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Sassuolo : le trouble-fête

Sassuolo : le trouble-fête

Après une saison délicate, Sassuolo est de retour dans la première partie de tableau. A la lutte pour une qualification européenne, les Neroverdi endossent à nouveau le costume de trublion de Serie A. Analyse. 

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Une saison de transition

Après cinq saisons en Émilie-Romagne, EDF quitte son poste pour rejoindre son ancien club : la Roma. Sous ses ordres, Sassuolo est passé de la Serie B à l’Europa League. Une ascension irrésistible freinée l’année dernière suite à ce départ. En effet, sans remettre en question les qualités d’entraineur de son remplaçant : le jeune Cristian Bucchi (40 ans), la succession est trop lourde à supporter.

Pour sa seconde expérience dans l’élite, après un passage furtif à la tête de Pescara en 2012/13, Bucchi ne convainc pas. Ses débuts sont ratés avec uniquement une victoire en sept matches dont un retentissant 6-1 concédé face à la Lazio. Fin novembre, il est démis de ses fonctions après une nouvelle défaite contre le Hellas Verona. Sassuolo est alors 15ème avec seulement un point d’avance sur le premier relégable. Les dirigeants optent pour Giuseppe Iachini. Sa mission est simple : éviter la Serie B.

Contrairement à Bucchi, Iachini possède une solide expérience. Et connaît bien ce genre de situation. Pour redresser la barre, il s’appuie sur les valeurs fortes de l’effectif. Après une période d’observation, il change son schéma tactique pour le faire évoluer du 4-3-3 en 3-5-2. Et aligne Domenico Berardi et Matteo Politano en pointe. Cette association est très complémentaire. Installé dans l’axe de l’attaque, Politano réalise une super fin de saison. Avec 10 buts et 4 passes décisives, il est l’un des acteurs majeurs dans le maintien du club. D’ailleurs, sa bonne forme lui permet d’être transféré à l’Inter Milan à l’intersaison estivale. Finalement, Iachini atteint l’objectif. Et Sassuolo termine au milieu de tableau avec une 11ème position.

« Matteo a beaucoup grandi, mais il a toujours d’importantes marges de progression. Il est important qu’en plus du résultat, nous puissions valoriser des garçons intéressants. » Beppe Iachini

Roberto De Zerbi, le nouveau Eusebio Di Francesco ?

Après avoir maintenu le club en Serie A, Iachini termine son intérim. Pour lui succéder, Sassuolo décide de miser sur un jeune technicien prometteur (39 ans) : Roberto De Zerbi. Ce choix apparaît comme un petit pari. Avec seulement cinq ans d’expérience, il n’est pas le plus réputé des éducateurs transalpins. Cependant, malgré une année compliquée avec Benevento, il a néanmoins toujours essayé de pratiquer un football offensif avec son équipe. Et si le début d’exercice a grandement hypothéqué les chances de maintien du promu, la belle deuxième partie de championnat avec six victoires (dont celle historique décrochée à San Siro face au Milan) et deux nuls a tapé dans les yeux de nombreux dirigeants.

Après une carrière correcte de joueur, De Zerbi se lance dans le métier de coach. En 2012, il suit la formation délivrée au centre technique national de Coverciano. Il obtient sa licence de formateur de base (UEFA B). Et dès novembre 2013, il connait sa première expérience sur un banc avec le Darfo Boario. Mais il ne peut éviter la relégation à la fin de la saison. Il rebondit avec un club plus huppé : Foggia. Au milieu des années 80, les Satanelli évoluent en Serie A sous les ordres de Zdeněk Zeman. C’est la Zemanlandia. Une période faste. Mais quand De Zerbi arrive dans les Pouilles, l’équipe est tombé en Lega Pro (3ème division). 

