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De Mostovoï à Sychev : ces Russes passés par la France

 Par Antoine Morin – Twitter: @Mor1Antoine

Après une première saison compliquée, Aleksandr Golovin prend de plus en plus d’importance dans le jeu de Monaco cette saison. Avant lui 10 autres joueurs russes ont foulé les pelouses du championnat de France, du pionnier Vagiz Khidiatouline à Toulouse au flop Sergei Semak au PSG. La rédaction de ZoneMixte revient sur le parcours en France des quatre Russes les plus marquants de la Ligue 1.

Aleksandr Mostovoï (Caen janvier-juin 1994 / Strasbourg 1994-1996)

Si le football était un sport logique Aleksandr Mostovoï n’aurait jamais du fouler les pelouses françaises. Joueur star du Spartak Moscou à la fin des années 1990 avec qui il a remporté deux titres de champions d’URSS en 1987 et 1989 et international soviétique puis russe Mostovoï a rejoint Benfica à l’été 1992. Mais la greffe ne prend pas dans le grand club portugais et au milieu de sa deuxième saison il est prêté au Stade Malherbe Caen qui lutte pour le maintien en D1 et vient de perdre son meneur de jeu Stéphane Dedebant jusqu’à la fin de la saison. Pour l’anecdote lors de son arrivée en France Mostovoï atterri à … Cannes ! un contretemps géographique sans conséquence. En six mois sous le maillot caennais Mostovoï dispute 15 rencontres, marque 3 buts dont celui d’une victoire historique 1-0 face à l’Olympique de Marseille, et contribue grandement au maintien du club en première division. Malheureusement pour lui le Stade Malherbe n’a pas les moyens de s’aligner sur les demandes de Benfica pour conserver définitivement l’international Russe parti dans la foulée disputer la Coupe du monde 1994 aux Etats-Unis. Entraîneur de Caen lors des six mois de Mostovoï Daniel Jeandupeux vient lui d’être nommé à la tête d’un Racing Club de Strasbourg ambitieux qui saisit l’opportunité de recruter Mostovoï qui ne tarde pas à faire étalage de son talent. « Lors de son premier entraînement avec Strasbourg, je me suis dit : « ouahh, c’est du lourd ». Techniquement, il était très au dessus du lot. Sur ce plan, Alexandr Mostovoï est le meilleur joueur que j’ai connu à Strasbourg. C’était un numéro 10 offensif, très intelligent dans le jeu, il avait les yeux derrière la tête et savait tout faire de ses pieds: tirer des coups francs, marquer des buts et garder le ballon quand il le fallait. Aucun de ses gestes n’était superflu, tout ce qu’il faisait était pour le bien de l’équipe. C’est un joueur que tous les attaquants rêvent d’avoir derrière eux », se souvient Wilfried Gohel sur le site footdavant.fr. Vencel, Leboeuf, Djetou, Gravelaine, Keller, Strasbourg dispose cette saison là d’un effectif qui doit lui permettre de jouer les premiers rôles et au sein duquel Alkesandr Mostovoï s’impose rapidement comme un élément indispensable. Mais le Racing est trop inconstant et doit se contenter de la 10e place à l’issue d’une saison 94/95 marquée également par un beau parcours en coupe de France qui s’achève par une défaite en finale 1-0 contre le Paris Saint-Germain. Mostovoï joue 33 matchs et inscrit 7 buts lors de cette première saison en Alsace. Qualifié pour la coupe Intertoto à l’été 95 le Racing franchit toutes les étapes pour disputer la Coupe de l’UEFA 95/96. Éliminés en 1/16ème de finale par l’AC Milan des Baggio, Weah et consorts les Strasbourgeois vivent également une saison décevante en D1, conclue à la 9e place. Mostovoï dispute 46 matchs toutes compétitions confondues cette saison là pour 16 buts marqués. Ses Prestations n’ont pas manqué d’attirer l’oeil des différents clubs européens et après deux saisons et 23 buts toutes compétitions confondues le Russe quitte Strasbourg à l’été 1996 Un temps annoncé dans le viseur des deux clubs romains Mostovoï rejoint finalement le Celta Vigo pour environ 2 millions d’Euros, un club dont il va porter les couleurs jusqu’en 2004 devenant une véritable légende pour les supporters galiciens.

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Igor Yanovski (PSG 1998-2001)

