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Serie A : les vétérans du but

La réussite « tardive » de Fabio Quagliarella n’est pas inédite dans l’histoire du foot italien. Plusieurs autres grands attaquants ont connu une fin de carrière prolifique ou ont attendu un âge avancé avant de faire trembler les filets régulièrement. Voici une petite liste (non exhaustive) de buteurs vétérans.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

  • Roberto Baggio : 1982/2004

Très précoce avec un début de carrière dès l’âge de 16 ans sous les couleurs de Vicenza, Il Divino Codino connait une longévité exceptionnelle. Sa carrière s’étale de 1982 à 2004. De Florence, à Turin, en passant par Milan, Bologne ou encore Brescia, Roberto Baggio a beaucoup bougé. Il a évolué au sein de grandes écuries mais aussi dans de clubs moins réputés. Pourtant, il a toujours été au top. Son fort caractère lui a souvent valu des problèmes relationnels avec ses entraîneurs. C’est l’un des rares footballeurs à avoir porté les maillots de la Juve, du Milan et de l’Inter (comme Meazza, Pirlo ou Vieri …). Alliant technique, élégance, vision du jeu et finition redoutable, ce fuoriclasse est considéré comme l’un des meilleurs joueurs de l’histoire du football. Encore prolifique en fin de carrière avec Brescia, il marque 45 buts en 95 matches de Serie A. Soit quasiment un but toutes les deux rencontres. Quand il raccroche les crampons, Roberto Baggio a 37 ans au compteur et termine avec une saison à 12 buts.

« Il me rappelle Peppìn Meazza : je ne pense pas qu’on puisse faire plus d’éloges à un jeune attaquant de nos jours ! » Gianni Brera, journaliste sportif italien, La Repubblica (1989)

  • Alessandro Del Piero : 1991/2012

Surnommé Pinturicchio par Gianni Agnelli pour l’élégance de son jeu, ADL est une véritable icône de la Juventus. Pendant près de 20 ans, il a régalé les tifosi de la Vecchia Signora de ses nombreuses réalisations. Sa polyvalence et sa créativité offensive lui ont permis de former un duo irrésistible avec David Trezeguet. Spécialisé en coup franc direct, il a également laissé son nom à une réalisation spécifique : la frappe enroulée dans la lucarne opposée, devenue avec le temps le but « à la Del Piero ». Avec la Juve, il a tout connu. Presque tout gagné. Même le titre de Serie B en 2007. Deuxième au classement des meilleurs buteurs italiens de tous les temps avec 346 buts inscrits en carrière dont 290 avec la Juve, seul Silvio Piola le devance (390). À 37 ans, il dispute son dernier match sous les couleurs bianconeri en mai 2012 et marque son ultime but turinois face à l’Atalanta.

« C’est difficile de trouver des mots pour décrire Del Piero. Il a joué pour la Juve pendant une vingtaine d’années, c’est l’histoire de ce club. Quand quelqu’un dans le monde dit le mot « Juve », il a une image de Del Piero en tête. Je pense que c’est tout dire. » Pavel Nedvěd, ex-coéquipier et vice-président de la Juventus

  • Antonio Di Natale : 1996/2016

Rien ne prédisposait Antonio Di Natale à devenir le sixième meilleurs buteurs italiens de tous les temps avec 209 buts, devant Roberto Baggio (205). Avec des débuts en Serie A à 25 ans, ADN attend la trentaine pour enfiler les buts comme les perles. Ainsi, il passe le cap des 20 buts en championnat à 32 ans. Esterno de formation, il joue principalement sur un côté jusqu’à la saison 2009/10. Le départ de Quagliarella pour le Napoli et un repositionnement dans l’axe sont décisifs pour la suite de sa carrière. Buteur instinctif à la palette variée, il pouvait aussi bien mettre une reprise de volée dans un angle impossible ou battre le gardien d’un petit lob subtil. Véritable légende au Frioul, il reste fidèle à l’Udinese en dépit de nombreuses sollicitations. Privilégiant son confort familial et préférant être n°1 dans un club modeste que n°4 dans une top team. Capocannoniere en 2010 et 2011, il poursuit sa carrière jusqu’en 2016. Et claque encore à 39 ans. Inusable.

« Je suis fier de ce que j’ai accompli ici. J’ai passé douze magnifiques années, je remercie tout le monde, les coéquipiers et les tifosi. Ma carrière à l’Udinese est digne d’un film. » Antonio Di Natale

  • Dario Hübner : 1987/2009

Repéré tardivement, le frioulan quitte son job et débute sa carrière pro à l’âge de 19 ans. Sans passer par un centre de formation. Il commence au bas de l’échelle avant de se hisser, petit à petit, jusqu’en Serie A. Dix ans lui sont nécessaires. Mais sa progression est linéaire. Très régulier et doté d’un tir du gauche redoutable, il franchit les étapes avec régularité. Le Bison ou Tatanka (surnoms gagnés avec Fano) débute en Serie A à 30 ans. Il parvient à son apogée à 35 ans. Après avoir remporté le titre de Capocannoniere en Serie C et Serie B, il conquiert celui de Serie A avec Piacenza, au nez et à la barbe de Hernán Crespo, Alessandro Del Piero, Vincenzo Montella, Andriy Shevchenko ou Christian Vieri. Seul joueur avec Igor Protti (voir ci-dessous) à avoir réussi cette performance, ce bomber racé, étiqueté buteur de province, n’a jamais évolué dans une grosse écurie de l’élite. Même si l’intéressé avoue des contacts stériles avec l’Inter ou le Milan au cours de sa longue carrière.

