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Rétro : Steven Gerrard et Paul Scholes, deux milieux de légende

Rétro : Steven Gerrard et Paul Scholes, deux milieux de légende

L’année dernière, la rédaction de ZoneMixte vous proposait un focus sur le Derby d’Angleterre, opposant Liverpool à Manchester. Nous revenions sur les origines de cette rivalité historique du championnat anglais. Au cours des saisons passées, de nombreux joueurs se sont illustrés lors de ces duels épiques. Récemment, deux protagonistes sont sortis du lot. Deux milieux au profil similaire. Deux acteurs au cœur du jeu. Deux légendes de leur club. 

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

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Steven Gerrard

Arrivé au club à l’âge de neuf ans, Steven Gerrard en est parti vingt-sept ans plus tard. Mais avant de devenir une légende du club, Gerrard a dû forcer le destin. A quatorze ans, il effectue plusieurs essais dans différentes équipes dont … Manchester United. Plus tard, dans son autobiographie, l’intéressé déclare avoir réalisé ses tests pour  « pour faire pression sur les dirigeants de Liverpool afin qu’ils m’offrent un contrat YTS (Youth Training Scheme) ». Choix payant. En 1997, il signe son premier contrat pro. Un an plus tard, Gérard Houiller lui offre sa première apparition. Mais, lors de ses premiers pas, il ne parvient pas tout de suite à démontrer l’étendue de ses qualités en raison d’une certaine nervosité et d’un positionnement sur le terrain inadéquat. La saison 2000/01 est marquée par l’obtention de ses premiers titres avec les Reds (un triplé FA Cup, League Cup et Coupe UEFA).

« Gerrard est pour moi, dans la position qu’il occupe, l’un des meilleurs au monde. Il a un impact énorme. Pour le travail qu’il effectue, pour moi, il est l’un des meilleurs. » Ronaldinho (en 2007)

Aligné assez haut sur le côté droit au début de sa carrière, Gerrard se voit replacer dans l’axe du terrain. Dans une position plus défensive. Gagnant en maturité, il développe une grande qualité dans la récupération du ballon. Sans être un vrai meneur de jeu, son rôle de milieu box to box lui permet d’être également à la création des offensives de son équipe. Très endurant, polyvalent, capable d’évoluer à plusieurs postes de l’entrejeu, Gerrard se montre d’une grande habilité et d’une précision étincelante dans ses passes. Décisif à de nombreuses occasions, il marque beaucoup grâce à des frappes puissantes et précises. Même sur coup de pied arrêté. Véritable maître à jouer des Reds pendant plus de quinze ans, il est devenu au fil des saisons une icône scouser. A l’époque du foot business où l’argent est (trop) souvent roi, beaucoup aurait aimé le voir terminer son aventure sous les couleurs de son club de cœur. Mais il s’offre un dernier challenge en acceptant le défi de la MLS et il s’envole vers la Cité des Anges (LA Galaxy) pour y terminer sa magnifique carrière.

« Il a une grande capacité de passe, il peut tacler et marquer des buts, mais il donne surtout aux joueurs qui l’entourent confiance et conviction. Vous ne pouvez pas apprendre cela – des joueurs comme lui sont simplement nés avec cette présence. » Zinédine Zidane (en 2009)

« Je joue pour Jon-Paul »

A la fin de son autobiographie, publiée en 2006, Steven Gerrard évoque la disparition de son cousin : Jon-Paul Gilhooley. Alors âgé de 10 ans, Jon-Paul est l’une des 96 victimes de la tragédie de Hillsborough intervenue en 1989. La plus jeune victime d’un terrible mouvement de foule lors de la demi-finale de FA Cup opposant Liverpool à Nottingham Forest. Organisée sur terrain neutre, dans une enceinte trop vétuste, cette rencontre tourne au cauchemar en raison de plusieurs facteurs : l’installation de grillages pour prévenir des hooligans, le trafic perturbé entre Liverpool et Sheffield retarde l’arrivée des supporters et enfin l’ouverture d’un accès dédié à la sortie, dépourvue de tourniquets, pour permettre l’entrée des retardataires provoque un afflux massif de fans à l’intérieur de la tribune réservée à Liverpool.

Cette catastrophe va profondément marquer le jeune Steven alors âgé de 8 ans. Mais également lui donner un supplément d’âme lorsqu’il enfilait le maillot des Reds. L’âme scouser.

« Il est difficile d’apprendre que l’un de vos cousins a perdu la vie. Voir la réaction de ses proches m’a poussé à devenir le joueur que je suis aujourd’hui. » Steven Gerrard

Palmarès :

18 ans de carrière pour Stevie G., beaucoup de titres glanés dont la Champion’s League de 2005 qualifiée de « miracle d’Istanbul » pour la dramaturgie et le scénario du match. Pour rappel, Liverpool remporte la 50ème finale de l’histoire aux tirs au but (3-2) contre le Milan, malgré un déficit de trois but à la mi-temps (0-3). Cependant, Gerrard n’est jamais parvenu à ramener la couronne de champion d’Angleterre à Anfield. Tout proche de réussir en 2014, après une disette de 25 ans, sa glissade malheureuse dans un match clé permet à Demba Ba d’ouvrir le score et à Chelsea de l’emporter (0-2). City double les Reds dans le money time et condamne Liverpool à une nouvelle seconde place au classement.

