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Daniele De Rossi : adieu au capitan futuro

Deux ans après le départ de Er Capitano, Francesco Totti, la Roma s’apprête à perdre une autre icône de son histoire récente. Au club depuis 2000, à 36 ans DDR va quitter la Roma. La direction a décidé de ne pas lui prolonger son contrat. La fin d’une époque pour les tifosi romanisti. Retour sur la carrière de cet immense champion. Décryptage.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

La Roma, une évidence

Né en 1983 à Ostie, ville station balnéaire, souvent appelée la « Plage de Rome », Daniele est le fils de Alberto De Rossi. Dans sa jeunesse, papa De Rossi a endossé la tunique giallorossa dans les équipes de jeune. Ensuite, il devient professionnel principalement en Serie C. Enfin, il retrouve la Roma comme entraîneur et dirige la Primavera. A l’instar d’autres joueurs majeurs du club de la capitale comme Agostino Di Bartolomei, Bruno Conti,
Giuseppe Giannini ou Francesco Totti, DDR s’inscrit dans cette grande lignée de joueurs originaires de Rome, tifoso de la Roma et grand contributeur du club.

Dès son enfance, le jeune Daniele affiche ses préférences. Il enfile déjà un maillot giallorosso sur les épaules. Pourtant, il commence le football avec le club de sa ville natale : Ostiamare. Comme beaucoup de jeunes footballeurs, il évolue à différent poste. Arrière latéral, attaquant, De Rossi teste ses capacités. Déjà dans le viseur de la Roma, il refuse pourtant (à 9 ans) de les rejoindre pour rester jouer avec ses copains. Finalement, il prend la direction de la capitale italienne quelques années plus tard vers 11/12 ans.

« Jouer comme attaquant m’a sûrement aidé quand vous êtes dans la zone de but, mais aussi sur le plan technique et tactique, car un attaquant n’a jamais beaucoup de temps pour jouer le ballon, il a toujours un défenseur derrière lui. Cela m’a aidé à accélérer le jeu, mais surtout cela m’a servi sur le plan tactique, car j’ai les mouvements des attaquants, alors peut-être que je les comprends mieux quand je défends. » – Daniele De Rossi

De Rossi franchit les étapes. D’abord avec les Giovanissimi. Puis avec les Allievi. Dans cette catégorie, sous la direction de Mauro Bencivenga, Daniel connaît un premier tournant dans sa jeune carrière. Le technicien décide de le replacer de l’attaque vers la défense centrale. Le caractère et la détermination du jeune homme lui permettent de s’illustrer à ce nouveau poste. Avec la Primavera, dirigée par son père, il est déjà considéré comme l’un des meilleurs espoirs du club. En 2001 (à 18 ans), il reçoit sa première convocation avec l’équipe première de Fabio Capello.

Le début d’une belle aventure

Aligné comme milieu du terrrain, DDR obtient ses premières apparitions en Coupe d’Europe (Champion’s League) contre Anderlecht et en Coupe d’Italie. Pour le voir débuter en Serie A, il faut attendre la saison suivante (2002/03). Son premier match est contre Côme. Titularisé pour la première fois à l’Olimpico contre le Torino, il se paye même le luxe d’ouvrir son compteur but avec une frappe longue distance. Il récidive quelques semaines plus tard contre l’Atalanta. Toujours à l’Olimpico. La Roma termine à la septième place mais atteint la finale de la coupe d’Italie, perdue contre le Milan (4-1 / 2-2).

« Je suis très content d’avoir fait débuter Daniele avec le maillot de la Roma. Ce jour-là, je l’ai lancé à la place de Tomic en Champion’s League et puis, dans la même saison, je l’ai aussi utilisé lors de trois matchs de Coupe d’Italie. Personne ne lui a jamais fait de cadeau durant sa carrière. A cette époque il démontrait déjà qu’il était prêt mentalement et techniquement pour porter un maillot aussi important. » – Fabio Capello

Son temps de jeu augmente lors de la saison 2003/04 avec 17 apparitions en championnat, 6 en coupe de l’UEFA et 4 en coupe d’Italie. Mais il intègre vraiment le XI de la Roma en 2004/05. Il a alors 21 ans et son influence devient de plus en plus grandissante et incontestable. Milieu de terrain complet, avec une superbe qualité de passe longue, une lourde frappe de balle et un très bon jeu de tête, Danielino cumule une belle vision du jeu et une ténacité élevée. Parfois même il se montre trop généreux dans l’effort, comme en atteste les multiples sanctions administratives récoltées tout au long de sa carrière (116 avertissements, 8 exclusions en Serie A).