« Fumer était ma façon de me détendre avant un match ou à la mi-temps. Et après le dîner, je m’envoyais de temps en temps une grappa, mais à 20h, j’étais chez moi, je regardais un peu la télé et j’allais me coucher. J’avais toujours mes 8 heures de sommeil. Je menais une vie de pro tandis que d’autres ne fumaient pas, mais tu les retrouvais en boîte à 3 heures du matin. » Dario Hübner

  • Filippo Inzaghi : 1991/2012

Après des débuts à Piacenza, Filippo Inzaghi devient Super Pippo à Verona (Hellas) au cours d’une saison où il inscrit 13 buts en 36 matches de Serie B. N°9 à l’ancienne, très rapide, toujours à l’affût d’une erreur des défenseurs ou d’un ballon relâché par le gardien, souvent lancé en profondeur à la limite du hors-jeu, Inzaghi est l’un des meilleurs buteurs de sa génération malgré une (relative) faible technique individuelle. Après un échec avec Parme, il se relance à l’Atalanta avec un titre de capocannoniere à la clé (24 buts). Transféré l’année suivante à la Juventus, il passe quatre saisons concluantes dans le Piémont. Recruté par le Milan, il y joue pendant onze ans. Ses talents de buteur font le bonheur des Rossoneri, notamment en Champion’s League. Lors des dernières saisons, son temps de jeu se réduit. Mais Inzaghi reste inoxydable. Et il claque son dernier but quelques semaines avant ses 39 ans.

« Ce n’est pas Inzaghi qui est amoureux des buts, c’est le but qui est amoureux d’Inzaghi. » Emiliano Mondonico, ex-joueur et entraineur de Inzaghi à l’Atalanta

  • Cristiano Lucarelli : 1992/2012

Lucarelli et Livorno, Livorno et Lucarelli. On dirait un film de Claude Lelouch. Natif de la cité portuaire Toscane, Cristiano Lucarelli choisit de quitter le Torino et la Serie A pour rejoindre les Amaranti tout juste promus en Serie B. Et pour endosser le maillot grenat, il consent à un gros sacrifice financier. Mais peu importe. C’est le choix du cœur. Avant d’atterrir à Livorno, Lucarelli a déjà bien bourlingué. Après des débuts à Cuoiopelli en 1992, il passe successivement par Perugia, Cosenza, Padova, l’Atalanta, Valencia, Lecce et le Torino. Avec plus ou moins de succès. Il se révèle complètement sous les couleurs de son club favori. Il participe activement à la promotion de son équipe en Serie A, pour la première fois depuis 55 ans. La saison suivante, Livorno termine 9ème et Lucarelli s’empare du titre de meilleur buteur avec 24 réalisations en 33 rencontres. Après quatre saisons, il part pour le Shakhtar. C’est un échec. Il rentre donc en Italie, à Parme. Puis rejoint à nouveau Livorno en prêt. Malgré dix réalisations, il ne peut éviter la relégation en Serie B. Il s’offre un dernier challenge avec le Napoli. Et en dépit d’une grave blessure au genou, il remporte néanmoins son premier trophée en Italie (Coppa Italia). À 36 ans, il met un terme à sa carrière.

« J’étais un attaquant à l’ancienne, un peu à l’anglaise, mais j’étais bon avec les pieds, je marquais sur coup franc, du droit, du gauche, hors de la surface, et des jolis buts. Il n’y avait pas que la prestance physique ou la hargne et le leadership. Je n’excellais en rien, mais je réussissais à être bon en tout. » Cristiano Lucarelli

  • Igor Protti : 1983/2005

Comme Dario Hübner, Igor Protti connait une ascension lente mais progressive. Partant de Serie C pour atteindre la plus haute division nationale. Après des débuts à Rimini (sa ville natale), Protti passe par Livorno, Virescit Bergamo, Messina et Bari. Comme Dario Hübner, Protti n’était pas programmé pour atteindre les sommets. Mais comme Dario Hübner, il remporte le titre de meilleur buteur dans toutes les divisions professionnelles du pays. Capocannoniere de Serie A à 29 ans, ses 24 buts inscrits dans les Pouilles n’empêchent pourtant pas le club de descendre à la fin de la saison. Une situation inédite dans l’histoire de la Serie A. Ensuite, il multiplie les expériences peu concluantes (Lazio, Napoli, Reggiana) avant de retrouver Livorno. En 2003/04, il plante encore à 24 reprises en Serie B. Et il retrouve même les chemins des filets de l’élite à six reprises pour son ultime saison professionnelle, à 38 ans.

