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Gianluca Signorini : Grande Capitano

Capitaine emblématique du Grifone pendant sept ans, Signorini a porté fièrement les couleurs Rossoblù de la Serie B à la Coupe d’Europe. Avant de livrer un ultime combat contre la maladie. Focus.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Parcours

Avant de rejoindre la Ligurie en 1988, Gianluca Signorini a évolué dans de nombreuses équipes italiennes. Natif de la ville de Pise, célèbre dans le monde entier pour son fameux clocher penché, il débute sa carrière sous les couleurs du club local en 1978. Mais son temps de jeu est famélique. Rapidement, il quitte le Pisa Sporting. Cependant, Gianluca ne quitte pas sa Toscane natale.

« A mon avis, c’était un joueur sous-estimé. Il était très apprécié par deux entraîneurs qui le désiraient beaucoup. L’un était Sacchi, l’autre le professeur Scoglio. » – Fulvio Collovati, ancien coéquipier à la Roma et au Genoa, international italien et champion du monde 82

Successivement, Signorini endosse les maillots de Pietrasanta, de Prato et de … Livourne, le plus grand rival de Pise. Lors de son tour de Toscane, il acquière une solide expérience en Serie C. Semi-pro, Gianluca forge son caractère et sa mentalité de travailleur pour atteindre ses objectifs. Après deux saisons avec les Amaranti, il quitte la Toscane pour l’Ombrie et la Ternana située dans la cité de Terni.

Au bout d’un an, Signorini continue son périple. Cette fois, direction le sud. Il signe avec Cavese en Serie C1. Avec les Aquilotti, il évite la relégation. Gianluca reprend la route et s’engage avec Parme. Dirigé par un certain … Arrigo Sacchi, il s’impose dans le XI. Ses qualités défensives s’avèrent déterminantes dans la montée en Serie B. En deuxième division, Parme termine septième avec la meilleure défense de la ligue.

Evolution

Signorini se distingue par sa capacité à resserrer sa défense, à intercepter les passes adverses et à construire des attaques depuis l’arrière. Parme réalise un super parcours en Coppa Italia avec notamment deux victoires mémorables contre le Milan de Berlusconi. Par la suite, Silvio débauche Sacchi et le technicien de Fusignano demande à Franco Baresi (âgé de 28 ans et considéré comme l’un des meilleurs liberos de tous les temps) d’observer et d’apprendre de Signorini.

« Regarde ces cassettes, ce sont des enregistrements des matchs de Parme. « Observe-les attentivement car je veux que tu sois sur le terrain comme Gianluca Signorini, qui défend et donne le tempo. » – Arrigo Sccahi à Franco Baresi

Après le succès avec Parme, Gianluca réalise enfin son rêve de jouer en Serie A. À 27 ans, il rejoint la Rome de Niels Liedhom. Avec Fulvio Collovati, Giuseppe Giannini, Roberto Pruzzo et Rudi Völler, la Magica développe un super football. D’un point de vue personnel, Signorini se confronte à Diego Maradona, Ruud Gullit ou Marco van Basten et s’impose comme un élément clé du secteur défensif romain. D’ailleurs, la Roma se classe troisième devant le Napoli et les champions en titre du Milan.

En 1988, sur les recommandations de Francesco Scoglio, fraîchement nommé manager du Genoa, le club doyen du foot italien signe Signorini. Cette arrivée s’avère le début d’une magnifique relation entre le libero toscan et les tifosi du Grifone. Englué dans les divisions inférieures, le Genoa cherche à retrouver de sa superbe. Intronisé capitaine, Gianluca aide son équipe à décrocher son ticket pour la Serie A dès la première année.

Bandiera du Genoa

Pour la première fois de sa carrière, le défenseur central développe un attachement particulier pour les supporters et le personnel du club. Les tifosi le lui rendent bien. Durant ces années, il perfectionne le rôle de libero moderne. Dans un premier temps, il endigue tout danger offensif en défense. Puis, dans un second temps, il participe activement aux actions offensives grâce aux contre-attaques dont il est le premier acteur.

« Donnez-moi Signorini et nous irons en Serie A avec 50 points. » – Franco Scoglio au président Spinelli. * 

Sous la direction de Osvaldo Bagnoli, le Genoa atteint l’Europe en terminant à la quatrième place du classement 1990/91. Et lors de la saison suivante, le Genoa est surnommé « l’équipe de rêve » en raison de son merveilleux parcours en Coupe de l’UEFA jusqu’en demi-finale avec des joueurs comme Carlos Aguilera, Branco, Christian Panucci ou Tomas Skuhravy. Le Genoa devient même la première équipe italienne à s’imposer à Anfield face aux Reds.

Indispensable en défense, Signorini est une véritable tour de contrôle grâce à sa taille imposante (1M86). Et il savait aussi en profiter pour marquer quelques buts. Après sept saisons sur la côte ligure, Gianluca termine sa carrière en retournant aux sources. Là où tout a commencé. À Pise. Deux ans plus tard, il met un terme à sa carrière. Mais son plus dur combat intervient lors de sa reconversion. Atteint par la sclérose latérale amyotrophique (SLA), cette maladie grave paralysant lentement ses muscles et le rendant irrémédiablement immobile, il lutte pendant trois ans avant de s’éteindre à l’âge de 42 ans en 2002.

Avant de quitter les siens, un match de charité est organisé en son honneur le 24 mai 2001. Dans un fauteuil roulant poussé par sa fille, l’ancien capitaine emblématique reçoit une magnifique et émouvante ovation du public génois qui lui scande : « Il Grande Capitano » en chœur. Devant la Gradinata Nord, impuissant mais souriant, sa fille lit ses quelques lignes déchirantes : « J’aimerais me lever et courir avec vous, mais je ne peux pas. Je voudrais crier avec vous des chants de joie, mais je ne peux pas ». Après son décès et en son honneur, le club décide de retirer son maillot fétiche : le N°6.

*pour l’anecdote, le Genoa est monté en Serie A avec 51 points.