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Il Gol dell’ex

Grand classique de l’histoire du football, le but inscrit face à ses anciennes couleurs est souvent un moment pénible ou une revanche. Zone Mixte vous rappelle quelques réalisations célèbres marquées par ces joueurs, auteurs du « gol dell’ex ». Analyse.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Leonardo Bonucci (31/03/2018)

Transféré à la surprise générale de la Juventus au Milan, Leonardo Bonucci quitte Turin après un septennat de succès et une association défensive devenue emblématique : la BBC (avec Barzagli et Chiellini). Recruté pour endosser le costume de leader de la défense milanaise, Bonucci n’arrive pourtant pas à s’imposer dans ce Milan new look. Pour son retour dans son ancien stade, les tifosi juventini l’accueille froidement. Il est sifflé dès qu’il touche le ballon.

« C’était une soirée riche en émotion, forcément. Au niveau de l’accueil, c’était du 50-50. Beaucoup ont préféré me siffler et je respecte ça. Je pense avoir tant donné à la Juventus, en sept ans j’ai joué plus que n’importe qui et je ne me suis jamais caché. En juin dernier, j’ai fait un choix, mais bon, ce sont les supporters qui payent leur billet. » – Leonardo Bonucci

En cette soirée riche en émotion, Leo s’arrache du marquage de Barzagli et de Chiellini pour égaliser d’une tête rageuse laissant Buffon sans réaction, suite à un corner de Calhanoglu. Mécontent de l’accueil reçu, le défenseur exulte et part en glissade devant ses anciens tifosi. Avant de se replacer, il lance un regard noir en leur direction. Ce but n’empêche pas la défaite des rossoneri (3-1). Et comme la greffe n’a pas pris au Milan, Bonucci retourne à Turin l’été suivant. Non sans provoquer de nouveaux mécontentements à Turin et à Milan.

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Gonzalo Higuaín (29/10/2016)

En cette 11ème journée du championnat, le goleador argentin retrouve ses anciens coéquipiers avec lesquels il a joué pendant trois ans pour un Juve-Napoli explosif. Auteur de 36 buts en 35 matches, Pipita est recruté pour 90M€ par la Vecchia Signora. Ce transfert laisse un goût très amer du côté des Partenopei. Certains tifosi brûlent même le maillot azzurro floqué du nom et du n°9 du « traître ».

« Higuaín, c’est un désastre. Mais aujourd’hui, il est apparemment tout à fait normal pour un joueur étranger de quitter son équipe pour une autre pour gagner plus d’argent. C’est un problème de mentalité. Tous les étrangers ne sont pas comme Maradona. » – Francesco Totti

Auteur d’un match très discret, Higuaín se réveille à 20 minutes de la fin pour donner un avantage décisif à son nouveau club (2-1). A l’affût, il reprend du gauche un ballon mal dégagé par la défense campagnole pour tromper un Pepe Reina impuissant. Si l’argentin décide de ne pas célébrer son but, le Juventus Stadium exulte. Le sentiment de trahison se renforce davantage chez les tifosi napolitains.

Pablo Osvaldo (11 mai 2014)

L’histoire de l’italo-argentin avec la Roma n’a pas été un long fleuve tranquille. D’abord, c’est la belle époque avec ce but inscrit contre la Lazio et sa célébration sur son tee-shirt en référence à Francesco Totti 11 ans plus tôt : « Vi ho purgato anch’io ». Ensuite, c’est la crise de confiance avec cette altercation dans les vestiaires avec Erik Lamela. Luis Enrique le suspend 10 jours. Enfin, c’est la rupture avec problèmes relationnels avec Aurelio Andreazzoli, les dirigeants et les tifosi qui ne supportent plus ses excès d’humeur. Désiré par Pochettino (déjà côtoyé à l’Espanyol), Osvaldo est cédé à Southampton pour 15M€.

