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Italie : encore en reconstruction

Presque deux ans après l’élimination face à la Suède, Roberto Mancini poursuit son chantier de reconstruction de la Nazionale. Après des débuts mitigés, le nouveau CT a remis la sélection sur de bons rails. Mais plusieurs interrogations demeurent en suspens. Analyse.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Une défense vieillissante

Sous Conte et Ventura, la Nazionale a principalement évolué avec un système défensif à trois éléments composé de la BBC (Barzagli / Bonucci / Chiellini) turinoise. Avec l’arrivée de Mancio, l’Italie retrouve une défense à quatre avec une charnière centrale Chiellini / Bonucci. Promu capitaine, Chiello a néanmoins pensé arrêter sa carrière internationale au début de l’ère Mancini avant de poursuivre l’aventure sous la tunique azzurra. Une aventure commencée en 2004 (103 capes) pour un joueur maintenant âgé de 35 ans et gravement blessé au genou depuis la semaine dernière (minimum 5 mois d’interruption). Mais dont l’apport était indispensable pour débuter la reconstruction.

« Je regrette pour Chiellini, Piccini et Pavoletti qui ont eu des blessures plus graves que les autres. » – Roberto Mancini

Francesco Acerbi (31 ans, Lazio) le remplace numériquement pour les rencontres contre l’Arménie et la Finlande. Son coéquipier à la Juve (32 ans), Leo Bonucci, est également en sélection depuis longtemps (2010). Défenseur élégant à la relance propre et précise, son passage au Milan a montré qu’il est plus à l’aise dans un système à trois. Même si depuis le début des éliminatoires, l’Italie n’a concédé qu’un seul but contre la Bosnie-Herzégovine. Ce duo a presque disputé l’intégralité des rencontres qualificatives pour l’Euro. Mais derrière la relève tarde à bousculer la hiérarchie établie par Mancini.

Convoqué pour le prochain rassemblement Alessio Romagnoli (24 ans, AC Milan) semble avoir une longueur d’avance sur Armando Izzo (27 ans, Torino) et Gianluca Mancini (23 ans, Roma). Titularisé contre le Liechtenstein, Romagnoli tient la corde pour suppléer le Re Giorgio et reformer l’ancien axe central milanais de la saison 2017/18 avec Bonucci. Mancini est promis à un bel avenir aussi en club qu’en sélection. Son récent transfert à la Roma pourrait lui être bénéfique pour sa progression. Daniele Rugani (25 ans, Juventus), ex-grand espoir du poste, paie son manque de temps de jeu en club et est absent de la sélection depuis 2018.

Quel N°9 ?

Si la Nazionale a déjà claqué treize buts depuis le début des éliminatoires, l’adversité du groupe (Arménie, Bosnie, Finlande, Grèce et Liechtenstein) cache un réel problème pour Robby Mancini. Ce problème concerne le poste d’avant-centre. Depuis sa nomination, personne n’a réussi à s’imposer à la pointe de l’attaque. Ciro Immobile, tant prolifique avec la Lazio (88 buts en 136 matchs), n’y arrive pas (36 sél, 7 buts). Revenu en 2018 après quatre ans d’absence, Mario Balotelli a vite disparu du groupe suite à son mercato estival 2018 agité et le faible temps de jeu après son transfert avorté vers l’OM.

« Je demande aux N°9 de bien se déplacer et de marquer. Ensuite, si l’équipe joue bien, il y a plusieurs joueurs qui peuvent le faire sans trop de problèmes. » – Roberto Mancini, à propos de Belotti et Immobile.

Depuis son arrivée au Toro en 2015, Andrea Belotti a toujours soigné sa finition avec des stats à deux chiffres (12, 26, 10 et 15 buts). Il apparaissait donc comme le nouveau visage de l’attaque italienne. Mais en vingt-deux capes, il Gallo n’a scoré qu’à cinq reprises. Pour palier à ce problème d’efficacité du N°9, le sélectionneur a essayé plusieurs options : Bernardeschi en faux 9, Pavoletti en pivot … Et même le retour du vétéran (36 ans) de l’attaque Fabio Quagliarella (capocannoniere de la saison écoulée) pour la première fois depuis 2010.

Heureusement, Mancini peut s’appuyer sur les joueurs de couloir talentueux comme Federico Bernardeschi, Federico Chiesa, le jeune Moise Kean, Lorenzo Insigne, Matteo Politano ou Stephan El Shaarawy pour animer l’attaque transalpine. Cependant, nous sommes loin de la belle époque où l’Italie comptait dans ses rangs des bombers de classe mondiale tels que Del Piero, Inzaghi, Toni, Totti ou Vieri. Mancio espère que la nouvelle génération émerge rapidement pour (peut-être) inclure des Bonazzoli, Cutrone, Gori, Petagna, Pinamonti ou Scamacca.

Un Verratti enfin taille patron ?

Considéré comme l’un des meilleurs espoirs à son poste de sa génération, le milieu du PSG de (bientôt) 27 ans tarde à confirmer les attentes placées en lui. Arrivé en sélection en 2012, beaucoup voyait en lui le successeur naturel de Andrea Pirlo après la retraite internationale de l’Architecte. Cependant, l’histoire de Verratti avec la sélection nous laisse sur notre faim. A sa décharge, il n’est pas évident de prendre le relais d’un monument comme Pirlo. Mais le natif de Pescara n’a (pour l’instant) jamais réussi à reproduire le même niveau que celui affiché avec son club. Néanmoins, il est l’un des rares à échapper à la critique suite au naufrage du Mondial 2014 (élimination au premier tour).

Sous Conte, il participe à la qualification pour l’Euro 2016 mais doit renoncer au tournoi à cause d’une pubalgie tenace. De retour en 2017 pour les qualifs à la Coupe du Monde 2018, il est suspendu pour le barrage retour après avoir reçu un (énième) carton jaune à Solna contre la Suède. Depuis les tribunes, il assiste à la piteuse élimination italienne pour la première fois depuis 60 ans. A son arrivée, Mancini décide d’en faire l’un des piliers de son entrejeu. Il est associé à Jorginho et Barella ou Sensi dans un système à trois milieux. Marco démontre (enfin) l’étendu de son talent sous le maillot azzurro.

« L’entraîneur (Roberto Mancini) m’a immédiatement donné la confiance qui me manquait. Je me suis tout de suite senti à l’aise, dans le football aujourd’hui c’est une chose importante. » – Marco Verratti

Milieu dynamique, très bon à la distribution et à la récupération, capable de se défaire du pressing adverse grâce à un excellent sens du dribble, Verratti affiche de solides prestations. Souvent critiqué pour son faible ratio de buts inscrits (10 depuis le début de sa carrière) et par sa quasi absence de frappe au but, Marco a récemment inscrit deux buts lors de deux dernières réceptions de l’Italie dont un synonyme de victoire (2-1) contre la Bosnie. Pour endosser définitivement le costume de patron, Verratti va devoir continuer à produire de bonnes prestations, s’améliorer à la création pour mieux alimenter les buteurs, à se discipliner un peu plus pour éviter les suspensions inutiles et à tenter sa chance pour marquer plus de buts.

Entamée suite à l’élimination de la Coupe du Monde 2018, la reconstruction de la Nazionale amorcée par Mancini est très complexe. Certains secteurs sont encore en chantier. Cependant, le nouveau CT est en bonne posture pour obtenir son ticket pour l’Euro 2020. Et comme le dit Giorgio Chiellini : « Il a apporté de la sérénité, de la confiance et de l’enthousiasme, ce dont nous avions besoin après la période passée. Ce n’était pas facile de partir après la déception du Mondial. »