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Southampton : le renouveau vient d’Autriche

Southampton : le renouveau vient d’Autriche

Déjà confrontés à une possible descente la saison passée, les Saints sont encore dans une situation délicate avec seulement trois points d’avance sur le premier relégable. Débarrassé de Mark Hughes, Southampton a confié la mission de sauver le club du championship au technicien autrichien Ralph Hasenhuttl. Depuis sa nomination, l’ex-coach du RB Leipzig a apporté un nouveau souffle à l’équipe. Décryptage.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Un départ catastrophique

Nommé en remplacement de l’argentin Mauricio Pellegrino, Mark Hughes a pris ses nouvelles fonctions en mars 2018. L’arrivée du Gallois n’a pas emporté une forte adhésion populaire. Même si quelques fans n’ont pas oublié son passage sous le maillot de Soton entre 1998 et 2000. Mais sa dernière année à la tête de Stoke City n’a pas plaidé en sa faveur. Déjà contesté par les fans des Potters, le mauvais départ en championnat (5 victoires en 22 matches), la vente controversée de Marko Arnautović à West Ham et la friabilité de la défense en dépit des nombreux et coûteux renforts (Martins Indi 7M£, Wimmer 18M£ et Zouma) ont scellé son sort dans le Staffordshire.

Et encore une fois, la conjugaison des mauvais résultats et de la piètre qualité de jeu des Saints vont condamner Mark Hughes à un nouveau renvoi. La sentence a été longue à se dessiner. Mais elle paraissait inévitable pour l’ancien buteur de MU. Avec une unique victoire en cinq journées de PL, Soton est rapidement plongé dans la seconde partie de tableau. Une nouvelle série sans le moindre succès de dix matches plonge le club dans une position de relégable. La situation devient trop compromettante pour le Board et Ralph Krueger. La sanction tombe. Mark Hughes est débarqué de son poste. Seulement quelques mois (environ 9) après son intronisation sur le banc du St Mary’s Stadium et malgré une prolongation de contrat (3 ans) signée en mai dernier.

« Les supporters des Saints ont réclamé avec insistance le retour à ce tempo très rapide et très serré qui leur a permis de remporter de grands succès sous Mauricio Pochettino et Ronald Koeman, et s’ils nomment Ralph Hasenhuttl, « l’Alpen Klopp », comme prévu plus tard cette semaine, ils pourraient réaliser leur souhait. » Adam Blackmore, rédacteur sportif de BBC Radio Solent

Deux jours plus tard, Ralph Hasenhuttl lui succède. Arrivé dans l’urgence, il ne parvient pas à redresser la barre. Le choc psychologique n’a pas lieu et Soton perd contre Cardiff (1-0). Néanmoins, la différence dans le jeu est déjà visible. Le calendrier ne lui offre aucun répit. Hormis un temps de préparation de huit jours pour la réception des Gunners de Arsenal. Ce laps de temps permet à l’autrichien de bien faire passer son message à son groupe. L’effet est immédiat.

Le renouveau

Outsiders pour cette rencontre à domicile, les Saints vont déjouer les pronostics des bookmakers. Malgré une possession en la faveur de leur adversaire, Soton se montre plus réaliste. Profitant de la passivité et des largesses de marquage de la défense londonienne, Danny Ings (de retour de blessure) place sa tête pour l’ouverture du score. Arsenal est piqué au vif. La réaction ne se fait pas attendre. Huit minutes plus tard, Mkhitaryan égalise aussi de la tête. Mais juste avant la pause, laissé libre de ses mouvements par les centraux, Ings claque un doublé. Copie conforme de l’ouverture du score mais cette fois du côté droit. Après la pause, Mkhitaryan égalise encore une fois avec un brin de réussite. Sa frappe est légèrement déviée par Vestergaard et trompe McCarthy. Mais Southampton ne se laisse pas abattre par ce coup du sort. Sur une offrande de Shane Long, et après une sortie aérienne ratée de Leno, Charlie Austin scelle définitivement la victoire (3-2).

« J’ai regardé des extraits de ses précédents clubs pour essayer d’apprendre comment je peux être le meilleur joueur pour lui. On voit que c’est un homme passionné par son métier et qu’il sait exactement ce qu’il veut pour le club de football. Contre Arsenal, on pouvait voir à quel point les garçons couraient et se pressaient en nombre. » Danny Ings

Surfant sur cette bonne performance, les Saints enchaînent avec une seconde victoire consécutive contre Huddersfield (1-3). Une première cette saison. Mais le Boxing Day va interrompre cette bonne série naissante. Les Hammers retournent une situation mal embraquée pour eux et s’imposent grâce à un doublé de Felipe Anderson (1-2). La réception de City se conclue par une nouvelle défaite (1-3). Plus prévisible. Cependant, Soton démontre de nouvelles vertus mentales et défensives en arrachant le nul et en préservant son but face aux Blues de Chelsea (0-0). Cet enchaînement rapproché de matches n’a pas été bon sur le plan comptable. Mais Southampton ne replonge pas dans une série négative.