« J’espère qu’un jour ils regretteront de ne pas avoir cru en moi. Higuain, Tevez, Milito, Agüero… A part Messi, je ne suis inférieur à personne. » – Pablo Osvaldo

Mais le buteur est sanguin et a encore des problèmes disciplinaires aussi bien sur le terrain (suspension et amende de £40 000) que dans les vestiaires (bagarre avec son coéquipier José Fonte). La plus chère recrue des Saints trouve un point de chute à Turin. Le voilà de retour à l’Olimpico pour la 37ème journée de championnat. Solide leader, la Juventus s’impose 1-0 à la dernière seconde sur un but de … Osvaldo. Le paria récolte une terrible bronca à son entrée mais il reprend parfaitement un centre de Lichtsteiner d’une frappe dans la lucarne. Les tifosi romanisti s’en souviennent encore.

Andrea Pirlo (6 octobre 2013)

Jugé trop vieux (32 ans) par Massimiliano Allegri, « l’Architecte » est laissé libre par le Milan après une décennie victorieuse. Toujours à l’affût de bons coups, la Juventus le récupère gratuitement. Rapidement, et malgré les réticences à son sujet, Andrea devient l’un des hommes clés de l’équipe dirigée par Antonio Conte et contribue largement au titre de champion d’Italie 2012. Bien installé dans le 3-5-2, Pirlo poursuit sur sa lancée et conquiert aussi l’édition 2013.

« Quand Andrea m’a dit qu’il nous rejoignait, la première chose à laquelle j’ai pensé : « Dieu existe ». Un joueur de son niveau et de ses capacités, sans compter qu’il était libre, je pense que c’était la signature du siècle ! » – Gianluigi Buffon

Lors de la saison 2013/14, Andrea retrouve son ancien club à l’Allianz Arena pour le compte de la 7ème journée de Serie A. Les turinois (3ème) comptent 5 points de retard sur le leader (la Roma) alors que les milanais sont scotchés à la douzième position. Mais dès l’entame de match (1′), les rossoneri ouvrent le score par Muntari. Le Maestro s’illustre au quart d’heure de jeu. Suite à une faute sur Tévez, l’arbitre siffle un coup franc. Placé à 19 mètres, et dans son exercice préféré, Pirlo ajuste parfaitement Abbiati pour remettre la Juve à égalité.

Zlatan Ibrahimović (14 novembre 2010)

Suite à la rétrogradation de la Juve en 2006, Ibrahimović décide d’engager un bras de fer avec ses dirigeants pour quitter le club. Il obtient gain de cause et s’engage en faveur de l’Inter. Ce transfert irrite grandement les tifosi de la Juventus. Les deux équipes se détestent cordialement. Sous ses nouvelles couleurs, le suédois rafle trois scudetti (2007, 2008 et 2009). Mais le géant de Malmö veut conquérir l’Europe. Direction la Catalogne et Barcelone. L’aventure ne tourne pas comme prévue. L’Inter gagne même la Champion’s League en éliminant le … Barça en demi-finale.

« Les supporters de l’Inter ? Je ne crois pas qu’ils pensent à moi étant donné qu’ils ont tout gagné. » – Zlatan Ibrahimović

Des différends avec son entraîneur Pep Guardiola le décident à partir au bout d’une saison. Et le voilà de retour en Lombardie. Mais chez le rival : le Milan. Il se révèle un élément très précieux pour l’effectif rossonero. A la fois buteur et passeur, Ibra occupe la pointe de l’attaque dans le schéma établi par Massimiliano Allegri. En novembre 2010, il retrouve son ancienne équipe pour le derby della Madonnina. Zlatan marque le seul but du match sur penalty. Après avoir converti sa frappe, le suédois écarte les bras et se tient devant la Curva des tifosi interisti. Ibrahimović est l’un des principaux artisans du 18 ème (et dernier) sacre de l’AC Milan en Série A.

