitchenko, Toninho Cerezo …).

« J’ai déjà gagné dans ma vie mais ce Scudetto est certainement le plus beau, parce que je l’ai gagné dans le championnat le plus difficile du monde et dans un club qui ne l’avait encore jamais fait malgré ses nombreuses années d’existence. » – Vujadin Boškov

Le technicien impose un football offensif et agréable. Il peut compter sur son duo d’attaque « I Gemelli del Gol » pour enflammer les pelouses italiennes. Et sur son jeune et talentueux gardien : Luca Pagliuca pour préserver les buts. Les résultats vont crescendo : 6ème, 4ème et deux fois 5ème et deux succès en Coppa Italia 1988 et 1989. Mais la consécration arrive en 1990 avec la victoire en Coupe des Vainqueurs de Coupe après une première tentative avortée l’année précédente face à la future « Dream Team » de Cruyff. Défait en Supercoupe de l’UEFA 1990 contre le Milan, Boškov ne se laisse pas abattre.

Travail, discipline mais également psychologie et écoute des joueurs sont au programme. Et ce long proccess collectif, entamé par le président Mantovani en 1979, va porter ses fruits en 1991 avec le sacre en championnat. Ce scudetto tant attendu arrive enfin. Le premier pour les Doriani avec un groupe arrivé à maturité, après plusieurs années d’efforts. Mais ce n’est pas encore terminé. L’apothéose aurait pu être encore plus belle si Ronald Koeman n’avait anéantit les derniers espoirs de la Samp à Wembley lors de la finale de C1 1992.

Vujadin Boškov reste indissociablement lié aux succès de la Samp. Entraîneur respecté par ses joueurs, dans les médias où il se montre un fin communicant, le Serbe a connu sa plus belle période en Ligurie où il a atteint la consécration.