« Notre équipe doit se concentrer sur le jeu avec et sans le ballon, les joueurs doivent commencer à demander plus d’eux-mêmes parce qu’ils n’ont pas encore exprimé leur potentiel maximum, nous devons également changer notre attitude sur le terrain car certains matches exigent un degré d’attention différent. » Roberto De Zerbi, conférence de presse d’avant match

La première saison est encourageante avec une belle septième position. Mais la suivante est encore plus belle. Foggia se hisse à la seconde place. Pourtant, ils doivent passer par les Play-Offs. Les Rossoneri atteignent la finale de promotion. Disputée contre le Pisa de Rino Gattuso, cette finale aller / retour est perdue (4-2 / 1-1). De Zerbi commence la saison suivante sur le banc de Foggia, avant d’être appelé par Zamparini pour devenir l’entraîneur de Palerme en Serie A. Et comme souvent avec le volcanique président insulaire, l’aventure ne dure pas longtemps. Seulement douze matches dont neuf défaites. De Zerbi rebondit à Benevento avant d’arriver à Sassuolo et de réaliser un début d’exercice 2018/19 très réussi. Cela lui vaut d’être suivi de près par le … Barça pour prendre la suite de Valverde.

Le renouveau de Domenico Berardi 

Depuis le début de la saison, Domenico Berardi retrouve ses (meilleures) sensations avec son nouvel entraîneur. Après des débuts professionnels sensationnels, il faut bien dire que le talentueux gaucher, promis à un avenir brillant, était rentré dans le rang avec notamment une saison 2016/17 marquée par une grave blessure au genou. Repéré par Sassuolo dans un tournoi de football à 5, Berardi quitte Cosenza à 16 ans. Dans un premier temps, il intègre les équipes de jeunes de son nouveau club. En 2012, il effectue sa première apparition en Serie B sous ses nouvelles couleurs. Avec 11 buts en 37 matches, il participe activement à la promotion de Sassuolo en Serie A.

« C’est un joueur très talentueux, un footballeur moderne qui joue avec et pour l’équipe à travers le tableau et le temps. La vivacité, l’intuition, le tempérament, la force physique, combinés à une bonne technique font partie de ses bagages. C’est un vrai joueur qui connaît le jeu et l’interprète de manière totale. Même avec tant de qualités, il a encore beaucoup à faire: il a la tête sur les épaules et je ne pense pas que la popularité lui fera perdre son enthousiasme, sa générosité et son désir de s’améliorer. » Arrigo Sacchi, Gazzetta dello Sport en janvier 2014

Comme à son habitude avec les jeunes talents de la péninsule, la Juve l’a détecté. Le transfert de Luca Marrone de la Juve à Sassuolo permet à la Vecchia Signora de le prendre dans son giron. Mais il reste à Sassuolo pour continuer à grandir. Et il grandit vite. Pour sa première saison, il marque les esprits. Et il marque tout court. Contre Bologne, lors de première victoire historique de Sassuolo en Serie A. Contre la Samp, il inscrit son premier triplé, synonyme de première victoire à l’extérieur en Serie A. Mais ce n’est pas tout. Il claque un quadruplé contre le Milan et devient le deuxième plus jeune joueur à réussir cet exploit après Silvio Piola. Il clôture la saison avec 16 buts. Pour sa seconde saison en Serie A, il inscrit 15 buts. Et a déjà porté plus de 100 fois les couleurs neroverdi (toutes compétitions confondues). Sassuolo rachète ses droits à la Juve pour 10M€. Il connait également la joie de la Nazionale.

Ensuite, ses stats personnelles déclinent un peu. Notamment son nombre de buts par saison. Ainsi que son influence sur le jeu de son équipe. Berardi a aussi un pêché mignon. Il s’agit du manque de discipline. Assez sanguin, il collectionne les cartons jaunes (56) et rouges (5) en 184 matches de Serie A. Comme nous l’avons vu plus haut, la saison passée, Iachini l’a installé dans l’axe de l’attaque. Une décision judicieuse. Cependant, De Zerbi a décidé de le repositionner sur le flanc droit de l’attaque. Cela lui permet de repiquer au centre du terrain pour délivrer une passe à son avant-centre ou d’enrouler une frappe avec sa patte gauche. Après quelques saisons moins brillantes, Berardi semble sur la bonne voie.

Après une saison de transition pour bien digérer le départ de leur ancien coach emblématique, Sassuolo semble avoir retrouver la bonne formule avec un nouvel entraîneur aux idées footballistiques très intéressantes. Une équipe à suivre, candidate pour un ticket européen.