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Retour sur le dernier France – Argentine en Coupe du Monde

Retour sur le dernier France – Argentine en Coupe du Monde

À la veille de cette superbe affiche France – Argentine pour le compte des huitièmes de finale de la Coupe du Monde, la pression monte petit à petit. Cette rencontre de prestige est assez rare, la dernière en compétition officielle remonte à plus de 40 ans, lors du Mondial 78 en… Argentine. A l’époque, les Français s’étaient inclinés 2-1, avec des faits de match assez discutables. Retour sur cette rencontre, dont le dénouement, on l’espère, sera différent demain.

Par Théophile Rémon

Contexte

Pour son entrée dans sa Coupe du Monde, l’Argentine de Cesar Luis Menotti (qui n’a pas retenu Diego Maradona, âgé de 18 ans), a battu la Hongrie (réduite à neuf) 2-1, alors que les Bleus, un peu trop naïfs, sont tombés de haut à Mar del Plata en s’inclinant contre une équipe d’Italie roublarde (1-2). Et comme les Italiens ont battu la Hongrie dans l’après-midi (3-1), les Français doivent au moins accrocher un nul pour en pas être éliminés. Mais ce Mondial 1978 se déroule dans un contexte politique tendu : le pays est soumis à une dictature militaire du général Jorge Rafael Videla.

Dominique Rocheteau souhaite d’ailleurs porter un brassard noir pour afficher son opposition au régime argentin, mais il n’est pas suivi par le reste du groupe. Michel Hidalgo, victime d’une tentative d’enlèvement quelques jours plus tôt, déclare : «Nous n’allons pas en Argentine à la rencontre d’un régime, mais d’un peuple». La France n’aborde donc pas cette rencontre de la meilleure des manières. Dans le bouillant Monumental de Buenos Aires, la partie s’annonce compliquée pour les Bleus.

Compositions

Argentine : Fillol – Olguin, Galvan, Passarella, Tarantini – Ardiles, Gallego, Valencia – Houseman, Luque, Kempes

France : Bertrand-Demanes – Battiston, Lopez, Trésor, Bossis – Bathenay, Michel, Platini – Rocheteau, Lacombe , Six

Michel Hidalgo a fait quatre modifications par rapport au premier match contre l’Italie : Christian Lopez remplace Patrice Rio en défense centrale, Gérard Janvion laisse sa place à Patrick Battiston dans le couloir droit, au milieu Dominique Bathenay déloge Jean-Marc Guillou et en attaque Dominique Rocheteau retrouve sa place aux dépens de Christian Dalger.

Côté argentin, Menotti reconduit les mêmes titulaires que face à la Hongrie.

Les Bleus dominent

Les Français débutent la rencontre sans complexe et ne laissent pas sortir les Argentins, prenant le dessus au milieu et ressortant proprement le ballon à une touche. Une percée de Michel Platini, âgé alors de 23 ans, à droite aboutit à un premier corner. Marius Trésor place sa tête, au-dessus. Au milieu, Henri Michel oriente le jeu, alors que Rocheteau bouge beaucoup devant. Lopez tente une frappe de loin, pas cadrée (7ème). Un centre de Michel trouve au point de pénalty Lacombe dont la tête plongeante oblige Fillol à se coucher (9ème). A la 10ème minute, Platini tire directement en force un coup franc à 30 mètres, au-dessus. Les rares incursions argentines sont hors-jeu. Seizième minute, débordement de Six côté gauche qui élimine Olguin, centre au point de pénalty, Fillol est trop court, Rocheteau coupe devant Passarella et son tir frôle le poteau.

Fillol reste au sol une bonne minute, se plaignant de la hanche. Cette action a le mérite de réveiller les Argentins. Mario Kempes et Ardiles réalisent un beau une-deux, le centre en retrait de ce dernier trouve Houseman et Kempes seuls au point de pénalty, mais ils se gênent. La frappe à suivre de Luque est repoussée près du poteau par Lopez. Cette chaude alerte est suivie d’une autre quand Luque perce du côté de Bossis, son centre arrivant sur Bertrand-Demanes. Juste après, un but de Kempes est refusé pour une position de hors-jeu sur un coup franc joué très vite par Houseman (19ème). Deux minutes plus tard, Luque centre en piqué pour Kempes au premier poteau, qui se gêne encore avec Houseman. Bertrand-Demanes intervient. Le jeu argentin penche à gauche avec Luque qui livre un gros duel à Battiston, alors que Kempes tente des percées plein axe.

Coups pour coups

La bataille se déplace au milieu de terrain où le combat est féroce. Henri Michel touche beaucoup de ballons, Bathenay couvre une surface considérable et Platini, qui n’est pas chargé, essaie de faire des différences. 27ème minute, Six part dans une série de crochets à gauche de la surface, s’infiltre entre trois Argentins et semble accroché par derrière par Galvan. L’arbitre siffle. Pénalty ? Non, coup franc pour l’Argentine. Ardiles prend de plus en plus le jeu à son compte. 5 minutes plus tard, alors que Bathenay perd un ballon à 30 mètres, Houseman le sert à l’entrée de la surface mais sa frappe s’envole.

