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Brescia 2000/01 : une saison marquante

Huit ans après leur dernier passage (éclair) en Serie A, Brescia retrouve l’élite cette saison avec Super Mario Balotelli pour mener leur attaque. Si l’international italien (encore un peu court physiquement) n’a pas marqué face à la Juve, son premier match en Italie depuis 2016 a été intéressant. Mais retournons en arrière quand Brescia, promue en Serie A, dirigée par Carlo Mazzone, comptait dans son équipe Roberto Baggio, Dario Hübner ou Andrea Pirlo. Souvenirs.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

L’arrivée de Roberto Baggio

Âgé de 33 ans, ce joueur d’exception (Ballon d’Or 1993), à la carrière riche et variée (Vicenza, Fiorentina, Juventus, Milan, Bologne et Inter), débarque libre en Lombardie dans l’optique de participer à la prochaine coupe du Monde de 2002 avec la Nazionale. La Reggina est aussi sur le coup. Mais pour séduire Roberto Baggio, Carlo Mazzone s’implique beaucoup dans le projet. Et quand Il Divin Codino décide de revêtir la tunique biancazzurri, il ajoute une clause dans son contrat permettant de quitter le club en cas de limogeage de Mazzone. Cette clause reste sans suite puisque Brescia devient le dernier club de Baggio quatre ans plus tard.

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Mais revenons à cette première saison de Robby Baggio avec la Leonessa. Petit clin d’œil du destin, il étrenne son nouveau maillot et son brassard de capitaine à domicile contre l’un de ses anciens clubs : la Juve en huitième de finale aller de coupe d’Italie (0-0). D’ailleurs, Brescia élimine la Vecchia Signora au retour grâce à un doublé de Dario Hübner. Toujours aussi technique, agile et impliqué dans le jeu de son équipe malgré un déficit de vitesse, Baggio reste pourtant muet lors de la phase aller du championnat. Il attend fin février 2001 pour ouvrir son compteur avec un doublé contre la Fio.

« C’était un champion sur et hors du terrain. Il n’a eu aucune difficulté à jouer dans cette équipe. Il a beaucoup appris à ses coéquipiers : d’abord en tant qu’homme, puis en tant que footballeur. » – Carlo Mazzone

Ensuite, Baggio se rappelle au bon souvenir du Stadio delle Alpi en inscrivant un chef d’oeuvre face à Edwin van der Sar. Parfaitement lancé dans la profondeur par Pirlo (voir plus bas), il élimine le gardien néerlandais d’un contrôle orienté aérien dévastateur et marque dans le but vide. La machine est lancée. Lors des cinq matchs suivants, il claque sept buts consécutivement dont un hat trick à Lecce et l’unique réalisation de la rencontre face à l’Inter. Au total, l’inoxydable Roberto atteint la barre symbolique des dix buts. Au cours de son passage à Brescia, il marque 45 buts en 95 matches de Serie A. Soit quasiment un but toutes les deux rencontres.

Hübner, serial buteur

Lors de cette saison 2000-2001, Brescia s’appuie sur un joueur méconnu et sous-côté pour conclure ses actions offensives. Peut-être (sûrement) à cause de son parcours hétéroclite. Pourtant, Dario Hübner est un redoutable buteur. Repéré tardivement, le frioulan quitte son job de forgeron et débute sa carrière pro à l’âge de 19 ans. Sans passer par un centre de formation. Il commence au bas de l’échelle avant de se hisser, petit à petit, jusqu’au top, en Serie A. Dix ans lui sont nécessaires. Mais sa progression est linéaire. Très régulier et doté d’un jeu de tête redoutable, il franchit les étapes avec régularité.

Le Bison ou Tatanka (surnoms gagnés avec Fano) débute en Serie A à 30 ans sous les couleurs de Brescia. Après deux saisons en Serie B, Dario retrouve l’élite. Associé à Roberto Baggio, ses qualités font merveille. Ce redoutable joueur de surface est capable de superbes appels en profondeur. Il possède également un sang froid glaçant dans la finition, notamment sur penalty. Et même, si plusieurs fois, Carlo Mazzone lui préfère l’attaquant albanais Igli Tare, arrivé en janvier, Hübner termine la saison comme meilleur buteur du club avec 17 buts au compteur en Serie A et 24 toutes compétitions confondues.