Ronaldo (11 mars 2007)

Après avoir découvert l’Europe au PSV, Luis Nazário de Lima arrive en Italie en provenance du Barça. Certains spécialistes émettent des doutes sur sa capacité à réussir dans le calcio, où les espaces sont plus rares et les défenseurs plus rigoureux qu’en Liga. Pourtant, le brésilien s’adapte parfaitement. Avec un total de vingt-cinq buts en championnat, il termine deuxième meilleur buteur derrière l’Allemand de l’Udinese Oliver Bierhoff. Le record de buts pour une première saison en Serie A est battu par Il Fenomeno. Néanmoins, son séjour est marqué par ses graves blessures au genou.

« C’est un très grand joueur donc on sait qu’il ne faut pas le laisser dans les 18 mètres. Il est extraordinaire. » – Olivier Dacourt

« Galactique » au Real Madrid pendant quatre ans et demi, Ronaldo revient en Italie. Lors de la conférence de presse, il déclare son « rêve » de porter le maillot rossonero entraînant la colère de ses anciens tifosi interisti. Le derby du 11 mars 2007 s’annonce bouillant. Accueilli par des sifflets, comme souvent Ronaldo fait du Ronaldo. Il ouvre le score après une percussion côté droit ponctuée d’une frappe limpide du gauche dans le petit filet. Le brésilien chambre le public de l’Inter en plaçant ses mains autour de sa tête pour mieux les entendre. Cependant, ce goal n’est pas suffisant pour l’emporter (défaite 2-1).

Clarence Seedorf (21 février 2004)

Membre de la génération dorée de l’Ajax, vainqueur de Champion’s League 1995, Clarence Seedorf ne connaît que le succès (Samp, Real) jusqu’à son arrivée à l’Inter. A Milan, ses multiples entraîneurs (Lippi, Tardelli et Cúper) l’utilisent souvent comme milieu extérieur, un rôle qui ne lui plait pas. A l’été 2002, après la défaite du Scudetto lors de la dernière journée, ses dirigeants acceptent l’offre d’échange (Seedorf contre Coco) faite par le Milan. Offre estimée à 22,5 M€. Non, vous ne rêvez pas !

« Les supporters de l’Inter ? Je ne crois pas qu’ils pensent à moi étant donné qu’ils ont tout gagné. » – Zlatan Ibrahimović

Sous la direction de Carlo Ancelotti, Clarence devient immédiatement un homme fort du dispositif tactique du technicien émilien avec Gattuso et Pirlo. Le néerlandais doit attendre février 2004 pour se montrer décisif face à son ancienne équipe. Dans un 257 ème derby milanais indécis, et à quelques minutes du coup de sifflet final, Seedorf récupère le ballon dans l’entrejeu et balance une mine de plus de 30 mètres dans le but de Toldo. Avec cette victoire (3-2), le Milan se propulse vers un 17 ème scudetto.

Diego Simeone (5 mai 2002)

Après cinq années en Espagne, Diego Simeone revient dans le championnat où il s’est révélé en Europe avec Pise et rejoint Milan. Sous les couleurs nerazzurri, l’argentin remporte la coupe de l’UEFA 1998 face à la Lazio. Mais la saison suivante est plus mouvementée avec une piètre 8ème position au classement, quatre changements d’entraîneurs et même une altercation avec la grande star de l’équipe : Ronaldo. A l’intersaison 1999, El Cholo rejoint la colonie argentine présente à Rome avec Matías Almeyda, Roberto Sensini et Juan Sebastián Verón dans le cadre du transfert de Bobo Vieri à l’Inter.

