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Fiorentina-Juventus : ils ont porté les deux maillots

Malgré la forte rivalité opposant les deux clubs, la rédaction de ZoneMixte vous présente cinq joueurs passés par la Toscane et le Piémont au cours de leur carrière. Focus.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Sergio Cervato (Fiorentina 1948-1959 et Juventus 1959-1961)

Après avoir débuté sa carrière (amateure) à Tombolo et Bolzano, il sillonne l’Italie en 1948 à la recherche d’une équipe professionnelle. Refusé par la Sampdoria à cause de sa main droite amputée de son pouce suite à un accident agricole survenu dans sa jeunesse, il s’engage en faveur de la Viola. Défenseur latéral gauche offensif et moderne, il est le deuxième défenseur à avoir marqué le plus de buts en Serie A avec 45 réalisations juste derrière Giacinto Facchetti (59).

Expert dans l’exercice du penalty, Sergio est encore le meilleur tireur de l’histoire de la Fiorentina avec 19 buts lors de cet exercice. Au cours de sa carrière, il atteint le total de 24 penaltys transformés en championnat sur 32 tentatives et occupe ainsi la 9e place du classement des joueurs avec le plus grand nombre de tirs au but marqués en Serie A. Vainqueur du premier Scudetto en 1956, il participe à l’épopée européenne de son club en Coupe des Clubs Champions la saison suivante.

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« Mon salaire à la Juventus était moindre qu’à la Viola mais j’ai réussi à gagner plus à Turin parce que j’ai gagné deux championnats et deux Coupes d’Italie. J’ai été vendu parce que certains dirigeants de la Fiorentina entretenaient d’excellentes relations (y compris dans les affaires) avec l’avocat Agnelli. Si ça ne tenait qu’à moi, je serais resté à Florence pour la vie. » – Sergio Cervato

Mais le club florentin s’incline (2-0) en finale contre le Real Madrid de Di Stéfano, Gento et Kopa. Après 11 saisons et 334 apparitions, il signe avec la Juve. Considéré comme l’un des meilleurs latéraux de son époque, il joue désormais dans un système à trois défenseurs axiaux à Turin. Il démontre ainsi sa polyvalence. Sergio ajoute deux scudetti et deux Coppa Italia à son palmarès. En 1961, à 32 ans, il poursuit sa carrière avec la SPAL de Paolo Mazza pendant encore trois saisons avant de raccrocher en 1965.

Kurt Hamrin (Juventus 1956-1957 et Fiorentina 1958-1967)

Deux versions existent concernant l’arrivée de Kurt Hamrin en Italie. Selon la première, Giovanni Agnelli le remarque lors d’un match entre le Portugal et la Suède et décide de payer 15 000 $ pour le débaucher de l’AIK. Selon la seconde, Hamrin est conseillé à l’Avvocato par un ouvrier travaillant pour FIAT en Suède et lui ayant envoyé une lettre pour lui signaler ce phénomène. Quoiqu’il en soit, l’ailier droit scandinave arrive à Turin en 1956.

Il y connait des débuts prometteurs en marquant contre la Lazio (doublé), le Toro, l’Inter et l’Udinese. Mais trois blessures consécutives à la cheville laissent planer le doute sur sa solidité physique. Les arrivées de John Charles et Omar Sívori le poussent vers la sortie. D’abord temporairement via un prêt à Padova entrainée par Nereo Rocco. Puis définitivement avec un transfert à Florence. Le club toscan cherche un remplaçant au brésilien Julinho.

« Florence ? C’est toute ma vie. Beaucoup de victoires mais le Scudetto n’est jamais arrivé. » – Kurt Hamrin

Pendant neuf ans, Hamrin illumine le Franchi de ses dribbles virevoltants, de sa vision du jeu et de ses nombreux buts. Capable de jouer des deux pieds, il était insaisissable. Il y gagne son surnom de Uccellino (l’oiseau). Malheureusement, il doit faire face à la rude concurrence de l’Inter du Président Angelo Moratti, la Juve de Boniperti et du Milan de Juan Alberto Schiaffino puis José Altafini pour la conquête du scudetto. Avec 151 réalisations, il a été détenteur du record des buts inscrits en Serie A avec Fiorentina pendant 30 ans. Record battu en 2000 par Gabriel Batistuta (152).

Roberto Baggio (Fiorentina 1985-1990 et Juventus 1990-1995)

Deux jours avant de s’engager en faveur de la Viola en provenance de Vicenza, Baggio est victime d’une grave blessure au genou nécessitant une lourde opération chirurgicale. La Fiorentina a la possibilité de rompre l’accord mais Flavio Pontello, le président de l’époque, décide de le conserver. Après une longue indisponibilité, le Divin Codino revient mais rechute et connait une nouvelle opération. Finalement, son retour intervient presque 2 ans après sa première blessure. Enfin débarrassé de ses pépins physique, il devient la révélation florentine à partir de la saison 1987/88.

Associé à Stefano Borgonovo, il forme un sacré tandem surnommé B2 marquant 29 des 44 buts inscrits par la Viola. La saison suivante, il se classe deuxième (17 buts) au classement des buteurs devançant Diego Maradona (16) mais derrière Marco van Basten (19). La Fio atteint la finale de la Coupe UEFA contre … la Juve. Au match retour, disputé sur terrain neutre à Avellino, la Viola ne parvient pas à refaire son retard et échoue dans la conquête du titre (3-1 / 0-0). A la suite de ce match, il est transféré à Turin. Cette vente provoque de nombreux remous à Florence et en marge de la préparation de la Coupe du Monde 90.

