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Derby d’Italie : un match si particulier

Cette rencontre, opposant les deux clubs les plus titrés de la péninsule, a toujours eu une saveur particulière. Mais le derby du 10 juin 1961 reste dans les mémoires comme le plus prolifique de l’histoire. Retour sur ce match très particulier. Focus.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Le contexte

Avant d’aborder ce match du 10 juin 1961, il faut parler du contexte particulier entourant ce derby d’Italie. Dans un premier temps, retournons quelques mois en arrière et revenons au 16 avril 1961. Retour au Stadio Communale de Turin et à cette rencontre décisive pour l’attribution du titre entre les deux équipes. Le stade est comble. La foule inonde complètement l’arène. Certaines personnes n’ont même pas de billet et prennent place au bord de la pelouse. Mais l’ambiance est festive. Pourtant, un tir de l’Inter sur le poteau entraîne plusieurs mouvements de foule et l’arbitre arrête le match à la 31′ minute.

« Il y avait des gens partout, même sur le banc de Helenio Herrera, mais il n’y avait pas de véritable danger. » – Aristide Guarnieri, défenseur de l’Inter.

L’Inter l’emporte 2-0 sur tapis vert et prend la tête du classement. Mais la Juventus, par l’intermédiaire de son président Umberto Agnelli, également président de la fédération italienne, interjette appel. Et le 3 juin, à une journée de la fin du championnat, la fédération décide finalement de faire rejouer ce match. La Juve n’écope simplement que d’une amende pour les mouvements de foule. Furieux, le président Angelo Moratti, père de l’ancien président interiste Massimo (1995/2014), décide d’envoyer son équipe de jeunes à Turin. Une situation quelque peu comparable à la rencontre de L1 de 2006 entre le PSG et les Minots de l’OM disputée au Parc des Princes (0-0).

Le match

Omar Sívori

La Juventus accueille à nouveau l’Inter en ce 10 juin 1961. L’enjeu est énorme. L’égalité entre les deux équipes est parfaite (46 points chacun). Mais les jeunes Nerazzurri de Helenio Herrera sont balayés par une Juve sans pitié. La Vecchia Signora s’impose sur le score de 9-1. Déchaîné, Omar Sívori (futur Ballon d’Or 1961) trompe le gardien adverse à six reprises. Avec cette large victoire, la Juve s’adjuge le titre. Son douzième. Lors de ce match « historique », plusieurs événements participent à renforcer la légende autour de ce derby très spécial.

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« J’ai pu disputer ce match de justesse, car je devais passer à la même heure un examen de fin d’année de mes études de comptable, mes parents considérant que mes études prévalaient sur le football. Heureusement, ils ont cédé et j’ai réussi à passer mes examens le matin et une auto du club m’a conduit à Turin. » – Sandro Mazzola

C’est la première apparition avec l’Inter d’un certain … Sandro Mazzola. Âgé de 18 ans, le fils de Valentino (joueur majeur du Grande Torino, disparu lors de la tragédie aérienne de Superga) est l’unique buteur milanais et future icône nerazzurra. Mais ce sont également les adieux au football de … Giampiero Boniperti. Capitaine mythique bianconero, auteur de 178 buts en 444 rencontres sous le maillot de la Juventus et meilleur buteur du club pendant plus de 40 ans. A la fin de la rencontre Boniperti se déchausse et offre ses crampons au soigneur en lui disant : « Prends-les. A moi ils ne me serviront plus. Aujourd’hui j’arrête le football. »

Si ce derby du 10 juin 1961 reste dans les mémoires collectives comme le plus prolifique avec 10 buts inscrits, les débuts de Mazzola, les adieux de Boniperti, la protestation de Moratti face à la décision de la fédération et le sacre de la Juve à la dernière journée sont autant d’ingrédients pour expliquer la rivalité entre ses deux clubs majeurs en Italie.