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Rétro : Dixie Dean, légende d’Everton

Rétro : Dixie Dean, légende d’Everton

À l’occasion du Merseyside Derby opposant Everton à Liverpool, la rédaction ZoneMixte a décidé de vous dresser le portrait d’un joueur de légende. Serial buteur dans l’entre-deux-guerres, William Ralph Dean est entré dans l’histoire de son club et du football. Avec 383 buts au compteur dont 60 lors de la seule saison 1927/28, Dixie a pulvérisé tous les records. Retour sur le parcours de cet attaquant à la réussite insolente. 

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection 

 

Une éclosion rapide

Né en 1907 à Birkenhead, ville située sur l’estuaire de la Mersey, juste en face de Liverpool, William Ralph Dean est originaire de Chester, seulement quelques miles plus au sud. Surnommé Dixie, Dean devient un supporter de Everton dès son enfance. Son père l’amène notamment voir son premier match lors de la saison victorieuse de 1914/15 (2ème titre du club). Sa prime jeunesse est marquée par la Première Guerre Mondiale. Entre l’âge de 7 et 11 ans, il participe à  » l’effort de guerre  » en livrant du lait de vache aux familles voisines. Après un passage à l’école Laird Street de sa ville natale, il intègre ensuite une maison de correction : l’Albert Industrial School. Mais cette institution lui convient. En effet, l’école possède des installations et une équipe de foot.

« Ma seule leçon était le football… J’avais l’habitude de distribuer les stylos le vendredi après-midi… l’encre, et les craies. C’était le seul travail que j’avais à l’école… Je n’ai jamais eu de leçons. » Dixie Dean

À 14 ans, il quitte le système scolaire. Comme son grand-père et son père avant lui, il devient apprenti cheminot à la Wirral Railway. Pour continuer à jouer au football, Dean travaille de nuit. Membre de l’équipe locale de Pensby United, il se fait remarquer par un scout des Tranmere Rovers. En novembre 1923, il quitte donc son emploi pour devenir footballeur professionnel sous les couleurs du club de Birkenhead. Il n’a que 16 ans. Malgré son jeune âge, les interventions des défenseurs pour le stopper sont viriles. Parfois trop. Ainsi, lors d’un match opposant la réserve des Rovers à Altrincham, il perd un testicule suite à un engagement excessivement musclé de son adversaire.

Après ce pépin physique, son parcours avec Tranmere est moins traumatisant. Sauf pour les défenses adverses. Pour sa véritable première saison, Dean se révèle être d’une grande régularité. Avec une moyenne d’un but par match, il conclut l’exercice 1924/25 avec un total de 27 buts en autant de parties. Mais son équipe termine seulement 21ème sur 22 de la Troisième division. Son efficacité suscite l’intérêt de nombreux clubs de Première division dont Arsenal, Newcastle et … Everton. Le secrétaire des Toffees, Thomas H. McIntosh, lui fixe un rendez-vous à l’hôtel Woodside. Très enthousiaste à l’idée de jouer pour son équipe préférée, il avale les 2,5 milles (4,0 km) entre le domicile de ses parents et l’hôtel en … courant.

La gloire avec les Toffees

Transféré en 1925 pour 3000£, à tout juste 18 ans, Dixie Dean réalise son rêve. Mais aussi celui de son père. Son impact est immédiat. Avec 32 buts pour sa première saison (1925/26). Mais victime d’un grave accident de moto (fracture du crâne et de la mâchoire) en 1926, il échappe de peu à la mort après 36 heures de coma. Les médecins sont réservés sur la suite de sa carrière. Pourtant, à peine quinze semaines plus tard, il rejoue au foot et marque de la tête. Cela devient même l’une de ses spécialités. Très vite, la présence d’une plaque en acier pour renforcer son crâne, laissée par les chirurgiens après son opération, est évoquée par des adversaires dépassés et un brin médisant.

« Les gens me demandent si ce record de 60 buts sera un jour battu. Je pense que oui. Mais il n’y a qu’un seul homme qui le fera. C’est le type qui marche sur l’eau. Je pense qu’il est à peu près le seul. » Dixie Dean

Bien rétabli de son accident, il réalise l’exploit d’inscrire 60 buts en 39 matchs lors de la saison 1926/27. Le meilleur total en championnat. Un record certainement inégalable. À seulement 21 ans, il plante des doublés (14), des triplés (5), un quadruplé contre Burnley (3-5) et même un quintuplé contre Manchester United (5-2). Cette année là, Everton glane un nouveau titre. Par la suite, Dixie marque encore à de nombreuses reprises. Néanmoins, cette saison est sans conteste son materpiece. Rapide, intelligent dans son jeu et son placement, Dean est redoutable dans le jeu aérien. Sa détente et son timing sont épatants. Mais également avec sa frappe, aussi précise que puissante. International anglais entre 1927 et 1932, il se montre autant adroit en sélection avec un total de 18 buts en 16 capes.

