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Tottenham : changement de statut

Tottenham : changement de statut

Pour reprendre une expression bien connue dans le monde des sports hippiques : «souvent placé, jamais gagnant». Cette maxime a trop souvent collé à la peau des Spurs, laissant les honneurs et la gloire à leur voisin et rival du Nord de Londres : Arsenal comme en atteste leur palmarès respectif. Pourtant, Tottenham a vu défiler de bonnes générations comme à la fin des 80’s quand se sont succedés les Hoddle, Lineker, Gascoigne et Waddle ou plus récemment avec les Modric et Bale. Mais leur dernier titre date de 1961. Cependant l’espoir est permis. Depuis la nomination de Mauricio Pochettino, les résultats de l’équipe n’ont cessé de s’améliorer. Sous les ordres du technicien argentin, les Spurs sont devenus de véritables candidats au titre. Voyons les raisons de ce changement. 

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Un effectif complet

Avec une moyenne d’âge d’un peu plus de 25 ans, l’effectif est composé de joueurs expérimentés encadrant des jeunes pousses, bien souvent issues du centre de formation à l’instar d’un Kyle Walker-Peters. L’une des réussites du club est la stabilité de son squad. Beaucoup de joueurs sont au club depuis plusieurs années.  Ainsi des cadres comme Lloris, Vertonghen, Eriksen ou encore Dembélé entament (au minimum) leur cinquième saison sous les couleurs des Lillywhites. A l’inverse d’Arsenal, le club s’est prémuni des départs de joueurs en fin de contrat. A part Michel Vorm, tous les joueurs sont engagés au minimum jusqu’en 2019. Récemment, le club a prolongé plusieurs joueurs comme Eric Dier (2021) ou Hugo Lloris (2022) et serait sur le point de conclure un nouvel accord avec Dele.

Nous l’avons vu Tottenham bénéficie d’un effectif complet et de qualité avec des cadres dans chaque secteur de jeu. Ils peuvent donc parfaitement intégrer les nombreux jeunes talents issus du centre de formation. En tête de proue, nous retrouvons Harry Winks. Le milieu de terrain âgé de 21 ans, néo international A anglais s’est fait une place au soleil dans l’équipe après de bonnes prestations lors de la saison écoulée. Nous pouvons également citer Kyle Walker-Peters. Le jeune latéral droit a fait son baptême du feu dans le bouillant St James’ Park. Nous pouvons aussi ajouter Cameron Carter-VickersAnthony Georgiou ou Tashan Oakley-Boothe. Ces derniers auront très certainement du temps de jeu cette saison, sûrement en League Cup.

Le recrutement s’inscrit également dans cette politique sportive. Les dirigeants pensent à long terme. Ainsi, mis à part Fernando Llorente âgé de 32 ans, les recrues Davinson Sánchez et Juan Foyth sont âgés respectivement de 21 et 19 ans. Ce sont le futur du club. Si le colombien s’est déjà acclimaté à l’Europe grâce à son excellente saison sous les couleurs de l’Ajax, l’argentin débarque d’Amérique du Sud. Il va donc pouvoir se familiariser avec son nouvel environnement encadré par des joueurs tels que Toby Alderweireld.

Nous ne pouvions clôturer ce chapitre sans évoquer la présence de tops players dans l’équipe. Sans trop développer, c’est inutile, le trio Harry Kane, Dele et Christian Eriksen est un redoutable atout pour les Spurs.

Un coach new wave

Après une première expérience sur le banc de son ancien et dernier club en tant que joueur : l’Espanyol de Barcelone, Pochettino s’est ensuite dirigé vers la Premier League et Southampton. Au cours de cette première saison, il montre de réelles aptitudes pour bien faire jouer son équipe. Nommé manager du mois d’octobre 2013, il conclut l’exercice à la 8ème position. Tottenham est séduit. Il signe pour 5 ans et devient le 10 ème coach sur une période de … 12 ans.