« Le but du 5 mai, celui du 3-2 qui a symboliquement enlevé le Scudetto à l’Inter était une tragédie pour moi. Après le but, je voulais presque disparaître du terrain. Mais j’étais un professionnel et je jouais pour les couleurs biancocelesti. » – Diego Simeone

Les Milanais sont à la lutte pour le titre avec la Juve et la dernière journée est décisive pour le sacre. La Juventus se déplace à Udine et l’Inter va à la Lazio. Pour remporter le Scudetto, le Biscione doit impérativement gagner. Après un début parfait, l’équipe de Cúper se fait remonter avant la mi-temps (2-2) par un doublé de Poborský. Mais peu après la reprise, Simeone reprend un coup-franc et place une tête rageuse dans le but de Toldo. L’ancien interiste est désolé mais donne l’avantage à la Lazio. Ce but prive l’Inter d’un scudetto qui leur tendait les bras. Pendant ce temps-là, la Juve ne se fait pas prier pour disposer de l’Udinese et ajouter un 26 ème titre à sa collection.

Gabriel Batistuta (26 novembre 2000)

A la recherche d’un successeur à Roberto Baggio, la Fiorentina jette son dévolu sur un buteur argentin peu connu en Europe malgré son récent titre continental avec l’Albiceleste ( Copa America 91). Les premières saisons ne sont pas très concluantes, la Viola descend même en Serie B. Pourtant, Batistuta choisit de rester à Florence et gagne l’amour inconditionnel des tifosi à l’instar d’un Antognoni. En neuf saisons, il marque 207 buts en 331 matchs, devient le meilleur buteur du club devançant le suédois Kurt Hamrin mais ne remporte aucun titre avec Florence. Pour combler ce déficit, Batigol décide de signer à la Roma. Dirigée par Fabio Capello, la Magica propose un jeu plaisant et offensif.

« Désolé, je devais le faire. » – Gabriel Batistuta

Surnommé « il Re Leone » par la Curva Sud, l’argentin partage l’attaque avec Vincenzo Montella et Francesco Totti. Et pour la première fois de sa carrière, il affronte son ancienne équipe en visite à Rome. Gabriel, tel un ange, se présente sous le virage visiteur pour recevoir une magnifique standing-ovation avant la rencontre. Dans un match tendu et tactique, Batistuta sort de sa boîte à la 83′ et envoie une demi-volée magistrale sous la barre de Toldo. L’Olimpico exulte, ses coéquipiers aussi mais Batigol ne célèbre pas. Le moment est chargé d’émotion, le goleador lâche quelques larmes en souvenir du temps passé au Franchi. Quelques mois plus tard, la Roma gagne le titre pour la première fois depuis 1983.

José Altafini (6 avril 1975)

« Ils m’ont appelé core ‘ngrato * pendant toute ma vie. » Cette déclaration de Altafini démontre bien la rancœur des tifosi napolitain envers les joueurs partis faire les beaux jours d’autres clubs. Et notamment la Juventus. Comme Gonzalo Higuaín, José Altafini a quitté la côte amalfitaine pour la capitale du Piémont. Brésilien naturalisé italien, le buteur fait d’abord les beaux jours du Milan. De 1965 à 1972, il brille avec le Napoli. Mais à 34 ans, en fin de carrière, les Partenopei le libèrent.

« Quand je suis entré sur le terrain, ils m’ont sifflé. Je les ai punis. En tout, j’ai touché cinq ballons : j’en ai perdu deux, j’en ai sûrement passé deux autres et surtout, j’en ai mis un au fond. » – José Altafini

Recruté par la Juventus comme remplaçant de luxe pour Bettega et Anastasi, il remporte le Scudetto 1973. Mais l’édition 1975 va cristalliser les tensions. Dans un match au sommet entre la Juve et le Napoli au stadio communale, rempli de 30 000 tifosi napolitains, Altafini est conspué pendant toute la rencontre. Pourtant, cela le motive. Suite à une reprise sur le poteau, il reprend victorieusement le ballon pour le propulser dans les buts vides. Les bras tendus vers le ciel, il savoure ce moment. Ce succès est synonyme de titre pour la Juve … aux dépends du Napoli.

* cœur ingrat en dialecte napolitain.