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Tottenham : ce très cher New White Hart Lane

Tottenham : ce très cher New White Hart Lane

Confronté aux retards de construction et une facture (très) salée, l’édification du nouveau stade a contraint les Lillywhites à rester inactif lors du dernier mercato estival. Une situation compliquée. Pourtant, les Spurs de Pochettino sont bien placés au classement général. Décryptage.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

 

 

Un nouveau stade à 850M£

Comme son éternel rival du nord de Londres, les Spurs ont également décidé de changer d’ère. Malgré une ambiance exceptionnelle, White Hart Lane commençait à devenir trop étroit pour les nouvelles ambitions du club. L’autorisation municipale d’ériger une nouvelle enceinte est prise en février 2016. Cependant, à la différence des Gunners avec Highbury (transformé en un luxueux complexe immobilier) et de l’Emirates Stadium, les dirigeants ont préféré raser l’ancien stade et (re)construire le nouveau (quasiment) au même endroit.

Datant de 1899 et d’une capacité de 36,284 places, White Hart Lane va se transformer en une arène ultra-moderne équipée d’un terrain rétractable, d’un confort amélioré et d’un toit amovible pouvant accueillir jusqu’à 62,062 spectateurs. Avec notamment la plus grande tribune du Royaume, située derrière le but et remplie de 17.500 supporters. Soit le deuxième plus grand stade de Premier League. Ce nouvel écrin va également répondre aux nouvelles normes imposées par l’UEFA. Des finales européennes pourraient y être disputées dans un futur proche. Et enfin, sa fonctionnalité permettra d’accueillir divers évènements hors football comme des concerts ou encore des matches de football américain. Tottenham a conclu un accord avec la prestigieuse NFL (National Football League).

« Cette nouvelle enceinte va transformer Tottenham. Ce sera un club différent, une réalité différente. Tottenham sera l’un des clubs les plus attractifs de la planète et sera en capacité de développer un projet encore plus excitant. Le club a besoin de temps pour devenir comme MU ou Liverpool. Mais nous voulons concurrencer les meilleurs. » Mauricio Pochettino

Ce nouveau stade offre donc de nouvelles possibilités économiques. Avec notamment l’augmentation des recettes issues de la billetterie, même si la nouvelle grille tarifaire des « season tickets » fait rager une partie des fans (devenant l’une des plus élevées d’Angleterre), ou encore le naming. Cependant, cet investissement est conséquent. Très conséquent. Et la facture n’a cessé d’augmenter. Le projet initial prévoyait une estimation du coût à 400M£ (448M€). Désormais, il serait plus proche des 850M£ (952M€). Soit plus du double. La faute aux (multiples) retards de construction. Dans un premier temps, les Spurs devaient emménager dans leur nouvelle maison lors du début de cette saison. L’inauguration initiale était même programmée le 15 septembre dernier pour la réception de Liverpool. Mais finalement repoussée suite à des problèmes détectés dans le système de sécurité. D’ailleurs, l’ouverture au public du nouveau stade ne devrait pas intervenir avant janvier 2019. Au plus tôt.

Aucun renfort … mais aucun départ

Le doublement du coût de construction du nouveau stade a impacté les finances du club. Cet investissement massif n’a pas permis de faire des folie sur le marché des transferts. Cet été, Tottenham est même devenu le premier club de l’élite à ne procéder à aucun recrutement depuis 2003. Un net changement par rapport aux saisons précédentes. En effet, lors des trois exercices précédents, les Spurs ont procédé à 15 arrivées contre 20 départs.

Une situation inédite en Angleterre, pays où le mercato s’emballe régulièrement grâce à l’apport incontestable des droits TV. Mais une situation justifiée pour le technicien argentin :

« Nous avons une très bonne équipe avec de très bons joueurs et c’est donc très compliqué d’y ajouter de la qualité. Nous n’avons vendu personne et comme nous avons 25 joueurs, c’est très dur d’ajouter quelqu’un. On ne va pas simplement acheter des joueurs car c’est « fashion », nous ne sommes pas comme cela. » Mauricio Pochettino

Il y a quelques mois, l’objectif était clair pour le président des Spurs : pas de grand stade sans grand joueur. Il déclarait :

« Je suis confiant à 100%. Je suis sûr que tous les joueurs qu’on veut garder seront encore avec nous la saison prochaine » Daniel Levy

Et Daniel Levy a tenu parole. Les principales stars de l’équipe sont toutes restées à Londres : Dele Alli, Christian Eriksen et Harry Kane. D’ailleurs, les deux internationaux anglais ont récemment prolongé leur bail avec les Spurs jusqu’en 2024. Sous contrat jusqu’en 2020, le milieu danois pourrait les imiter prochainement. Tous pourront bientôt évoluer sur la nouvelle pelouse du New White Hart Lane.

Les résultats suivent … en Premier League

L’absence de mouvement a beaucoup fait jaser. De nombreux fans auraient aimé voir certains secteurs de jeu renforcés et/ou certains acteurs actuels de l’effectif faire leur valise et être remplacés par de nouveaux visages. Plusieurs cas particuliers ont fait débat. Certains, par rapport à leurs prestations jugées insuffisantes (Aurier, Llorente, Sissoko …). D’autres, par rapport à leurs situations contractuelles (Alderweireld, Dembélé, Vertonghen). Et enfin, la crainte de devoir se priver deux ans de Son Heung-min. Finalement, l’incertitude autour de sa situation s’est décantée grâce à la victoire des Sud-Coréens lors des Jeux Asiatiques de 2018, exemptant l’attaquant de ces obligations militaires envers son pays. Un soulagement pour tout le monde à Tottenham.

Pourtant, malgré cette inertie (voulue ou subie), Pochettino parvient à obtenir de bons résultats en championnat. Les Spurs peuvent miser sur cette stabilité de l’effectif. Les joueurs connaissent parfaitement les demande de leur coach. L’argentin peut compter sur son goleador Harry Kane (12 matches, 6 buts). Mais également sur la résurrection de son compatriote Erik Lamela, parfait dans son nouveau rôle de super sub (8 matches, 4 buts) ou sur le nouveau positionnement dans l’axe de l’attaque du brésilien Lucas.

« Personne ne veut être dans l’ombre de Kane. » Mauricio Pochettino

Cependant, certaines carences observées par le passé n’ont pas été résolues. L’effectif est complet. Mais il existe une disparité qualitative entre certains joueurs. Ainsi, Fernando Llorente n’offre pas une alternative acceptable à Kane. Serge Aurier, recruté à grand frais (23M£), ne s’est pas imposé comme un titulaire indiscutable et subit la concurrence de Kieran Trippier. L’infirmerie est bien remplie. Les blessés s’accumulent. Cinq actuellement dont quatre dans le secteur défensif. Et parfois, le jeu est trop stéréotypé pour faire la différence, comme contre Liverpool (1-2).

Actuellement dans le top 4 (quatrième) à cinq points du leader (Man City), Tottenham s’apprête à recevoir un concurrent direct (Chelsea, 3ème) pour les places qualificatives à la Champion’s League dans un derby londonien de haut vol. Match disputé à Wembley en attendant de prendre possession de son nouveau stade. L’aube d’une nouvelle ère pour les Spurs ?