Quand Everton est relégué en 1930, Dean reste à Liverpool. Il ramène l’équipe en Premier division l’année suivante (1931) avec 39 buts en 37 matchs et un titre de champion de Second division à la clé. Dès son retour parmi l’élite, nommé capitaine, il propulse le club jusqu’au titre de 1932. Encore avec une profusion de buts (45 en 38 rencontres). Puis en 1933, les Toffees remportent la FA Cup à Wembley. Depuis, cet enchainement demeure encore inégalé. Au cours de cette campagne de Cup, il devient le premier N°9 de l’histoire du club avec l’apparition des numéros dans le dos des joueurs. Dean poursuit pendant encore cinq ans son bail avec les Blues. Mais, progressivement, les dures exigences physiques du jeu pratiqué à l’époque lui provoquent des blessures. Et Dixie Dean perd sa place de titulaire dans le XI de Everton. Après 433 apparitions et 383 goals, il tire sa révérence.

Fin de carrière

Après treize saisons à Liverpool, il rejoint Notts County. Mais il n’y reste qu’une seule saison. Ensuite, il file en Irlande aux Rovers de Sligo. À son arrivée, la gare est bondée. Tous veulent l’apercevoir. Encore efficace à 32 ans, Dixie claque dix buts en sept matchs dont cinq lors de la victoire de 7-1 sur Waterford (record de buts marqués en un seul match pour Sligo). Finaliste de la FAI Cup 1939 (coupe d’Irlande), perdue après le replay (1-1, 1-0) contre Shelbourne, sa médaille est dérobée dans sa chambre d’hôtel. Trente neuf ans plus tard, Dean retourne à Sligo pour voir jouer son ancien club lors de la finale de Cup 1978. Un livreur lui apporte une réplique de sa médaille volée dans sa chambre d’hôtel.

Dean termine sa carrière professionnelle avec Hurst (dorénavant Ashton United) lors la saison 1939-40 en Cheshire County League. Puis, le début du conflit armé met un terme prématuré à son parcours footballistique. Mais sa notoriété est internationale. Pendant la guerre, un soldat italien, capturé par les troupes britanniques, lance à ses geôliers :  » F… your Winston Churchill and f… your Dixie Dean « . Le 07 avril 1964, Everton organise son jubilé (testimonial) entre une équipe d’Écosse et d’Angleterre (composées de joueurs de Everton et de Liverpool). Les « Écossais » (dont un Gallois et un Irlandais) remportent ce match 3-1. Ce match honorifique a permis de récupérer 7 000 £ pour Dean.

« Dixie a été le plus grand avant centre qu’il y ait jamais eu. Il appartient à la compagnie des plus grands, comme Beethoven, Shakespeare et Rembrandt. » Bill Shankly, entraîneur mythique … de Liverpool

À partir de 1972, la santé de Dean décline. Une grippe l’oblige à être hospitaliser pendant un mois. Puis en 1976, les médecins lui ampute sa jambe droite à cause d’une thrombose. Le plus souvent confiné à son domicile, Dixie décide néanmoins de se rendre au Goodison Park pour la première fois depuis de plusieurs années. Avant le match, il déjeune à l’hôtel Moat House avec Billy Liddell et Bill Shankly. En ce 1er mars 1980, le Merseyside derby est à l’affiche. Mais quelques minutes après le coup de sifflet final (1-2 pour les Reds), Dixie est victime d’une crise cardiaque fatale. Clin d’œil du destin, il décède à 73 ans sur le lieu même de ses nombreux exploits. Plus tard, ses cendres sont répandues sur la ligne médiane. Et une statue est érigée devant le stade en 2001.

Légende de Everton, Dixie Dean reste encore à ce jour le recordman du nombre de buts inscrits pour les Toffes. Un total inaccessible (383). Son dauphin, Graeme Sharp, autre membre des « Géants », n’a marqué que 159 buts en 447 apparitions. Pour ce 233ème derby, les supporters de Everton espèrent bien voir leur N°9 marquer un but décisif. Comme Dixie auparavant.