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Carlo Ancelotti : du terrain au banc

Milieu créatif, travailleur et combatif avant de changer de tenue pour endosser le costume d’entraîneur réputé et à succès, retour sur le parcours de Carletto. Décryptage.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Joueur

Comme beaucoup de joueurs, Carletto débute son parcours footballistique dans le club de sa ville natale : Reggiolo, en Émilie-Romagne. Très talentueux, et à seulement 16 ans, il rejoint Parme pour garnir les rangs des sections de jeunes. Rapidement surclassé avec l’équipe première, Carlo devient un membre important des Ducali notamment sous la direction de Cesare Maldini (le père de Paolo) qui décèle les qualités du jeune homme. Repéré par Nils Liedholm, ancienne star du Milan (trio Gre-No-Li) et alors entraîneur de la Roma, lors du match décisif pour la promotion de Parme en Serie B, Ancelotti s’envole pour la capitale après d’âpres négociations entre le président de Parme et le DS de la Roma : Luciano Moggi.

En dépit de ses 20 ans, Carlo s’impose dans cette Roma composée de superbes joueurs tels que Bruno Conti, Agostino Di Bartolomei, Falcão, Roberto Pruzzo, Toninho Cerezo et Pietro Vierchowod. La Roma entame un cycle victorieux avec plusieurs titres glanés (4 coupes d’Italie) dont le Scudetto historique de 1983. Handicapé par plusieurs graves blessures aux genoux, il manque notamment la finale de la Coupe d’Europe 1984 perdue à l’Olimpico contre Liverpool (1-1 / 4-2 tab). Nommé capitaine en 1985 par Sven-Göran Eriksson, Carlo devient le mentor d’un jeune milieu de terrain talentueux : Giuseppe Giannini. Après 8 ans dans la ville éternelle, il part pour un projet ambitieux. Et ce projet a un nom : le Milan. Sous la présidence de Silvio Berlusconi, le diavolo écrase tout sur son passage.

« Je me souviens surtout des cris de douleur d’Ancelotti quand ils ont manipulé son genou dans les vestiaires à Trigoria. Cette douleur l’a rendu plus fort. Même contre les critiques qu’il a endurées. J’avais quelques doutes, mais le garçon s’est avéré être plus guerrier que je ne le pensais. » – Nils Liedhom

Carletto joue un rôle primordial dans les succès du club lombard dirigé par Arrigo Sacchi puis par Fabio Capello. Avec ses coéquipiers Franco Baresi, Alessandro Costacurta, Roberto Donadoni, Ruud Gullit, Paolo Maldini, Frank Rijkaard, Mauro Tassotti et Marco van Basten, Ancelotti rafle deux scudetti (1988 et 1992), deux Coupe des Clubs Champions (1989, 1990), deux Super Coupe d’Europe (1989, 1990), deux Coupes Intercontinentales (1989, 1990) et une Supercoppa d’Italie (1988). Il marque notamment un superbe but d’une frappe lointaine contre le Real Madrid en demi-finale de C1. Par la suite, la récurrence de ses problèmes de genou et l’émergence de Demetrio Albertini le poussent à mettre un terme à sa carrière à l’âge de 33 ans. Lors de son dernier match, Ancelotti signe un doublé contre Verona (4-0). Le San Siro lui offre une magnifique standing-ovation.

Entraîneur

Dès 1992, Ancelotti entame sa reconversion et devient l’adjoint de Sacchi à la tête de la Nazionale. Après trois ans, il prend son envol et dirige son premier club : la Reggiana situé en Émilie-Romagne. Sous sa direction, la Regia gagne son ticket en Serie A. Cette promotion lui ouvre les portes de Parme. Au début de sa carrière d’entraîneur, Ancelotti utilise rigoureusement un 4-4-2 au pressing intense inspiré de la tactique de Arrigo Sacchi. Si Carletto considère ce système comme le plus efficace pour son équipe, cette intransigeance oblige Gianfranco Zola et Hristo Stoichkov à quitter le club. Cela avorte également le transfert de Baggio à Parme en 1997. Quand il signe avec la Juventus, il abandonne son schéma préféré pour permettre à Zinedine Zidane de jouer en soutien des attaquants.

Au Milan, Carlo Ancelotti va se défaire de sa réputation initiale d’entraîneur tactiquement inflexible. Sa capacité à s’adapter à son effectif composé de joueurs talentueux et créatifs en mettant en place les systèmes leur permettant de coexister est unanimement reconnu. Carletto utilise alternativement le 4-3-1-2, 4-1-2-1-2 ou 4-4-2 pour animer son style de jeu basé sur la possession de balle. Pirlo prend alors une nouvelle dimension au poste de regista et dirige le jeu pour laisse libre court à Rivaldo et Rui Costa. Après le départ de Chevtchenko, il redessine la formation milanaise en créant un système 4-3-2-1, plus tard appelé « Sapin de Noël ». Avec cette tactique, Inzaghi est soutenu par Seedorf et Kaká associés à un milieu à trois avec Pirlo en meneur reculé et Gennaro Gattuso et Massimo Ambrosini en récupérateurs. Sous sa direction, les rossoneri connaissent l’une de ses périodes les plus fastes de son histoire.

« Entraîner la Roma ? Oui, c’est une équipe que j’adore dans une ville que j’aime. » – Carlo Ancelotti

En 2009, Ancelotti émigre en Angleterre pour sa première expérience à l’étranger. Ses débuts avec Chelsea sont marqués par le succès en Premier League. Après deux saisons londoniennes, il rejoint Leonardo à Paris. Dans la capitale française, il met en place son 4-3-2-1 « Sapin de Noël ». Néanmoins, la greffe est difficile. Montpellier rafle le titre 2012. La saison suivante, le PSG rectifie le tir en championnat mais ne connait pas la même réussite en Champion’s League. Carlo découvre alors un nouveau championnat en rejoignant le Real Madrid. Dans la capitale ibérique, Ancelotti démontre à nouveau sa polyvalence. Il transforme le 4-2-3-1 hérité de José Mourinho en 4-4-2 puis en 4-3-3. La nouveauté consiste au repositionnement de l’ailier argentin Ángel Di María au poste de milieu axial gauche pour laisser le flanc offensif gauche à Cristiano Ronaldo. Et Di María joue un rôle clé dans les succès du club notamment la Decima.

Si Ancelotti est réputé pour son sens tactique et sa capacité d’adaptation, le coach italien est également salué pour sa gentillesse, sa bonne humeur, son calme et sa capacité à motiver ses joueurs. Même si son passage à Munich ne s’est pas bien terminé, le milieu de terrain espagnol Thiago souligne sa bonne relation avec les joueurs, sa capacité à favoriser un environnement d’équipe uni et gagnant et la liberté d’expression qu’il offre aux joueurs. Revenu en Italie sur le banc du Napoli, le technicien espère bien ajouter un nouveau titre à son immense palmarès.

Sixième footballeur à remporter la C1 en tant que joueur et entraîneur, Carlo Ancelotti s’inscrit dans la lignée des grands noms de l’histoire du football. Après une brillante carrière de joueur, il réussit également dans le rôle de Mister en devenant l’un des cinq entraîneurs à avoir remporté le championnat dans 4 pays différents (Italie, Angleterre, France et Allemagne). Le Napoli (et peut-être un jour avec la Roma) et ses tifosi espèrent le voir apporter ce titre si désiré au San Paolo.