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Wolverhampton : Feito em Portugal

Wolverhampton : Feito em Portugal

Le club des West Midlands, promu en Premier League, est la propriété du conglomérat chinois Fosun International. Pour leurs opérations lors des mercatos, les nouveaux dirigeants se sont tournés vers le super agent Jorge Mendes. Cette connexion privilégiée a des conséquences sur l’effectif. Plusieurs joueurs portugais ou ayant évolué en «Liga NOS» ont rejoint la cité de Wolverhampton, devenue la ville britannique la plus lusitanienne de Premier League. 

Par Nicolas Wagner– Twitter: @friulconnection

Nuno Espírito Santo sur le banc

Nommé le 31 mai 2016, le technicien ibère débarque à Wolverhampton à la fin de l’exercice 2015/16. Le club, classé 15ème de Championship, vient de voir se succéder pas moins quatre coaches sur le banc du Molineux Stadium. L’arrivée de Nuno est un très gros coup réalisé par les Wolves. En effet, le manager de 44 ans possède une belle carte de visite. Après une carrière de gardien de but s’étalant de 1992 à 2010, le natif de São Tomé (île portugaise au large du Gabon) débute sa reconversion comme entraîneur des gardiens. D’abord à Malaga (pour quelques mois seulement) puis au Panathinaïkos, toujours avec son ancien coach du FC Porto Jesualdo Ferreira.

Après le renvoi de Carlos Brito, l’équipe de Vila do Conde (située au nord de Porto) : le Rio Ave Futebol Clube mise sur lui. C’est sa première expérience comme N°1. Avec une sixième place au classement en 2012/13 devant le Sporting et deux finales dans les coupes nationales (Taça de Portugal et Taça da Liga) avec en bonus une première qualification européenne historique pour le club, en dépit d’une modeste onzième position, son bilan global est positif. Ses performances l’envoient en Espagne, à Valence.

Avec le club «Che», il réalise une très belle saison. Quatrième du championnat et qualifié pour les play-offs de Champion’s League, il remporte par trois fois le titre de manager du mois. il prend quatre points sur six contre le Real Mardrid (2-1/2-2). Mais il ne parvient pas à rééditer la même saison. Fin novembre 2015, il démissionne de son poste après une défaite face au FC Séville (2-1). Après quelques mois de repos, il s’engage avec son ancien club : le FC Porto. Cependant, malgré une seconde place, il est demis de ses fonctions. Il paie la facture de l’année blanche réalisée par les Dragões. Dans la foulée, il rejoint l’Angleterre. Où il retrouve également Jorge Mendes.

«Je suis assez agacé de ne parler que de Jorge Mendes. Si Jorge Mendes contrôlait le club, Nuno serait encore là. Je ne crois pas que le prochain entraîneur va avoir une relation avec Mendes.» Layhoon Chan, Président exécutif de Valence, So Foot.

Une première vague

Après la nomination de Nuno Espírito Santo sur le banc, l’afflux de joueurs lusitaniens ou en provenance de la Primeira Liga augmente encore plus. Avant son arrivée, environ 35% des recrues venaient du Portugal. Ensuite, ce pourcentage grimpe à plus de 43%. Willy Boly (ex-Braga, Porto), Léo Bonatini (ex-Estoril), Pedro Goncalves, Boubacar Hanne, Diogo Jota, Roderick Miranda, Rúben Neves, Tomás Reimão, Rúben Vinagre et José Xavier rejoignent donc Ivan Cavaleiro, Hélder Costa et Sílvio, déjà arrivés la saison précédente.

Beaucoup de ces joueurs sont des espoirs, à fort potentiel. Mais l’une des arrivées les plus surprenantes est sans conteste celle de Rúben Neves. Considéré comme l’un des meilleurs jeunes à son poste, ce milieu de terrain classe 1997 semblait destiné à poursuivre sa carrière dans une top team européenne. Non dans une équipe modeste de Championship. Pur produit de la formation du FC Porto, il a débuté sa carrière de footballeur en 2005. Après neuf ans chez les équipes de jeunes du club dont une année en prêt avec Padroense, club de deuxième division, il est appelé en équipe première par Julen Lopetegui à l’âge de 17 ans et 5 mois.