Champion de Russie en 1995 avec son club formateur de Vladikavkaz, Igor Yanovski débarque pourtant au PSG dans l’anonymat d’un été 1998 où la France du foot est encore dans l’euphorie du titre mondial, et alors que le club de la capitale vit une profonde révolution. Michel Denisot a laissé la place de Président à Charles Bietry, et le duo Ricardo-Bats a lui été remplacé par Alain Giresse sur le banc. C’est Bietry qui a l’idée de recruter Igor Yanovski comme il le confie au journal le Parisien en août 1998 : « Je m´intéresse depuis longtemps au football russe. On cherchait un gaucher et j´ai dit à Alain qu´il fallait quelqu´un de plus simple que Berti, l´Argentin de River Plate que nous avons supervisé. L´idée d´Igor m´est alors venue à l´esprit et tout s´est fait très vite : début août, je suis entré en contact avec lui. Il est venu deux jours à Paris, le temps de passer la visite médicale et de souffler ses bougies d´anniversaire dans mon bureau. » Également intéressés les dirigeants de Tottenham font eux le trajet jusqu’à Vladikavkaz pour rien, le transfert de Yanovski à Paris étant officialisé au moment même où ceux ci atterrissent en Russie. Sérieux et travailleur Yanovski se fond vite dans l’effectif parisien en dépit de la barrière de la langue. La saison 98/99 est un échec. Éliminé dès le premier tour de la Coupe des Vainqueurs de Coupe par le Maccabi Haifa, le PSG peine en championnat. Malgré une saison à 2 Présidents (Bietry puis Laurent Perpère) et 3 entraîneurs (Giresse, Arthur Jorge puis Philippe Bergeroo) Igor Yanovski joue 31 matchs en D1. La saison 1999/2000 est bien meilleur pour le PSG toujours entrainé par Bergeroo et renforcé notamment par les arrivées d’Ali Benarbia et Laurent Robert. Yanovski joue un peu moins que la première saison avec 23 matchs de D1 au compteur, mais marque ses deux premiers buts en France dont un sur la pelouse de Furiani où le PSG fait chuter Bastia jusque là invaincu sur son terrain. Malgré un échec en finale de la coupe de la ligue contre Gueugnon club de 2ème division, Yanovski et ses coéquipiers terminent le championnat à la deuxième place derrière un Monaco intouchable cette année là et se qualifient donc pour la Ligue des Champions. Une qualification qui donne au club de la capitale une ambition démesurée qui se traduit par les arrivées d’Anelka, Luccin, Dalmat ou encore Letizi,. Yanovski joue moins en début de saison avant de disparaître complètement de l’équipe après que Luis Fernandez ait remplacé Bergeroo au mois de décembre. Il quitte d’ailleurs le club l’été suivant pour le CSKA Moscou. Et si l’histoire c’est mal fini avec Paris et Luis, Yanovski a apprécié son passage dans la capitale comme il le confiait à goal.com dans une interview avant le mondial 2018 chez lui en Russie : « Que de bons souvenirs. Que ça soit par rapport au PSG, à la ville de Paris où les gens que j’y ai rencontrés. Des personnes avec lesquelles je suis même resté en contact. Encore aujourd’hui, j’essaye et je souhaite revenir en France le plus souvent possible. » Yanovski a d’ailleurs fait un second passage par la France, à Châteauroux en Ligue 2 lors de la saison 2005/2006 à l’issue de laquelle il a prit sa retraite.

Alexei Smertin (Bordeaux 2000-2003)

Comme Igor Yanovski, Alexei Smertin est inconnu quand il signe à Bordeaux à l’été 2000. Élu joueur russe de l’année 1999 le milieu de terrain du Lokomotiv Moscou a été repéré par les dirigeants bordelais lors d’un match contre le Spartak qu’ils devaient affronté en coupe d’Europe quelques jours plus tard. Malgré une grande densité au milieu de terrain (Pavon , Legwinski, Da Rocha, Batlles, Diabaté, Grenet) Smertin se fait peu à peu sa place dans le dispositif d’Eli Baup, impressionnant tout le monde par son volume de jeu. L’International Russe dispute 31 matchs dont 23 en Ligue 1 pour sa première saison en Gironde terminée à la quatrième place du championnat. L’été suivant Bordeaux voit des joueurs important quitter le club (Laslandes, Legwinski, Wilmots, Diabaté, Feindouno, Saveljic) et Smertin prend du galon. Associé le plus régulièrement à Eduardo Costa au milieu de terrain Smertin ne manque que 6 matchs sur les 34 d’une D1 encore à 18 clubs. Il est titulaire lors des 28 rencontres qu’il dispute auxquelles s’ajoutent 6 matchs en Coupe de l’UEFA, 1 en Coupe de France et 5 en Coupe de Ligue, une compétition que les Girondins remportent en battant Lorient en finale (3-0) après avoir éliminé Lyon, Monaco, et le Paris Saint-Germain. Au 2e tour contre Cannes, Smertin a marqué son premier but en France. En championnat Bordeaux termine 6ème et Smertin s’envole lui pour la Corée et le Japon pour la Coupe du monde. Il dispute deux rencontres mais la Russie est éliminée dès la phase de poule. Lors de la première journée de la saison 2002/2003 il marque à Lille son premier but en Ligue 1 d’une frappe sèche à l’entrée de la surface. Il en inscrit un second lors de la 3ème journée contre Montpellier. Au total Smertin ne manque que 5 matchs sur les 38 de la saison avec 32 titularisations sur les 33 matchs qu’il joue. Cette année là il rencontre Roman Abrahomovich, milliardaire russe qui ambitionne d’investir dans le football. Sa première idée est de racheter le Torpédo Moscou, et il fait part à Smertin de son intention de le faire venir à Moscou. Intéressé par l’idée de rentrer au pays le milieu n’envisage alors plus son avenir à Bordeaux et s’entraine seul à Moscou dans l’espoir que sa situation se décante rapidement. Mais Abrahamovich se heurte au refus de la municipalité, actionnaire majoritaire du Torpédo. Smertin rentre alors à Bordeaux et dispute même la première journée du championnat contre Monaco. C’est la dernière fois qu’il va porter le maillot des Girondins. Entre temps Roman Abrahamovich a racheté Chelsea et tient sa promesse à Smertin et recrute son compatriote au milieu de la constellation de stars qu’il fait venir cet été là pour faire de Chelsea un grand d’Angleterre et d’Europe. Alexei Smertin a disputé 116 matchs en 3 saisons sous les couleurs bordelaises. Avant la coupe du monde 2018 organisée chez lui il a confié à goal.com ce que ses années bordelaises ont représenté pour lui : « Pour moi, quand j’étais arrivé en 2000, c’était une étape importante car j’ai découvert un nouveau pays, une nouvelle culture à l’étranger. Par conséquent, Bordeaux a été important pour moi, non seulement parce qu’il m’a forgé comme footballeur, mais aussi par rapport au développement de l’individu, la connaissance de la langue et de la culture.Et pour ça, je leur serai toujours très reconnaissant. »