Au fil des saisons, il parvient à faire progresser les Spurs au classement. 5 ème dès la fin de la saison 2014/15, il continue son ascension en luttant pour le titre face aux étonnants Foxes de Leicester. Finalement dépassé sur le fil par Arsenal, les Spurs finissent 3 ème mais obtiennent leur ticket pour la Champion’s League. Après un mano a mano avec Leicester, Tottenham lutte face à Chelsea. Les Spurs ne parviendront pas à déloger les Blues malgré une belle victoire (2-0) au Lane. Tottenham se hisse à la seconde place.

Le style Pochettino colle parfaitement à la politique sportive du club. Ainsi dès ses débuts, il n’a pas hésité à intégrer de nombreux jeunes talents issus de la formation. L’exemple le plus fameux est bien entendu l’éclosion d’Harry Kane. Petit à petit, il a pris la place de Roberto Soldado. Et mieux encore, non seulement il fait jouer les jeunes mais il les fait progresser.

Tactiquement, le coach argentin est un disciple de Bielsa, qu’il a connu au pays lorsqu’il évoluait sous les couleurs de Newell’s Old Boys. C’est donc tout naturellement que plusieurs principes de jeu d’El Loco font écho chez Pochettino. La récupération du ballon est un des éléments principaux. Dès la perte du ballon, il insiste pour mettre en place un pressing haut. Toute l’équipe travaille en ce sens. Cela lui permet d’exploiter à merveille les nombreuses situations de contre qui s’offrent alors comme par exemple face à West Ham. Les deux premiers buts de Kane sont consécutifs à des pertes de balles adverses, parfaitement conclues après seulement deux ou trois touches de balles.

Un des autres principes tactiques de Pochettino est de générer un joueur libre tout en assurant une bonne occupation du terrain. En phase de possession, l’équipe n’hésite pas à faire tourner jusqu’à ce qu’un joueur se retrouve libre, généralement un central. Une fois ce premier décalage trouvé, le rythme s’accélère. Le ballon arrive très rapidement vers l’avant et là, la complicité entre le trio offensif Eriksen/Dele/Kane fait la différence. Passes verticales entre les lignes, orientations vers les latéraux, déviations en une touche pour le partenaire le plus proche sont autant de combinaisons courantes des Spurs. Le récent but de Kane face au Real (ok c’est un csc de Varane) est l’illustration parfaite : décalage rapide d’Aurier et ce dernier centre parfaitement dans la boîte.

Un club en plein développement 

Pour grandir, le club du Nord de Londres a décidé de reconstruire un nouveau White Hart Lane sur le même site que le précédent. Ces travaux obligent les Spurs à évoluer de façon temporaire à Wembley. La livraison de cette enceinte ultra moderne est prévue pour août 2018. La nouvelle capacité sera de 61 559 places. Une augmentation certaine par rapport au 35 000 places de l’ancien stade. D’ailleurs, une immense tribune de 17 500 places doit trôner derrière les buts, soit la plus grande de Premier League. Si l’ambiance reste intacte que par le passé, cela promet de belles atmosphères.

Ce nouvel écrin s’inscrit dans la logique de progression sportive du club. Mais aussi il va permettre au club d’augmenter ses revenus. En effet, le nouveau Lane sera le 2 ème plus grand stade du Royaume. Répondant aux normes de l’UEFA, le stade sera également modulable en prévision de concert ou de matches de foot …US. Le coût approximatif de 740M€ devrait être assez vite rentabiliser grâce au naming et à la recette de la billetterie des jours de matches.

Tottenham est en pleine phase de mutation avec un effectif talentueux mixant jeunesse et expérience, un coach moderne et prônant un jeu séduisant et bientôt un nouveau stade dernier cri. De quoi se poser en candidat naturel pour décrocher le titre. En constante progression sportive depuis quelques saisons, les Spurs espèrent bien dépoussiérer leur armoire à trophées. En effet, le dernier titre est une League Cup remporté en 2008. Dans le bon wagon en championnat (et en Champion’s League), les londoniens vont devoir tenir le rythme effréné imposé par City et United. Pas facile mais pas impossible non plus.