«Parfois, on a l’impression d’être au Portugal quand on dîne ensemble. On est comme une famille. J’ai eu le premier anniversaire de ma fille le mois dernier, j’ai fait venir ma famille et la famille de ma fiancée du Portugal, et avec tous les joueurs portugais, il y avait 30 personnes.» Rúben Neves, So Foot

Très vite, ses qualités de passe, sa vista et son sens inné du positionnement sautent aux yeux des spécialistes. Et pour sa première titularisation contre le Marítimo Madeira, il inscrit un but (victoire 2-0) et devient le plus jeune joueur du club à marquer un but en championnat. Cinq jours plus tard, il participe à une rencontre de Champion’s League contre Lille (victoire 1-0) et brise un autre record, détenu auparavant par CR7 himself. Il devient le plus jeune portugais à disputer la prestigieuse compétition européenne. Et également le plus joueur à débuter un match de CL comme capitaine à seulement 18 ans et 221 jours. D’une grande maturité, il continue à pulvériser les records en devenant le plus jeune joueur à atteindre les 50 matches de championnat devant Fernando Gomes et Jaime Magalhães. Lors de sa dernière saison au pays, il joue moins que les deux précédentes (13 matches contre 22 et 24). Il est transféré aux Wolves contre un joli chèque de 15,8M£.

Deuxième vague

Champions de Championship en 2018, Wolverhampton est promu en Premier League. Et le club des West Midlands continue à faire son marché au Portugal. Quatre nouvelles recrues débarquent. Le standing monte d’un cran. Lors des précédents transferts, des jeunes joueurs étaient ciblés. Là, hormis João Caiado (19 ans), ce sont tous des internationaux aguerris. Raúl Jiménez (ex-Benfica), João Moutinho et Rui Patrício possèdent une solide expérience du haut niveau. Ces trois nouveaux renforts avoisinent les 30 ans de moyenne d’âge. Et flirtent aux alentours des 80 sélections, sauf pour Moutinho (113 capes). En effet, avec un âge moyen de 25,5 ans, les Wolves ont grandement besoin de l’expérience des dernières recrues du club.

Leur parcours respectif leur permet d’encadrer les plus jeunes joueurs de l’effectif présents dans le groupe. Formé à l’América, Raúl Jiménez est repéré par l’Atletico de Madrid après trois saisons en Liga MX. Son adaptation en Espagne n’est pas jugée satisfaisante (1but en 28 matches). Benfica saute sur l’occasion pour le rapatrier dans la capitale lusitanienne. Avec sa grande stature (1M91), il connait une belle réussite devant le but. Barré par la présence de nombreux attaquants, il part en prêt aux Wolves. Formé au Sporting Clube du Portugal, João Moutinho est adulé par les supporters grâce à sa précocité et ses qualités au dessus de la moyenne (passes, vista, organisation du jeu …).

«L’accord a été conclu parce que Sporting le voulait, parce qu’il ne voulait pas d’une pomme pourrie dans son verger et qu’il ne voulait pas de gens qui n’étaient ni un exemple ni digne du blason du club.» José Eduardo Bettencourt, président du Sporting en 2010, à propos de Moutinho dans Record (quotidien sportif portugais).

Pourtant, en 2010, son transfert vers le FC Porto fait couler beaucoup d’encre. Champion en 2011, 2012 et 2013, il étoffe son palmarès avec les Azuis e brancos. Longtemps annoncé vers les plus grands clubs européens, il signe avec Monaco en 2013. Il y reste cinq saison et gagne le titre en 2017. Comme Moutinho, Rui Patrício est un pur produit de la formation des Leões. Arrivé à 12 ans, il en part dix ans plus tard après 467 matches sous le maillot Verde e branco. Malheureusement, son aventure avec le Sporting se termine tristement. Après de graves tensions avec les supporters, il décide de rompre unilatéralement son contrat. Son arrivée en Angleterre coûtera finalement 18M€ à Wolverhampton suite à une conciliation entre les deux clubs.

Malgré leur bon début de saison, ponctuée par une seule défaite (2-0 à Leicester) en huit journées de PL, et en dépit du vécu de Jiménez, Moutinho et Rui Patrício, Wolverhampton patine sérieusement depuis quelques matches. Avec cinq défaites en six rencontres dont deux contre des concurrents directs à la relégation (Huddersfield et Cardiff), les joueurs de Nuno Espírito Santo connaissent une mauvaise série. Et plongent au classement. Si rien n’est encore catastrophique (12ème avec 16 pts dont 7pts d’avance sur le premier club du bottom 3), cela pourrait le devenir si cette spirale négative se poursuit encore quelque temps. Le rendez-vous face à Chelsea s’annonce déjà très important pour arrêter l’hémorragie.