« Oui, je fumais des cigarettes et buvais la grappa deux ou trois fois par semaine mais je me suis toujours couché tôt et toujours levé à 7 heures du matin pour emmener les enfants à l’école. » – Dario Hübner

« Le plus grand joueur du pays, sans grappa et sans cigarettes » disait Gino Corioni, président historique de Brescia. Mais après avoir remporté le titre de Capocannoniere en Serie C et Serie B, il conquiert celui de Serie A à 35 ans avec Piacenza, au nez et à la barbe de Hernán Crespo, Alessandro Del Piero, Vincenzo Montella, Andriy Chevtchenko ou Christian Vieri. Seul joueur avec Igor Protti à avoir réussi cette performance, ce bomber racé, étiqueté buteur de province, n’a jamais évolué dans une grosse écurie de l’élite. Même si l’intéressé avoue des contacts stériles avec l’Inter ou le Milan au cours de sa longue carrière.

Sor Carletto Mazzone

Avant de s’installer sur le banc du Mario Rigamonti, Carlo Mazzone a déjà bien bourlingué. A 63 ans, surnommé Sor Carletto pour son phrasé imprégné du dialecte romain, cet ancien joueur dans les années 50/60 est un personnage haut en couleur au verbe haut. Sa carrière de technicien, commencée en 1968 avec Ascoli, l’a amenée à diriger une dizaine de clubs dont son équipe de coeur : la Roma. Et avec au compteur 795 matchs sur un banc (à la fin de sa carrière), personne n’a jamais fait mieux dans l’histoire du championnat italien. Même Nereo Rocco s’est arrêté à 787.

Une anecdote résume parfaitement le personnage. Nous sommes le 30 septembre 2001 et Brescia reçoit l’Atalanta. Rapidement, son équipe prend le bouillon (1-3). Et les supporters adverses l’insultent copieusement. Mazzone est remonté. Quand Baggio réduit le score, Carletto exulte et hurle : « si on égalise à 3-3, je viens sous votre virage ». A la 90+2, un coup franc excentré du Divin Codino arrache le nul (3-3). Certains dirigeants tentent (en vain) de le retenir mais Mazzone court célébrer ce but sous le virage des tifosi de la Dea, en les chambrant à son tour.

« C’était l’entraîneur typique qui plaisantait quand les choses tournaient mal, alors qu’il vous massacrait quand les choses allaient bien. » – Dario Hübner

Lors du mercato hivernal, il hérite d’un jeune milieu offensif prêté par l’Inter. Mais Carletto n’est pas vraiment convaincu par son positionnement sur le front de l’attaque. Et puis, la concurrence est rude. Ce rôle de trequartista est déjà attribué à un certain Roberto Baggio. Alors, Mazzone décide de le replacer plus bas sur le terrain, au poste de regista. Positionné devant la défense et chargé de dicter le tempo du jeu, ce jeune joueur de vingt-deux ans, n’est autre que Andrea Pirlo. Ce changement tactique est bénéfique pour Brescia et surtout pour celui qui n’est pas encore surnommé l’Architecte. Le but inscrit par Baggio contre la Juve sur une ouverture chirurgicale de Pirlo est en la parfaite illustration.

Sous la direction de Mazzone, le promu Brescia se hisse jusqu’à la huitième position du classement. Leur meilleur résultat en Serie A. Lors de cette saison exceptionnelle, les lombards se sont appuyés sur des joueurs expérimentés (Roberto Baggio, Pierpaolo Bisoli, Alessandro Calori, Antonio et Emanuele Filippini, Dario Hübner ou Igli Tare, l’actuel DS de la Lazio) et des jeunes talentueux (Aimo Diana, Andrea Pirlo). De quoi inspirer l’effectif de cette année pour atteindre leur objectif : le maintien.