« Je me souviens encore de la scène : quand Baggio est passé de la Fiorentina à la Juventus, en conférence de presse, devant les journalistes, ils lui ont mis l’écharpe bianconera autour du cou et il l’a jetée (…). » – Antonio Caliendo, ancien agent de Baggio.

Resté très lié à ses anciennes couleurs, son adaptation n’est pas optimale malgré des prestations convaincantes sur le terrain. Sa meilleure année sous le maillot bianconero intervient lors de la saison 1992/93 en dépit de relations parfois orageuses avec Trapattoni ou la direction juventina. Cette année là, il gagne la Coupe UEFA et le Ballon d’Or 1993. Par la suite, son aventure turinoise est marquée par des blessures, l’émergence d’un jeune attaquant prometteur (Alessandro Del Piero) et l’arrivée de Lippi adepte du 4-3-3, système peu adapté à Baggio. Roberto remporte le doublé championnat / coupe d’Italie 1995 et file au Milan sur demande expresse de Fabio Capello.

Angelo Di Livio (Juventus 1993-1999 et Fiorentina 1999-2005)

Avant de rejoindre la Juve en 1993, Angelo Di Livio tarde à éclore au plus haut niveau national. Le romain (vainqueur du Tournoi de Viareggio en 1983 avec la Louve) connaît plusieurs clubs en Serie C et B (Reggiana, Nocerina, Perugia et Padova) et n’effectue ses grands débuts en Serie A qu’à … 27 ans. Recruté par Giovanni Trapattoni, il est utilisé à différents postes par son successeur Marcello Lippi (milieu droit, arrière droit ou gauche) sans connaitre de baisse de régime. Surnommé « le soldat » par Roberto Baggio en raison de sa façon de courir, ce diminutif est devenu le symbole de sa persévérance et de son esprit de sacrifice.

Sous le maillot bianconero, il étoffe son palmarès de trois scudetti (1995, 1997 et 1998), une coupe d’Italie (1995), une Champion’s League (1996) une super coupe d’Europe (1996) et une coupe Intercontinentale (1996). Après six années dans le Piémont, il signe pour la Fiorentina. Malgré la rivalité entre les deux équipes, il reste très apprécié à Turin et devient l’un des joueurs préférés des tifosi florentins. En Toscane, il évolue en tant que milieu axial où son endurance et son activité incessante font merveille. En 2001, il s’offre une nouvelle coupe d’Italie. Mais le club connait la relégation en Serie B conjuguée à une grave crise économique.

« A Florence, il n’y avait pas d’objections contre moi, mais au début c’était un peu froid. Puis lentement, connaissant le joueur, l’homme et mon attachement au maillot, tout s’est bien passé. » – Angelo Di Livio

Plombée par des finances catastrophiques, la Fio fait faillite et repart en Serie C. Mais Di Livio reste à Florence. Devenu capitaine, il mène la bataille (sportive) pour ramener son équipe au plus haut niveau italien. La Viola remonte les échelons à la vitesse grand V. En seulement deux saisons, ils obtiennent une double promotion notamment après un match de barrage contre Perugia pour le ticket en Serie A. Désormais vétéran (39 ans), Angelo Di Livio termine sa carrière dans l’élite après avoir réussi sa mission.

Luca Toni (Fiorentina 2005-2007 et Juventus 2011-12)

Transféré de Palerme à Florence contre 10M€, Luca Toni ne tarde pas à montrer ses qualités de buteur en Toscane. Sur la lancée de sa saison passée (20 buts en Sicile), le bomber originaire de Modène se met sur son 31. Il remporte ainsi le titre de capocannoniere, le Soulier d’Or et dépasse même le record de buts en une seule saison pour la Fiorentina détenu par Kurt Hamrin et Gabriel Omar Batistuta (26).

Attaquant de grande stature, habile dans le jeu aérien et doté d’une bonne couverture de balle, Toni sait également frapper des deux pieds. Au cours de sa carrière, il s’est aussi montré assez agile marquant de nombreux buts dans des positions acrobatiques. Auréolé de son titre de champion du Monde mais handicapé par des blessures à répétition, il ne participe pas à l’intégralité de la saison suivante. Mais il marque quand même 16 buts en 29 matchs de Serie A. Après un passage mitigé en Bavière, il revient en Italie suite à un conflit avec le coach néerlandais Louis van Gaal.

« J’ai un bon souvenir de Luca. Il a connu à la Fiorentina son meilleur moment. C’est quelqu’un de très sérieux. Un goleador, né pour le but. » – Cesare Prandelli, son entraîneur à Florence.

Après des expériences à la Roma et au Genoa, il arrive à Turin au mercato hivernal de 2011. A la Juve, il en profite pour inscrire son 100e but en Serie A contre Cagliari (victoire 3-1). Cependant, son passage dans le Piémont n’est pas concluant. Avec seulement deux buts à son actif et non désiré par le nouveau technicien Antonio Conte, Luca s’exile six mois à Al-Nassr (UAE) avant de revenir en Italie. A 35 ans, il retourne à … Florence le dernier jour du mercato estival. Avec 8 buts en 27 rencontres, Luca se montre encore efficace. Après cette année florentine, il poursuit sa carrière avec Vérone (Hellas) pendant encore 3 ans avant d’arrêter en 2016.