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John Barnes : « vole comme le papillon, pique comme l’abeille »

Ailier gauche majestueux, John Barnes est principalement connu pour sa décennie couronnée de succès avec Liverpool. Mais à l’instar de Ian Wright, il fait d’abord ses premières armes avec un club londonien : Watford. Retour sur son début de carrière avec les Hornets.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Découvert par hasard

Si leur parcours n’est pas réellement un copié/collé, il existe quelques similitudes entre Ian Wright et John Barnes. Tous sont deux originaires de Jamaïque, tous deux vont porter le maillot de la sélection anglaise et tous deux sont repérés un peu par hasard. Mais avant d’en arriver là, commençons par le commencement : Once upon a time … John Barnes voit le jour à Kingston en 1963. Il est prénommé John en hommage à John Charles, le célèbre joueur gallois.

Fils d’un colonel de l’armée, fan de sport et de foot, il est élevé avec une certaine rigueur. En marge de l’armée, son père évolue comme semi-professionnel dans un club du championnat local et a également porté le brassard de capitaine de l’équipe nationale jamaïcaine. Âgé de 12 ans quand sa famille débarque en Angleterre, il rejoint très vite le petit club de Sudbury Court.

« Après mon père, Graham Taylor a eu la plus grande influence sur ma vie et ma carrière. »  John Barnes

Selon la légende, John Barnes est repéré par hasard par un scout de Watford alors qu’il joue dans un parc. Après quelques tests fructueux avec la réserve, et bien qu’il s’entraîne également avec QPR, Barnes signe avec les Hornets contre le prix d’un jeu de maillots. Rapidement lancé dans le grand bain, il n’a que 17 ans lors de sa première apparition cotre Oldham (1-1) en Championship.

Une évolution progressive

A l’époque, Watford est un club en pleine progression. En l’espace de six ans, l’équipe de la (très) grande banlieue londonienne a connu pas moins de trois promotions. Sous la direction de Graham Taylor, les Hornets continuent sur leur lancée. Au terme de cette saison 1981/82, John Barnes et ses coéquipiers valident leur accession en First Division via les Play-Offs et leur victoire contre Luton Town.

En dépit de son jeune âge, Barnes s’est imposé comme un élément majeur de l’équipe avec un bilan personnel de 44 matchs et 14 buts (toutes compétitions confondues). L’ailier gauche démontre déjà un talent hors norme. Et également une étonnante maturité. Aussi bien dans son jeu que hors du terrain. Concentré sur le football, le jeune homme reste insensible aux dérives des troisièmes mi-temps souvent très arrosées en Angleterre.

« J’avais 20 ans, j’étais dans l’équipe depuis trois ans et je jouais bien. Et Graham Taylor m’a dit : « Écoute, tu n’es pas prêt, je te dirai quand tu seras prêt à aller quelque part. » Et quand Liverpool est arrivé, c’était le bon moment. » – John Barnes

Nouveau pensionnaire de première division, Watford surprend tout le monde. L’équipe pratique un football offensif et termine dauphin (2ème) du champion en titre : Liverpool. John poursuit sa progression. Ses stats sont très bonnes avec 10 buts. Avec sa patte gauche précise, son mélange de puissance et de finesse, Barnes sait aussi bien conserver le ballon pour attendre le bon moment afin de délivrer un caviar à son coéquipier ou partir dans un rush et conclure lui-même l’action en solo.

Watford, trop petit pour Barnes

La saison 1983/84 est également un bon cru pour Watford et Barnes. Même si le classement en championnat est moyen (11ème), et si aucun trophée n’est à la clé, les Hornets se hissent néanmoins jusqu’en finale de la Cup. La première dans leur histoire. Favori, Everton s’impose logiquement 2-0 avec un second but controversé de Andy Gray. Par la suite, Watford rentre dans le rang. Les londoniens restent dans le ventre mou du classement.

John Barnes, lui, continue de produire des saisons complètes avec une moyenne de 14 buts par saison. Désormais international anglais depuis 1983 et la convocation de Bobby Robson, Watford commence à devenir trop petit pour un tel talent. Après une nouvelle aventure en FA Cup où Watford parvient jusqu’en demi-finale mais doit s’incliner contre Tottenham, Barnes commence à attirer les intérêts de clubs plus huppés. Après six saisons, il est temps de prendre une nouvelle dimension.

« Avec John Barnes, Alex a laissé tomber car c’était sa première saison. Il avait Jesper Olsen dans son équipe et il voulait voir si Jesper allait réussir. » – Martin Edwards, ancien président de Manchester United

En mai 1987, Graham Taylor quitte le club pour Aston Villa. Son successeur, Dave Bassett, se résigne à perdre son joyau. Il donne l’opportunité à Alex Ferguson de le signer. Mais le manager écossais rejette l’offre. Il a toujours foi en Jesper Olsen. Finalement, Barnes s’engage avec … Liverpool qui était sur le coup depuis janvier 1987. Ferguson va regretter amèrement sa décision. Le danois ne donne plus satisfaction. Il est vendu en 1988. Ses remplaçants (Ralph Milne et Danny Wallace) ne font pas l’affaire. Barnes et Liverpool dominent la ligue pendant encore trois saisons supplémentaires. Et Manchester United doit attendre 1993 pour prendre enfin le dessus sur son rival de toujours.

Joueur très prometteur, à la patte gauche soyeuse, John Barnes a fait ses armes à Vicarage Road avant de prendre son envol vers les sommets. La carrière de l’international montre qu’il faut savoir donner du temps au temps pour ne pas gâcher son talent trop vite.