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David Suazo : l’autre « Re David »

Attaquant racé et véloce, le Hondurien a vécu une belle expérience sous les couleurs de Cagliari. Et après huit saisons, la Sardaigne est devenue sa terre d’adoption. Retour sur le parcours du deuxième meilleur buteur du club sarde après la légende Gigi Riva.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Le choix de Tabárez

Avant de taper dans l’œil du Maestro uruguayen, Óscar David Suazo Velásquez débute sa carrière de footballeur à 13 ans dans le club de sa ville natale : Club Deportivo Marathón de San Pedro Sula. Après quatre ans de formation, il est repéré par le plus grand club et le plus titré du pays le CD Olimpia, basé dans la capitale Tegucigalpa. Avec les Leones, Suazo impressionne avec la réserve et les jeunes sous la houlette de Angel Ramón Paz mais n’arrive pas à s’imposer dans le XI malgré des qualités évidentes.

Pour son deuxième passage à la tête des Rossoblù, Óscar Tabárez flaire la bonne affaire. Attiré par ses bonnes prestations au Mondial U20 de 1999, le technicien parvient à le recruter pour un montant de 2M$ et divers bonus dont une taxe de 200 000$ à la Fédération Hondurienne plus 15 à 20 % si Cagliari vend le joueur pour un prix supérieur à 2,2M$. Avec cette arrivée dans la péninsule, David devient le premier joueur Hondurien à fouler les pelouses de Serie A.

« C’est un garçon extraordinaire, humble, toujours prêt à écouter pour apprendre. Il donnera beaucoup de joie au Honduras. » – Óscar Tabárez, à propos de David Suazo

Malheureusement, le début de saison de Casteddu est très compliqué avec trois défaites (Juventus, Lazio et Perugia) et deux nuls (Venezia et Torino) en cinq journées de championnat. Le président sarde Massimo Cellino (déjà lui) ne tarde pas à (sur)réagir et vire el profesor. Cette décision hâtive n’empêche pas la relégation en fin de saison. Le licenciement de Tabárez n’a pas d’influence sur la suite de l’aventure sarde pour Suazo. Même si sa première saison est également difficile pour le Hondurien avec une seule réalisation (en treize apparitions) inscrite contre Piacenza.

En Serie B

Dans l’antichambre de l’élite, Suazo est titularisé à la pointe de l’attaque. Grand favori à la montée, Cagliari reste pourtant englué dans le ventre mou du classement (11 ème) en dépit de la douzaine de buts de leur N°9. La saison 2001/02 est mémorable. Mais pas pour les résultats sportifs. Comme l’année précédente, le club insulaire ne parvient pas à s’extirper de la seconde partie du classement (12 ème). Et Cellino copie son voisin sicilien de Palerme : Zamparini. Pas moins de cinq changements d’entraîneur pour le bouillonnant président.

Cette instabilité sur le banc de touche du Sant’Elia n’empêche pas David Suazo de scorer régulièrement. Ses changements de rythme et sa vitesse sont ses principaux atouts pour déstabiliser les défenses adverses. Cependant, cette faculté à inscrire de nombreux buts n’est pas (encore) suffisante pour permettre à son club de retrouver l’élite. En 2002/03, Cagliari signe une nouvelle saison hors de la zone de promotion (8 ème). Dirigé par Gian Piero Ventura, David continue de soigner ses stats avec régularité (10 buts).

« J’ai eu la chance de jouer avec de grands coéquipiers. Zola, Esposito, Langella par exemple. » – David Suazo

Cellino continue son consommation frénétique d’entraîneurs. Reja succède à Ventura. Mais le fantasque président réussit un super coup sur le marché des transferts en rapatriant au pays le lutin Gianfranco Zola après son exil glorieux en Angleterre. Alimenté par le merveilleux milieu offensif italien et épaulé par Mauro Esposito, Suazo atteint son meilleur total en carrière avec vingt réalisations en quarante cinq rencontres *. Il devient l’un des principaux artisans de la remontée en Serie A après quatre d’absence grâce à leur place de dauphin au classement, à égalité de points avec Palermo (83).

En Serie A

Pour leur retour au plus haut niveau national, Cagliari réalise un très bon début de saison. Organisés en 4-3-3, les Sardes étonnent avec un quatuor offensif dynamique composé de Mauro Esposito, Antonio Langella, David Suazo et Gianfranco Zola. Et même si le Hondurien n’a pas autant de réussite devant le but que les années précédentes, les prestations du bomber sarde impressionnent les meilleurs clubs européens. Mais son sens du but est intact. Et le Hondurien va le prouver lors de la saison 2005/06.

Malgré une nouvelle année marquée par plusieurs changements de coachs (4) et un classement final moyen (14 ème), le « Re David » retrouve toute son efficacité. Avec le départ à la retraite de Zola, le Hondurien gagne le brassard de capitaine. Et Suazo se transforme en leader. Leader de l’attaque avec vingt-deux buts, il dépasse le mythique record de Gigi Riva. L’année du Scudetto (1970), « Rombo di tuono » avait scoré vingt-et-une fois. Une performance reconnue à sa juste valeur avec l’obtention du titre de footballeur étranger de l’année en Serie A, partagé avec le Brésilien Kaká.

« Suazo a des caractéristiques particulières que nos attaquants n’ont probablement pas. C’est un grand joueur, il est très rapide et doté d’une lourde frappe quand il a de l’espace. » – Roberto Mancini

En dépit des offres de transferts, la « Panthère » reste en Sardaigne une saison supplémentaire. Et il continue sur sa lancée. Avec dix-huit buts de plus, Suazo est le fer de lance de l’attaque sarde. Sa réussite permet d’éviter (de justesse) une nouvelle descente en Serie B. Mais les offres des ténors du calcio se montrent plus pressantes et Cellino profite de l’aubaine. Après huit années passées en Sardaigne, David Suazo quitte son club de cœur pour rejoindre la Lombardie et l’Inter pour 14M€ (dont 2,5M$ pour Olimpia). Non sans une ultime tentative du Milan approuvée par Cellino. Mais Suazo a finalement le dernier mot.

Adoré par les tifosi de Cagliari, David Suazo reste très marqué par son aventure dans l’île méditerranéenne. Le Hondurien se rend souvent sur ses terres d’adoption pour y voir ses successeurs sur le terrain. Et où il a débuté sa nouvelle carrière sur le banc avec les jeunes du club. La belle saison des coéquipiers de Radja Nainggolan doit faire plaisir à l’ancien goleador venu d’Amérique centrale.

NDLA : lors de la saison 2003/04, la Serie B est passée de 20 à 24 équipes augmentant le nombre de matchs. Dès la saison suivante, la deuxième division italienne passe à 22 participants jusqu’à l’édition 2018/19 (19 équipes) et de revenir à 20 clubs lors de cette saison pour la première fois depuis 2002/03.