Et dès la rencontre suivante, les Saints parviennent à s’imposer à l’extérieur (1-2) sur le terrain des Foxes. Après l’ouverture du score par JWP (James Ward-Prowse) sur penalty, le jeune (19 ans) latéral français Yan Valery écope de deux cartons jaunes en l’espace de 11 minutes. Mais l’équipe se soude et trouve la force mentale de doubler la mise deux minutes plus tard (45+2) grâce à Shane Long. La réduction de l’écart de Ndidi est anecdotique. Puis, ils continuent à domicile en s’imposant face aux Toffees (2-1). Le scénario est similaire au match précédent. Deux buts pour Soton et un but tardif (90+1) sans conséquence de Gylfi Sigurðsson. Avec ces deux victoires d’affilée, l’équipe de Hasenhuttl sort de la zone rouge. Et s’offre un peu de calme.

Ralph Hasenhuttl 

Hormis les fans de Bundesliga, peu d’observateurs connaissait Ralph Hasenhuttl avant son arrivée sur la côte Sud du Royaume. Cet ancien avant centre autrichien, passé par son pays natal, la Belgique et l’Allemagne au cours de sa carrière de joueur, se reconvertit comme entraîneur dès la fin de son aventure professionnelle. D’abord avec les équipes de jeunes du SpVgg Unterhaching entre 2004 et 2007, puis comme adjoint de Werner Lorant après avoir assuré l’intérim suite au renvoi Harry Deutinger. Nommé n°1 en octobre 2007, il dirige Unterhaching (en Liga 3) pendant trois saisons.

Il manque de peu de se battre pour la promotion vers la Liga 2 en finissant à un point de la place de barragiste. La suite est moins réussie. Il est viré en février 2010. En janvier 2011, il rebondit en reprenant la direction du VfR Aalen. L’équipe est mal classée. Mais il évite la relégation. Il remodèle son groupe en faisant de nombreux mouvements. Ce choix est payant. Aalen obtient sa promotion automatique en Liga 2. Pour bien figurer à l’échelon supérieur, il change son schéma tactique en passant d’un 4-4-2 à un 4-5-1, pour faciliter un jeu rapide de contre-attaque. C’est un succès surprenant. Aalen est cinquième à la trêve. Neuvième du classement général final, l’équipe est la mieux classée de tous les promus de l’année. Mais la perte du sponsor principal et du directeur sportif Markus Schupp a imposé un programme d’austérité pour la saison suivante. Plusieurs joueurs partis n’ont pas été remplacés. En conséquence, après deux ans et demi de succès, il démissionne de son poste. 

En octobre 2013, il est nommé à Ingolstadt. Et encore une fois, le succès est au rendez-vous. Évitant la descente, il est promu en Bundesliga 1 la saison suivante en s’adjugeant le titre. Et réussit à obtenir le maintien du club bavarois parmi l’élite avec une très belle 11ème place. Sur les tablettes du RB Leipzig, il ne prolonge pas son contrat et s’engage avec le club de la célèbre marque de boisson énergétique. Le néo-promu a des moyens considérables et une politique sportive basée sur le recrutement de jeunes talents à travers ses clubs satellites (Red Bull Brasil, Red Bull Ghana, FC Liefering, New York Red Bulls, Red Bull Salzbourg). Détesté par les autres fans de Buli pour son coté pré-fabriqué, Leipzig produit une saison exceptionnelle en terminant à la seconde place du classement. Pour la première de sa jeune histoire, le club va accéder à la Champion’s League. Les performances de Emil Forsberg, Naby Keïta et Timo Werner sont unanimement saluées par la critique. Lors de la saison suivante, Leipzig parvient à accrocher une belle sixième position. Mais encore une fois, Ralph Hasenhuttl tire sa révérence. 

Décrit comme « l’anti-Guardiola », son style de jeu est direct, basé sur un gros pressing pour récupérer le ballon et sur des contre-attaques rapides. Grand partisan de l’adaptation de sa tactique en fonction de son opposition, il déclare à Football Paradise :

« Chaque opposition doit être jouée différemment et la formation dépend des forces de l’adversaire, mais on s’entraînait en général surtout avec le 4-2-2-2-2, 4-4-3 et 3-4-3 parce qu’on pouvait adapter ça à la plupart des matchs. »

Southampton et son nouveau coach autrichien ont amorcé leur redressement. La réception de Crystal Palace devrait permettre aux Saints de poursuivre sa bonne série. Et d’envisager au mieux la suite de la saison. Mais également de (déjà) préparer la suivante avec un nouveau projet bâti autour de ce technicien à succès : .Ralph Hasenhuttl.