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En 2005, avec l’arrivée de Spalletti et la mise en place d’un nouveau schéma tactique en 4-5-1, De Rossi redescend d’un cran sur le terrain pour occuper le rôle de milieu défensif. Son activité incessante est un atout de poids pour la Roma. Cinquième du championnat sur le terrain, le scandale du Calciopoli frappe le calcio et les Giallorossi récupèrent automatiquement la seconde place qualificative pour la Champion’s League. Inspiré par le style de jeu de Roy Keane, il décide de prendre le N°16 aussi bien en club qu’avec la Nazionale. Et parfois sa trop grande rage de vaincre peut le desservir. Comme l’irlandais. La Roma continue sur sa lancée et s’empare à nouveau de la place de dauphin de Serie A. Mais surtout, DDR conquiert son premier trophée en remportant la coupe d’Italie 2007 contre l’Inter (6-2 / 1-2).

Une influence grandissante

Aux côtés de Francesco Totti, Daniele De Rossi est l’autre leader de la Roma. Vice-capitaine, et considéré comme un élément majeur à l’avenir, il est surnommé Capitan Futuro. Avec le succès en Super Coupe d’Italie (1-0), DDR s’offre en inscrivant l’unique but de la rencontre son deuxième titre. Pour la troisième fois consécutive, la Magica termine deuxième du classement de Serie A. Mais un épisode marque profondément la saison du romain. En demi-finale de Champion’s League, contre Manchester United, à 0-0, il envoie son penalty dans les tribunes de Old Trafford. Finalement, United l’emporte 1-0 et la Louve est éliminée. Daniele peut se consoler avec un second succès en Coupe d’Italie, encore contre l’Inter (2-1).

Cependant, la Roma entre dans une période sportive et économique plus incertaine. D’ailleurs, un plafond salarial est mis en place pour limiter l’augmentation des dépenses du club. Ce salary cap est valable pour tous les joueurs sous contrat à l’exception de Totti. Puis de De Rossi. Cette instabilité est également valable pour les managers. Se succèdent sur le banc de la Roma : Ranieri, Montella, Luis Enrique, Zeman, Andreazzoli, Rudi Garcia, Spalletti, Di Francesco et encore Ranieri. Avec Zeman, l’entente n’est pas à son maximum. Daniele joue moins. Mais il retrouve une place de choix dans le projet de l’entraîneur français, successeur du Bohème. En novembre 2013, contre Sassuolo, il égale le nombre de participations en Serie A (318) de Giuseppe Giannini, ancien capitaine historique de la Roma.

« J’ai essayé de me préparer mentalement ces derniers mois. Je veux jouer et ils ne veulent pas… Ils me disent que je pourrais être un bon manager tout de suite, mais si j’avais été manager, j’aurais renouvelé mon contrat. Quand j’ai joué, je l’ai bien fait. Mais j’accepte : cela fait partie du travail. » – Daniele De Rossi

A cette occasion, il atteint la barre des 400 matches sous le maillot giallorosso. Puis, en mai 2014, il égale le mythique gardien Guido Masetti et monte sur la troisième marche du podium des joueurs avec le plus de présences en Serie dans l’histoire du club. Après le départ à la retraite de Francesco Totti, il récupère le brassard de capitaine. L’équipe réalise une belle campagne européenne et atteint les demi-finales de Champion’s League. Une première depuis 1984. Pour en arriver là, la Magica a éliminé le Barça après un match de folie à l’Olimpico (3-0 / 1-4). Malgré son âge, De Rossi retrouve ses jambes de 20 ans et délivre une masterclass avec notamment une assist pour Džeko à la clé. Moins utilisé lors de cette saison en raison d’une blessure au genou, il joue peu. Mais suffisamment pour disputer son 600ème match avec la Louve. Avec Totti, il est le seul à avoir accompli cette performance.

Après 18 saisons sous la tunique romaine, Il Gladiatore va quitter la capitale italienne pour poursuivre sa carrière de joueur. A bientôt 36 ans, il n’a pas encore envie de raccrocher les crampons. Dans un futur proche, il devrait se reconvertir sur un banc comme entraîneur. En attendant, il lui reste un dernier match à jouer face à Parme, dans son jardin. Un grand moment, riches en émotion, en perspective.