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Chievo Verona : une saison en enfer

Après plus d’une décennie passée en Serie A, le modeste club de quartier de la ville de Vérone va retrouver son voisin : Hellas Verona (probablement qualifiés pour les Play-Offs de Serie B) dans l’antichambre de l’élite. L’occasion de revenir sur le parcours catastrophique du Chievo. Décryptage.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Un départ manqué

Treizième au classement du dernier exercice, le Chievo était (comme tous les ans) candidat favori des observateurs pour un retour en Serie B. Pourtant, depuis dix ans, les Mussi Volanti parvenaient à déjouer les pronostics. Mais cette saison, l’équipe a complètement manqué son départ. Dès la deuxième journée de championnat, le Chievo s’est retrouvé en position de lanterne rouge. Une position inchangée jusqu’alors. D’ailleurs, ils conserveront cette peu enviable place tant l’écart avec le dix-neuvième est important.

Lors de la journée inaugurale, la Juventus (champion en titre) se présente au Bentegodi. Les Turinois doivent batailler pour arracher les trois points de la victoire (2-3) avec le troisième but à la 90+3. Il faut attendre le troisième match de championnat pour voir le Chievo enregistrer son premier point de la saison grâce à un triste nul (0-0) contre le promu Empoli. Mais la justice italienne (Cour nationale fédérale) décide de leur retirer trois points. La raison ? Les Gialloblu et son président Giuseppe Campedelli ont augmenté fictivement leur capital via des transactions factices.

En plus des points de pénalité, le club est condamné à 200 000 € d’amende et Giuseppe Campedelli écope de trois mois de suspension. Cela ne l’empêche pas de licencier Lorenzo D’Anna. Nommé au poste de N°1, après un passage par la Primavera du club pendant quatre saisons, l’ancien joueur du club durant treize ans n’a récolté que deux points en huit journées (dont un bon 0-0 en déplacement contre la Roma). Pour lui succéder, le Chievo fait appel à l’ancien CT de la Nazionale : Giampiero Ventura.

« J’espère que ma carrière n’est pas finie. Je ne peux pas imaginer deux défaites effaçant 35 ans de ma vie.» – Giampiero Ventura

Le retour de Ventura

Deux ans après avoir quitté le Toro pour la sélection nationale italienne, Ventura est de retour en Serie A. Un retour sulfureux tant Ventura porte la responsabilité de l’échec italien dans la non qualification pour la Coupe du Monde 2018. Une première depuis 1958. Et ce retour sur un banc n’a pas été couronné de succès. L’expérience a même tourné court. Après seulement quatre parties, et un seul point pris (2-2 contre Bologne), le coach n’a pas réussi à inverser la tendance.

A l’issue de cette rencontre, Ventura remet sa démission. Finalement, quelques jours plus tard, son contrat est résilié par consentement mutuel. Son départ est vécu par les joueurs comme un trahison. Leader emblématique de l’équipe, Sergio Pellissier (au club depuis 2002) s’est fendu d’un long message sur Instagram pour critiquer cette décision. Dans un entretien accordé à Sky Sport, Ventura se défend d’avoir abandonné le navire en insistant sur le nombre élevé de blessés, la faible condition physique et les problèmes de confiance (mental) liés à la crise de résultats.

« Les voix (de Ventura) entrent par une oreille, qui est grande, et sortent par l’autre, qui est aussi grande. Je ne veux pas faire de commentaires. Chacun est responsable de ses propres choix. » – Giuseppe Campedelli

Ce retour aux affaires de Ventura ne lui a pas permis de redorer son blason entaché par la douloureuse élimination de la Nazionale. Domenico Di Carlo le remplace. Déjà en poste avec le Chievo à deux reprises (2008/10 et 2011/12), c’est son troisième passage en Vénétie. Cet énième changement de technicien profite aux Scaligeri. Après quatre nuls et une défaite, le Chievo enregistre sa première victoire contre Frosinone (1-0).

Pas de miracle

Cependant, cette victoire n’est qu’une illusion. Le Chievo continue sa lente agonie. Les défaites s’enchaînent avec une certaine régularité. La défense poursuit sa grande opération porte ouverte en offrant une porosité inquiétante. A douze reprises, ils ont concédé trois buts ou plus. D’ailleurs, avec 68 buts pris, les Clivensi sont naturellement la plus mauvaise défense de Serie A.

L’attaque est également défaillante. Les hommes de Di Carlo n’ont fait trembler les filets qu’à vingt quatre reprises en 33 journées. Et seize fois, les buteurs sont restés totalement muets. Un ratio trop faible pour espérer se maintenir parmi l’élite. L’inusable quadra, Sergio Pellissier, continue pourtant de se montrer efficace quand il est aligné. Mais une blessure à la cuisse l’a tenu éloigné du terrain pendant plusieurs semaines.

«L’avenir de Chievo doit s’écrire à partir de ces sept matchs. Personne ne recule ici, tout le monde essaie toujours de faire de son mieux. Dans notre ADN, c’est 17 championnats de Serie A, un grand président et de merveilleux supporters. » – Domenico Di Carlo

Officiellement relégués en Serie B, les Scaligeri semblent libérés. Ils se sont même offerts un succès de prestige en infligeant une défaite (1-2) à la Lazio sur son terrain de l’Olimpico. Cette fin de saison, sans enjeu, pourrait être l’occasion pour le technicien Di Carlo de préparer l’exercice suivant en testant certains joueurs ou peaufinant son schéma tactique.

Miracle permanent pendant plus d’une décennie, le modeste club de quartier de Vérone va retrouver la Serie B. Il leur reste cinq matches de Serie A, dont trois à domicile, pour profiter encore un peu des joies de l’élite. Même si cette saison aura finalement été assez peu joyeuse.