Dimitri Sychev (Marseille janvier 2003 – Janvier 2004)

Grand espoir du football russe et sélectionné à 19 ans seulement pour la coupe du monde 2002 en Corée et au Japon Dmrti Sychev est suspendu 4 mois par la fédération russe de football pour avoir annoncé quitter son club du Spartak Moscou pour l’AC Milan alors qu’il avait signé quelques mois plutôt un contrat de 5 ans. C’est à la suite de cette suspension que cet attaquant au visage enfantin rejoint l’OLympique de Marseille au mercato d’hiver. L’entraineur de l’OM Alain Perrin ne tarit alors pas d’éloge sur sa nouvelle recrue : C’est un joueur au gabarit moyen, qui bouge beaucoup, qui lit très bien le jeu et marque des buts. Il en a d’ailleurs marqué un en Coupe du monde et c’est l’un des plus jeunes joueurs russes à avoir disputé une Coupe du monde. On récupère un joueur qui est un réel espoir. Il a exactement le profil que nous recherchions à l’OM. » l’entraineur utilise d’abord Sychev en rotation avec ses autres attaquants, Bakayoko, Fernandao, Chapuis et Sakho, mais le jeune russe ne tarde pas à montrer l’étalage de son talent en marquant 3 fois lors de ses 6 premiers matchs sous les couleurs phocéennes. Le Vélodrome l’adopte immédiatement et sa capacité à cadrer la plupart de ses frappes font naître les comparaisons avec Jean-Pierre Papin. Au total Sychev dispute 21 matchs toutes compétitions confondues pour sa première demi saison à l’OM et marque 4 buts. Mais l’horizon du jeune Russe va se boucher l’été suivant. 2eme du championnat derrière Lyon, Marseille s’apprête à retrouver la Ligue des champions. Pour briller sur la scène européenne et viser également le titre en Ligue 1, Marseille voit grand : Didier Drogba révélation du dernier championnat avec Guingamp et l’Égyptien Mido titulaire à l’Ajax Amsterdam sont recrutés tout comme l’international français Steve Marlet en manque de temps de jeu du coté de Fulham. Mais la saison ne va pas se passer comme prévu pour l’OM et Sychev. Malgré cette nouvelle concurrence Sychev garde la confiance d’Alain Perrin même si celui ci tente de faire de lui un joueur de couloir pour laisser la place au duo Drogba- Mido à la pointe de l’attaque. Pas vraiment à l’aise dans cette position le Russe marque un seul but contre Le Mans lors de la 6ème journée. Mais après une début de saison plutôt réussi les choses se gâtent pour l’OM, éliminé dès le premier tour de Ligue des champions, mais reversé en Coupe de l’UEFA, mais surtout l’équipe plonge peu à peu au classement à partir de fin octobre alors qu’elle a été sur le podium depuis le début du championnat. Après une série de 8 défaites en 12 matchs entre novembre et début janvier Alain Perrin est remplacé sur le banc par José Anigo. L’ancien Minot ne compte alors pas sur Dmitri Sychev qui s’apprête donc à retourner en Russie au Locomotive Moscou. Alors que son transfert est en négociation il inscrit son septième et dernier but pour l’OM le 18 janvier 2004 contre Lens pour offrir à José Anigo sa première victoire sur le banc marseillais alors qu’il ne reste que quelques minutes à jouer. Transférer au Lokomotiv quelques jours plus tard Sychev ne participe donc à pas à l’aventure de l’OM en Coupe de l’UEFA qui voit les coéquipiers de Drogba se hisser jusqu’en finale où ils sont battus par les Espagnols de Valence. Avec 7 buts en 44 matchs toutes compétitions confondues Sychev n’a finalement pas vécu à Marseille l’idylle que ses débuts laissaient entrevoir.