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Udinese : instabilité chronique

Udinese : instabilité chronique

Le 13 novembre dernier, Davide Nicola est devenu le dixième entraîneur de l’Udinese depuis le départ de Francesco Guidolin en 2014. La durée de vie d’un technicien sur le banc de la Dacia Arena est devenue très courte. Igor Tudor est bien placé pour le savoir. L’ex-coach de Crotone est prévenu. Si son contrat court jusqu’en 2020, la famille Pozzo pourrait décider d’écourter son aventure frioulane en cas de mauvais résultat. Analyse.

Par Nicolas Wagner– Twitter: @friulconnection

 

 

Une succession difficile

Pendant les quatre saisons à la tête des Zebrette, Mister Guidolin a mis la barre haute. Très haute même. Si ce dernier n’a pas égalé la meilleure performance du club (à savoir une place de dauphin en 1954/55), il s’en est le plus rapproché en positionnant l’équipe du nord-est de l’Italie sur le podium (2011/12). Comme Alberto Zaccheroni en 1997/98. Durant son mandat, mis à part la dernière saison (13ème), il a déjoué les pronostics (4ème, 3ème et 5ème) grâce à un effectif hétéroclite et talentueux.

«J’ai chassé la Panchina d’Oro pendant de nombreuses années, je pense que je mérite ce prix.» Francesco Guidolin, lauréat de la Panchina d’Oro 2011

Venant des quatre coins du globe, l’Udinese a recruté à tour de bras de jeunes joueurs à fort potentiel pouvant être revendus à prix d’or aux ténors de Serie A. A l’exception du légendaire Antonio Di Natale, tous les joueurs présents dans le groupe ont ensuite rejoint des top teams italiennes. Kwadwo Asamoah (Juve), Dušan Basta (Lazio), Medhi Benatia (Roma), Samir Handanovič (Inter), Mauricio Isla (Juve) et Roberto Pereyra (Juve). Les bonnes performances de l’équipe avaient déjà provoqué les départs de Alexis Sánchez vers le Barça et de de Cristián Zapata à Villarreal. Plus tard, une nouvelle vague d’exode massif (Allan, Juan Guillermo Cuadrado, Piotr Zieliński …) va appauvrir l’effectif. Mais pas les dirigeants.

Les ventes ont rapporté beaucoup au club. Lors des mercatos estivaux de 2012 à 2014, l’Udinese a empoché la bagatelle de 150M€. Le tout avec seulement la 15e masse salariale de la Serie A. Pourtant, le modèle économique basé autour de la post-formation s’est un peu essoufflé. Les (nombreux) nouveaux joueurs recrutés n’ont pas connu la même réussite que leurs prédécesseurs. L’inflation du marché des transferts a obligé (même) les gros clubs (excepté en PL) à revoir leur politique sportive. Et enfin, l’argent amassé n’a pas été assez (bien) réinvesti.

Beaucoup de ventes, peu d’achats

Pour bien illustrer la perte de qualité de l’effectif de l’Udinese, voici un petit récapitulatif concernant les opérations enregistrées (achats/ventes) lors des mercatos estivaux suivants le départ du banc de Guidolin. Cela peut ainsi expliquer (en partie) la chute des résultats.

  • En 2014/15 : si l’Udinese effectue des mouvements, aucune opération générant ou coûtant de l’argent n’est enregistrée (hormis les prêts).
  • En 2015/16 : 10 arrivées (coût 6.2M€), 7 départs (vente 55.4M€)
  • En 2016/17 : 9 arrivées (coût 13.5M€), 6 départs (vente 30.09M€)
  • En 2017/18 : 10 arrivées (coût 12.75M€), 5 départs (vente 6.5M€)
  • En 2018/19 : 10 arrivées (coût 45.15M€), 8 départs (vente 8.5M€)

A noter, un investissement plus important lors du dernier mercato avec les 20M€ déboursés pour la seule arrivée de Rolando Mandragora en provenance de la Juve. Et avant cela, l’Udinese a cherché à faire des bonnes affaires enregistrant pas moins de quatre arrivées de joueurs en fin de contrat et six prêts.

«Il y a beaucoup de bons jeunes, mais ils sont encore peu expérimentés. Ils doivent encore beaucoup apprendre, alors attendons un peu plus longtemps.» Giampaolo Pozzo, à propos de l’effectif 2018/19 dans la presse locale

Le défilé des entraîneurs

Le premier à succéder à Guidolin est Andrea Stramaccioni. C’est un choix audacieux de la part de la direction. Âgé seulement de 38 ans, soit un an de plus que Toto Di Natale, l’Udinese n’est que sa deuxième expérience sur un banc. Avant de rejoindre le Frioul, il est passé par l’Inter. Après un intérim de quelques mois en 2012, il est confirmé pour la saison 2012/13. A l’issue de la saison (9ème), il est licencié par le président Moratti. Secondé par Dejan Stanković, les débuts sont encourageants. Mais plusieurs mauvaises séries plombent l’équipe. 16ème du classement, son contrat est rompu après seulement une saison.

Ensuite, Stefano Colantuono est nommé. Choix complètement différent du précédent. Colantuono possède une plus grande expérience que Stramaccioni. L’Udinese est son huitième club (ex-Catane, Perugia, Atalanta …) comme coach. L’expérience n’est pas une réussite. Le jeu proposé et les résultats ne suivent pas. En mars 2016, il est viré. Déjà passé au club entre 1999 et 2001, Luigi De Canio débarque pour jouer les pompiers de service. Finalement, l’équipe se sauve et termine 17ème. La saison 2016/17 est un copié/collé de la précédente. Giuseppe Iachini est mis en place. Son profil est similaire à Colantuono. Mais la patience des dirigeants n’est pas aussi longue.

Dès octobre, Luigi Delneri le remplace au bout de sept matches. Delneri est un ancien joueur du club (entre 1978 et 1980). Il redresse la barre. Et termine 13ème. Mais après avoir débuté la saison suivante, il connait le même sort que Iachini. Et là, les Pozzo vont faire fort. Après plusieurs entraîneurs expérimentés, ils choisissent à nouveau un jeune débutant. Massimo Oddo (41 ans), champion du Monde 2006, rebondit après sa belle aventure au Delfino Pescara. En dépit d’un bon départ, une très mauvaise série de onze défaites consécutives lui coûtent son poste. Le croate Igor Tudor (40 ans) débarque en catastrophe pour éviter la relégation en Serie B. Mission réussie (14ème). Cependant, malgré un contrat jusqu’en juin 2019, les deux parties se séparent à l’issue de la saison. Et après seulement quatre matches.

«Je veux suivre les traces de Guidolin.» Davide Nicola, Tuttosport

Alors que le nom de Guidolin revient avec insistance, les Pozzo surprennent tout le monde en nommant Julio Velázquez (37 ans). Peu connu du grand public, il paie au prix fort d’une spirale négative de sept matches sans victoire (1N, 6D). Dixième technicien à s’asseoir sur le banc du Friuli, Davide Nicola sait à quoi s’attendre en cas de mauvais résultats.