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Rétro : Le Leeds United de David O’Leary

Après 15 ans d’attente, les Peacocks sont à la lutte pour obtenir leur ticket pour la Premier League. Sans surprise, le Leeds version Bielsa suscite un énorme engouement populaire. L’occasion de revenir sur la dernière période faste du club. Sous la direction de David O’Leary, le club du Yorkshire bouscule la hiérarchie nationale et européenne. Cependant, le rêve s’est transformé en cauchemar. Souvenirs. 

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

 

Une réussite immédiate …

L’aventure de David O’Leary à Leeds débute en octobre 1998 suite au départ surprise de George Graham, en poste depuis 1996, pour Tottenham. Dans un premier temps, les dirigeants veulent débaucher Martin O’Neill de Leicester City. Mais le nord-irlandais surprend tout le monde en refusant le job. Finalement, David O’Leary est donc promu passant du rôle d’adjoint de Graham à celui de N°1. Cette nomination est assez surprenante. Retraité depuis peu, l’ancien défenseur des Gunners n’a jamais exercé. À 39 ans, ce jeune et inexpérimenté technicien va pourtant faire des merveilles. Pour sa première saison sur le banc de Elland Road, il s’appuie sur un groupe rajeuni. Notamment sur des joueurs locaux issus du centre de formation : Stephen McPhail considéré par Graham comme le « nouveau Liam Brady », Alan Smith et Jonathan Woodgate.

« Au début, j’ai promu quatre jeunes : Steven McPhail, Jonathan Woodgate, Harry Kewell et Alan Smith. C’était comme quatre nouvelles signatures. Je savais déjà de quoi il retournait. Je les avais vus jouer en Youth Cup et avec la réserve. Quand Jimmy Floyd Hasselbaink a décidé de partir, nous avons obtenu 12 millions de livres sterling de l’Atlético de Madrid, ce qui m’a permis de faire venir plus de jeunes joueurs et de remodeler l’équipe. » – David O’Leary

Mais également sur des joueurs très prometteurs comme Lee Bowyer, Ian Harte, Harry Kewell ou Paul Robinson. Pour encadrer et guider cette jeunesse insouciante, le coriace milieu anglais David Batty (30 ans), le gardien anglais Nigel Martyn (32 ans) et le défenseur sud-africain Lucas Radebe (29 ans) amènent leur expérience. À la tête d’un groupe désireux de faire ses preuves et malléable, David O’Leary peut mettre en application ses idées tactiques. Le résultat est inattendu et prometteur. Avec une quatrième position, il mène Leeds à son meilleur classement depuis le titre de 1992 sept ans plus tôt. Le prolifique Jimmy Floyd Hasselbaink (20 buts) a la côte. Il s’envole vers l’Atletico de Madrid à la fin de la saison. Avec l’argent récupéré (12M£), Leeds mise sur une politique de recrutement privilégiant des jeunes talents anglais.

Michael Bridges de Sunderland, Darren Huckerby de Coventry et Danny Mills de Charlton rejoignent le club. L’impact offensif de Bridges (19 buts) est immédiat. Un autre joueur va éclore. Il est australien, gaucher et technique. Son nom ? Harry Kewell. Leeds devient vite l’attraction de la Premier League. D’abord parce que l’équipe pratique un football d’une grande intensité. Aussi parce que cette jeunesse enthousiaste représente l’avenir du football anglais. Leader lors du passage à l’An 2000, Leeds s’effondre et termine sur le podium (3ème) à 22 points du champion : Manchester United. Néanmoins, l’équipe se qualifie pour la prochaine Ligue des champions. En parallèle, les Peacocks brillent également sur la scène européenne en atteignant la demi-finale de la Coupe de l’UEFA contre Galatasaray (futur vainqueur de l’épreuve). Mais la fête tourne au drame. La veille de la confrontation, deux supporters trouvent la mort lors d’affrontements entre fans rivaux. Une véritable tragédie pour le club.

… vers les sommets

Avec la perspective de la Champion’s League, le président Peter Ridsdale change de stratégie sur le marché des transferts. Fini l’autosuffisance. L’apport financier permet une hausse des dépenses. Olivier Dacourt, Rio Ferdinand (record britannique avec 18M£), Robbie Keane, Dominic Matteo et Mark Viduka arrivent dans l’effectif pour un montant de 48,5 M£. La balance entre les dépenses et les recettes est de – 30M£. C’est la folie des grandeurs. En Coupe d’Europe, malgré un groupe difficile avec le FC Barcelone, Beşiktaş et l’AC Milan, les Peacocks parviennent à se qualifier pour la deuxième phase de groupe grâce à une tête victorieuse de Matteo à San Siro. Le Barça doit se contenter de la Coupe UEFA.  Au tour suivant, Leeds hérite encore d’une poule difficile *. Au programme, Anderlecht, la Lazio avec Hernan Crespo, Pavel Nedvěd, Alessandro Nesta et Juan Sebastián Verón et les galactiques du Real avec Figo, Hierro, McManaman, Raúl et Roberto Carlos.