« On était un duo très complémentaire avec Kennet Andersson. Il me convenait parfaitement : lui le grand et moi le petit qui lui tournais autour. Il regardait bien les mouvements que je faisais. J’en ai marqué pas mal de buts grâce à ses déviations. » Igor Protti

  • Giuseppe Signori : 1984/2004

Attaquant de petite taille, rapide, doté d’une bonne technique, d’une frappe puissante et précise comparée à celle de Gigi Riva, Beppe Signori se fait remarquer sous le maillot de Foggia. L’équipe sudiste dirigée par Zdeněk Zeman propose un jeu offensif et séduisant. Grâce à une belle saison en Serie A, Signori obtient son transfert vers la Lazio. Son parcours avec les Biancocelesti est remarquable. Sa finition aussi. Capocannoniere trois fois en quatre ans, il devient le capitaine et le symbole du club. Spécialiste des coups de pieds arrêtés, il tire notamment ses penaltys sans course d’élan (44 buts sur 52 tentatives). Et avec Siniša Mihajlović, il est le seul joueur à marquer trois coups francs lors de la même rencontre de Serie A. En perte de vitesse dans le Latium, il rebondit à Bologne après un court séjour infructueux à la Samp. En Émilie-Romagne, il s’offre une seconde jeunesse. Beppe Gol y passe six saisons marquant à 84 reprises (toutes compétitions confondues). Pour sa dernière année italienne (36 ans), il score encore 6 buts.

« Zeman m’a véritablement appris à marquer des buts. Pas à faire des passes, à faire des remises… Non non, à marquer, marquer, marquer. Je suis devenu bomber grâce à lui. » Beppe Signori

  • Luca Toni : 1994/2016

Dans un premier temps, la carrière de Luca Toni tarde à décoller. Après des débuts à Modena (son club formateur), il évolue dans plusieurs clubs (Empoli, Fiorenzuola, Lodigiani, Treviso, Vicenza et Brescia) avant de goûter au succès avec Palermo. D’abord en Serie B, puis en Serie A. Mais ensuite, sa célébration ne cesse de tourner en boucle tous les week-ends sur les écrans de télé. Sa réussite l’envoie à la Fiorentina et au Bayern. Puis, il traverse une longue période d’inefficacité (Roma, Genoa, Juventus, Al Nasr et la Fiorentina). En 2013, il s’engage avec Verona (Hellas). Et il retrouve le chemin du but avec régularité. Après un premier titre de meilleur buteur en 2005, il récidive presque dix ans plus tard en signant 22 réalisations (ex æquo avec Mauro Icardi). À 38 ans, il supplante ainsi Dario Hübner et devient le plus vieux joueur à remporter ce titre honorifique. Lors de son dernier match, il convertit son penalty face à son ancien club (la Juve). Son 157 ème en Serie A.

 « A Brescia, Guardiola m’apprenait tous les jours la grandeur de l’humilité. A la fin de l’entraînement, il me disait « viens, je te fais des centres ? » » Luca Toni

  • Francesco Totti : 1992/2017

Natif de Rome et tifoso de la Roma, Francesco Totti n’a porté qu’une seul maillot dans sa carrière : le giallorosso de la Magica. À l’instar d’un Beppe Bergomi à l’Inter, d’un Giampiero Boniperti à la Juve ou d’un Franco Baresi ou d’un Paolo Maldini au Milan. Et il débute très tôt. Dès ses 16 ans, Vujadin Boškov le lance dans le grand bain. Trequartista de formation, son adaptabilité lui permet de jouer à plusieurs postes offensifs (seconda punta, prima punta et même esterno …) suivant ses entraîneurs. Joueur complet à la remarquable vision du jeu, il pouvait déstabiliser les défenses en une touche de balle. Sur une inspiration géniale. Avec son tir (des deux pieds) puissant et précis, Totti marque souvent à longue distance. Et sur coups de pied arrêtés, notamment avec le célèbre  » cucchiaio » (petite cuillère en italien, aussi appelée Panenka). Devenu « Er Capitano« , c’était un joueur charismatique. Leader et symbole de l’équipe romaine. Aussi bien buteur que passeur, son rôle a évolué avec le temps. Mais Francesco Totti a toujours fait trembler les filets adverses jusqu’à la fin de son immense carrière (786 matches, 307 buts). Son dernier but en Serie A est inscrit (sur penalty) contre le Torino, peu avant ses 40 ans.

« Les cinq meilleurs joueurs italiens de l’histoire ? Totti, Totti, Totti, Totti et Totti. » Zdeněk Zeman

NDLA : D’autres joueurs auraient pu apparaître dans cette liste : José Altafini dit Mazola (38 ans), Amedeo Amadei (35 ans), Roberto Boninsegna (36 ans), Alberto Gilardino (34 ans), Kurt Hamrin (37 ans),Giuseppe Meazza (37 ans), Gunnar Nordahl (37 ans), Silvio Piola (41 ans), Giuseppe Savoldi (36 ans) …

Les années à côté des noms correspondent à leur présence en Italie.