« Après le match, je me suis assis à l’arrière de ma voiture et j’ai senti les larmes couler sur mon visage. Je n’avais pas pleuré depuis des années, mais ce jour-là, je ne pouvais pas m’arrêter. » Steven Gerrard, The Independant

  • FA Cup : 2 trophées (2000–01, 2005–06)
  • League Cup : 3 trophées (2000–01, 2002–03, 2011–12)
  • Community Shield : 1 trophée (2006)
  • Champion’s League : 1 trophée (2004–05)
  • Coupe de l’UEFA : 1 trophée (2000–01)
  • Super Coupe UEFA : 1 trophée (2001)

710 apparitions sous le maillot de Liverpool et 12 saisons comme capitaine de l’équipe.

Paul Scholes

Avant de devenir ce milieu de terrain de classe mondiale, adulé par les fans de United en particulier, par les fans de foot en général, par ses pairs (Thierry Henry, Xavi …) et par d’autres légendes du ballon rond comme Pelé, le Paul Scholes de 1992 ne paraissait pas taillé pour réaliser une si grande carrière. A cette époque, Scholes n’avait rien d’un surdoué comme le déclare son ancien coéquipier dès leur arrivée commune au club en 1991 :

« Si vous m’aviez dit à 12-13 ans que Scholes deviendrait un des meilleurs joueurs… Comment vous dire ?Il était si petit, si léger. Il n’avait pas beaucoup d’énergie, pas de force. Il avait de l’asthme, il ne pouvait pas courir très loin et il n’était pas très rapide. Lors de notre première année en 1992, il ne jouait même pas dans l’équipe de jeunes. » Gary Neville, So Foot

Pourtant, le futur « Cantona roux« , va ensuite connaître une carrière hors norme, à la longévité remarquable et ponctuée par de nombreux titres et trophées en tout genre. Toujours d’après Gary Neville, le déclic intervient en 1993 :

« Et tout d’un coup, ça a changé l’année suivante. Je pense que c’est à ce moment-là qu’il a cessé de boire de la bière et de manger des tartes le vendredi. Sa transformation a été incroyable. »

A partir de la saison 1994/95, la « génération 1992 » comprenant David Beckham, Nicky Butt, Ryan Giggs et donc Gary Neville devient rapidement incontournable dans le XI des Red Devils. Dans un premier temps, Scholes évolue assez haut sur le terrain. Au poste d’attaquant. Il y démontre des qualités techniques indéniables, une grande précision dans ses transmissions, des déplacements intelligents et déjà une lourde frappe de balle notamment à longue distance. Mais suite à la blessure de Roy en 1997, Scholes descend d’un cran. Replacé au milieu du terrain, son style de jeu évolue. Meneur de jeu complet à la vision exceptionnelle, tenace et polyvalent capable d’alterner entre des rôles défensifs et offensifs, il possède une grande endurance et une maitrise pour contrôler le tempo d’un match. Particulièrement efficace dans le rôle de milieu box-to-box, Scholes ne quittera plus l’entrejeu mancunien jusqu’à la fin de sa carrière.

« Un modèle. Pour moi, et je le pense vraiment, c’est le meilleur milieu de terrain central que j’ai vu ces 15 ou 20 dernières années. Il est spectaculaire, il a tout, la dernière passe, les buts, il est fort, il ne perd pas le ballon, la vision. S’il avait été espagnol, il aurait peut-être été mieux côté. Les joueurs l’aiment. » Xavi Hernández

Fergie boy

Pur produit de l’Academy de MU, Scholes portera les couleurs d’une seule équipe. Lancé par le célébrissime coach écossais en 1994, Scholes fera toute sa carrière sous sa direction. Sa relation avec Ferguson est très étroite. Comme le confirme Rio Ferdinand dans le Clare Balding Show :

« À Scholesy ? Il n’a jamais, jamais rien dit. Si Scholesy était expulsé, il lui disait : « bien joué ». »

Très discret et timide en dehors des terrains, Scholes montre un visage totalement différent sur le rectangle vert. Infatigable, il multiplie les efforts par ses nombreuses courses. Il encourage ses partenaires. Mais sait également se faire respecter par les adversaires. Parfois même, il peut mettre la semelle. Il écope de nombreuses sanctions administratives (plus de 120 cartons jaunes et une dizaine d’expulsions) pour sa générosité mal maitrisée. Joueur très régulier, il est relativement préservé par les blessures. Sa réussite est indéniablement liée à celle du club et vice-versa.

« Paul a l’intelligence d’un Cantona. C’est un merveilleux professionnel, qui pense et voit vite. Il est très fort mentalement et marque aussi des buts » Sir Alex Ferguson

Palmarès :

En vingt ans de carrière, Scholes s’est forgé un solide et prestigieux palmarès. Symbole de sa longévité, depuis 2011, il est rentré dans le cercle très fermé des joueurs de champs à avoir remporté le championnat d’Angleterre lors de trois décennies différentes. Il rejoint donc Alan Hansen (Liverpool),Tony Adams et Lee Dixon (Arsenal) et Ryan Giggs (Manchester United)

  • Champion d’Angleterre : 11 titres (1995–96, 1996–97, 1998–99, 1999–2000, 2000–01, 2002–03, 2006–07, 2007–08, 2008–09, 2010–11, 2012–13)
  • FA Cup : 3 trophées (1995–96, 1998–99, 2003–04)
  • League Cup: 2 trophées (2008–09, 2009–10)
  • Community Shield: 5 trophées (1996, 1997, 2003, 2008, 2010)
  • Champion’s League: 2 trophées (1998–99, 2007–08)
  • Coupe Intercontinentale : 1 trophée (1999)
  • Coupe du Monde des Clubs : 1 trophée (2008)

Soit un total de 23 titres pour 718 apparitions sous le maillot rouge de Manchester United.