« Les fans de Leeds ce soir-là …. J’ai vu beaucoup de choses dans le football, mais je n’ai jamais vu une telle relation entre joueurs et supporters. Nous sommes restés sur le terrain une heure après le match en chantant des chansons et en buvant de la bière. » – Dominic Matteo

Contre toute attente, le club anglais déjoue encore les pronostics. Qualifié pour les quarts de finale, Leeds affronte le Deportivo La Corogne de Makaay, Naybet, Diego Tristan et Valeron, champion d’Espagne en titre. Avec une victoire 3-0 à l’aller, les anglais résistent aux assauts ibériques au retour (2-0). Mais en demi-finale face au CF Valence de Gaizka Mendieta, après un nul sans but (0-0), les hommes de O’Leary doivent abdiquer à Mestalla (3-0). Leur parcours en Premier League est impacté par la campagne continentale, déjà très énergivore. En dépit des performances du duo australien Kewell / Viduka, Leeds manque d’un souffle une nouvelle qualification pour la Champion’s League (68 pts contre 69 pour Liverpool). Meilleur buteur du club (22 buts), le cousin de Luka Modrić profite des centres millimétrés de son compatriote pour se distinguer au classement des meilleurs gâchettes du Royaume.

Cependant, le Président continue de s’endetter pour renforcer l’équipe. Encore une fois, les dépenses sont plus importantes que les recettes. Seth Johnson et Robbie Fowler arrivent pour 20M£. Mais les ventes n’atteignent même pas les 1,5M£. Et Ridsdale se montre également généreux question salaire. Si Leeds domine la première moitié de la Premier League, David O’Leary ne parvient pas à faire mieux que cinquième. La faute à une période de deux mois sans succès. Après quatre ans de bons et loyaux services, le technicien irlandais est évincé. Jamais en dehors du top 5 en Premier League, O’Leary possède un bilan global intéressant. Au niveau du jeu, il a proposé un football passionnant en s’appuyant sur l’enthousiasme des jeunes. Mais il paie la non-qualification en Champion’s League et l’absence de trophées.

Le début de la fin 

Le président Peter Ridsdale se laisse griser par les sommets. Enivré par la lucrative Champion’s League, il n’anticipe pas la baisse des résultats sportifs. Moins brillants. Anticipant d’éventuelles futures qualifications en C1, il contracte un emprunt de 60M£ auprès des banques. Cela plombe les comptes du club. Progressivement, Leeds est contraint de vendre ses meilleurs éléments pour essayer d’éponger ses dettes. Rio Ferdinand part pour MU (30M£), Robbie Fowler file à Manchester City (6M£), Robbie Keane rejoint Tottenham (7M£) et Jonathan Woodgate s’engage avec Newcastle (9M£). Le nouveau manager, Terry Venables, ne parvient pas à insuffler un nouvel élan.

« Je n’ai jamais voulu quitter Leeds. Peter Ridsdale m’a appelé pendant deux minutes à la mi-juin, la veille de mon départ en vacances, et m’a dit qu’il voulait un changement. Deux semaines plus tard, j’étais viré. » – David O’Leary

Malgré un effectif encore compétitif, Leeds échoue à la quinzième position. Bien loin des juteux accessits européens nécessaires pour remplir les caisses. Le club se voit dans l’obligation de brader les derniers bijoux de famille pour renflouer ses comptes. Le résultat est catastrophique avec à la clé une relégation en fin de saison suivante et une dette de 80M£. Cette descente en Championship termine d’achever les rêves des supporters. Les derniers actifs « joueurs » sont liquidés. Alan Smith part chez le grand rival pour 7M£. Et l’un des ultimes membres de l’Academy encore présent au club est vendu à Newcastle pour 5M£ Son nom ? James Milner.

Mais le cauchemar ne fait que commencer. Trois ans après la chute en Championship, Leeds dégringole jusqu’en League One. Après trois nouvelles saisons en troisième division, le club du Yorkshire retrouve l’antichambre de l’élite. Quelques années plus tard, Massimo Cellino se porte acquéreur de l’équipe. Malgré une forte ambition, l’équipe reste scotchée en deuxième division. Lassé Cellino revend Leeds à Andrea Radrizzani. Après une première saison test, le nouveau patron recrute Marcelo Bielsa. Et El Loco fait renaître l’espoir grâce à des prestations séduisantes. Actuellement sur la seconde place du podium, les Peacocks n’ont jamais été aussi proches d’un retour en Premier League.

Leeds United a connu une période faste sous la direction de David O’Leary. À la tête d’une équipe jeune et talentueuse, le technicien irlandais a porté le club du Yorkshire jusqu’aux sommets nationaux et européens. Cependant sans jamais remporter le moindre titre. La folie des grandeurs du président Ridsdale a entraîné son club dans le gouffre financier. Néanmoins, même sans trophée, cette période est restée dans toutes les mémoires.

* NDLA : De la saison 1999/00 jusqu’à 2003/04, deux phases de groupes se déroulent successivement avant de laisser place aux quarts de finale à élimination directe.