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Glenn Strömberg, un Suédois à Bergame

Bergamasque d’adoption après avoir passé huit saisons en Lombardie, le Suédois est très apprécié par les tifosi de la Dea pour son leadership. Retour sur le parcours de ce milieu longiligne devenu un symbole de l’Atalanta.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Des débuts contrastés

En signant à Bergame, tout juste promu en Serie A, à l’été 1984, Glenn Strömberg ne se doutait pas que ce club et cette ville allaient devenir sa deuxième maison. Pourtant, ce grand gaillard d’un mètre quatre vingt douze et âgé de 24 ans, à la longue chevelure blonde à la Björn Borg ne connaît pas des débuts flamboyants. Passé pro à 16 ans avec l’IFK Göteborg, Glenn possède déjà une belle carrière à son actif. Vainqueur du titre national et de la Coupe UEFA en 1982 (la première pour un club suédois) avec les Blåvitt, il glane également le championnat du Portugal avec les Águias du Benfica de son mentor Sven-Göran Eriksson.

Quand Strömberg débarque en Italie, Nedo Sonetti est sur le banc. Le technicien toscan n’est pas connu pour son goût pour l’offensive. Mais son « pragmatisme » porte ses fruits puisqu’il vient d’obtenir un ticket pour la Serie A. Trois ans auparavant l’arrivée de Glenn, la Dea évoluait même en Serie C. L’adaptation est difficile pour un joueur habitué à évoluer dans des équipes au standing et aux ambitions dans le jeu plus élevés. Mais le scandinave doit également faire face aux quolibets de la part des tifosi adverses.


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« Glenn Strömberg ? Il a refusé la Roma de Sven-Göran Eriksson pour rester à Bergame. » Emanuele Giulianelli, journaliste

Surnommé « Marisa » à cause de ses longs cheveux, il est attaqué sur sa masculinité. Le Suédois encaisse. Sans broncher. Et il donne sa réponse sur le terrain. Au fur et à mesure, Strömberg montre ses qualités tactiques et porte l’équipe sur ses épaules pour assurer le maintien avec une belle dixième place pour les promus. A l’issue de la saison, Glenn remporte le Guldbollen (meilleur joueur suédois de l’année) grâce à son jeu de passes et ses percées balle au pied.

Dans les cœurs

Avec le brassard de capitaine

Deux événements vont faire entrer Glenn dans le panthéon des joueurs historiques de l’Atalanta. Le premier est la nomination de Emiliano Mondonico en remplacement de Nedo Sonetti suite à la rétrogradation du club en Serie B à l’issue de la saison 1986/87. Le jeune technicien de 40 ans a mené Côme à la 9ème place de Serie A. Le courant passe immédiatement entre les deux hommes. Le second est la décision de rester à Bergame. Pourtant, Strömberg veut partir. Lassé par la situation sportive et par son surnom utilisé même par certains de ses propres supporters, il a des offres pour jouer au plus haut niveau.

Mais Mondonico réussit à le convaincre de rester. Il lui offre le brassard de capitaine et construit son équipe autour de lui. Lors d’un match de pré-saison, Strömberg sort une belle prestation pleine d’autorité et de caractère. Pourtant, deux spectateurs l’interpellent : « Réveille toi Marisa ». Avec le buteur de l’équipe, Aldo Cantarutti, ils repèrent les deux hommes. Ils passent sous le filet de sécurité, montent dans les tribunes. Glenn attrape l’un d’eux par la veste et lui balance : « Je m’appelle Glenn, Glenn Strömberg. Capitaine de Suède et Atalanta. Ne l’oubliez JAMAIS. Ni toi, ni personne d’autre ».

« Tu es capitaine de ton équipe nationale, tu seras capitaine de mon équipe. L’équipe sera construite autour de toi. » Emiliano Mondonico

Petit à petit, le Suédois gagne le cœur des tifosi bergamasques. La saison 1987/88 est remarquable. Non seulement l’Atalanta remonte immédiatement en Serie A. Mais elle réalise un superbe parcours en coupe des vainqueurs Coupes (finaliste la saison précédente contre le Napoli, auteur du doublé coupe/championnat) échouant en demi-finale contre Malines. C’est le meilleur résultat d’une équipe de deuxième division dans cette compétition. Strömberg se distingue par son humilité, par son sens du sacrifice. Toujours prêt à revenir défendre et ensuite à initier les actions de son équipe.

L’âme de l’Atalanta

Le N°7 de Strömberg au centre du tifo

Symbole du club, il marque les esprits non pas en marquant beaucoup de buts. Non pas en étant le meilleur dribbleur de l’équipe. Mais en donnant tout sur le terrain et en épousant parfaitement les valeurs du club, de la ville. D’ailleurs, la vie dans la cité lombarde lui convient parfaitement et également à sa petite famille. Strömberg n’a pas besoin d’embrasser le blason du club pour démontrer son attachement à ses couleurs.

Lors de la remontée en Serie A, la Dea étonne avec une sixième place synonyme de qualification européenne via la coupe de l’UEFA. Mais également avec des succès sur les terrains de la Juventus et du Milan. L’Argentin Claudio Caniggia et le Brésilien Evair débarquent en Lombardie. L’Atalanta atteint à nouveau le top 8 national lors de la saison 1989/90. Les supporters vivent leur meilleur moment.

« J’étais un joueur normal. Maintenant vous me faites sentir comme Messi. » – Glenn Strömberg

Son fair-play n’est pas récompensé. Lors du quart de finale retour de coupe d’Italie 1990 contre le Milan, il envoie la balle en touche pour permettre aux soigneurs d’intervenir. Rijkaard ne rend pas le ballon aux Nerazzurri, le Milan obtient un penalty sur cette remise en jeu, transformé par Baresi et se qualifie. Cela provoque une vague d’indignation. Mais personne n’en voudra au suédois. Glenn joue encore deux saisons pour la Dea avant de raccrocher à 32 ans.

Après une adaptation délicate, Strömberg a conquis le cœur des tifosi par son implication, son goût de l’effort et sa loyauté. Son amour pour Bergame perdure depuis la fin de sa carrière. Il partage toujours sa vie entre l’Italie et la Suède. Un amour réciproque comme en témoigne, vingt ans après son départ, le magnifique tifo de 2012 représentant les capitaines historiques du club. Et devinez qui trônait en plein centre du tifo ?