Les Bleus continuent de pousser. Servi par Rocheteau côté droit de la surface argentine, Lopez, qui monte beaucoup, arme une frappe puissante qui survole l’arête des cages de Fillol (35ème). Juste après, une percée de Luque est arrêtée illégalement par Trésor, à la limite de la surface. Le coup-franc joué rapidement se termine par un tir de Houseman au-dessus de la barre de Bertrand-Demanes (36e). Ce match est très ouvert et peu basculé d’un côté comme de l’autre.

Le but avant la mi-temps

41ème minute, une percée plein axe de Kempes, dont la couverture de balle est remarquable, élimine Trésor d’un crochet court, arrive sur Houseman, qui remet sur Kempes dont la frappe puissante du gauche aux 16 mètres s’écrase sur le poteau de Bertrand-Demanes. Le KO est tout proche. Réaction Française : sur un corner obtenu par Rocheteau côté droit, Lacombe joue en retrait pour Michel dont la frappe de 25 mètres est arrêtée en deux temps par Fillol. On se dirige vers un 0-0 animé mais finalement logique quand, sur une ultime attaque, Kempes se débarrasse de Bathenay, puis sert Luque dans la surface. A la lutte avec Trésor, celui-ci arme une frappe que Français dévie en corner en se jetant.

Malheureusement pour les Bleus, le ballon a frappé sa main avant de rebondir au sol et de sortir. Les Argentins réclament un pénalty. L’arbitre consulte son juge de touche et revient désigner le point de penalty. Platini tente de déconcentrer Passarella et replace le ballon sur le point de pénalty, mais l’Argentin prend Bertrand-Demanes à contre-pied du gauche. La mi-temps est sifflé après la remise en jeu.

L’espoir renaît

Les Bleus reprennent comme la première mi-temps, en se portant sur la cage Argentine. Les deux équipes se projettent vite vers l’avant, cherchant le KO. 50ème minute, Kempes, très en vu dans ce match, écrase sa frappe dans les mains de Bertrand-Demanes. Une minute pus tard, une combinaison Battiston-Rocheteau est tout près d’aboutir dans la surface argentine. 56ème minute, premier tournant du match : Bertrand-Demanes claque au-dessus un tir en cloche des 25 mètres de Luque, mais il heurte violemment son poteau en retombant. Il est évacué sur une civière. Baratelli fait son entrée en jeu.

Il va disputer une demi-heure en Coupe du monde, la seule participation de sa carrière. 61ème minute, Marius Trésor récupère un ballon, sert Battiston qui attaque côté droit et trouve Lacombe dans la surface d’une louche parfaite. Lacombe profite du rebond pour lober Fillol, le ballon rebondit sur la barre et revient sur Lacombe qui contrôle et laisse frapper Platini qui arrive lancé sur la gauche. Les Bleus égalisent à 1-1, et tentent de donner le coup de grâce. A peine trois minutes plus tard, Rocheteau centre en retourné pour Six, mais Fillol capte en deux temps sa tête près de son poteau.

L’Argentine dans la douleur

Sentant le danger, Menotti fait entrer Alonso, floqué du 1 (les numéros étaient par ordre alphabétique) à la place de Valencia. Passarella gâche un bon coup franc à la 66ème. Juste après, Trésor sert Lacombe, mais le portier Sud-Américain capte bien sa volée. 70ème minute, alors qu’il est rentré quelques minutes auparavant, Alonso, blessé, se fait soigner sur la touche, les Argentins sont à dix. Bossis récupère un ballon devant la surface française et, de la tête, lobe Houseman pour servir Platini. Celui-ci s’emmène le ballon sur une cinquantaine de mètres. Lacombe fait un appel sur la gauche. Platini glisse alors le ballon entre deux Argentins et sert Six lancé plein axe.

L’attaquant Français évite le tacle de Tarantini, entre dans la surface, se présente devant Fillol et au lieu de le contourner par la gauche (ou de servir Lacombe tout seul à sa gauche), choisit de tirer sur sa droite. Son ballon roule et frôle le poteau. Quelle énorme occasion gâchée. A cet instant du match, le milieu argentin a disparu de la circulation, malgré l’entrée d’Oscar Ortiz à la place d’Alonso. Ce dernier n’est resté qu’une poignée de minutes sur le terrain. Le trio Bathenay-Michel-Platini fait ce qu’il veut. Battiston est impressionnant de facilité sur le côté droit que Luque a déserté. 73ème minute, Lacombe obtient un bon coup-franc plein axe, à 25 mètres. Michel s’élance et Platini frappe, un mètre à côté du cadre.

Fin de match à suspense

Cette occasion réveille les locaux. Luque, servi par Ardiles aux 20 mètres a le champ libre. Il se lève le ballon et le catapulte du droit près du poteau de Baratelli, trop court. L’une des rares fois où Trésor n’est pas monté au contact. 2-1 pour l’Albiceleste. Que c’est cruel pour les Tricolores. Tout est à refaire. Il reste un quart d’heure avant la fin, l’Equipe de France se doit de réagir. Trésor décide de monter, Bathenay le sert. Ce dernier remet de la tête en retrait pour Six. Mais Fillol, au prix d’une belle horizontale, détourne la volée du gauche. Les dix dernières minutes sont difficiles. Après deux tacles désespérés de Trésor, Kempes se fait sécher à l’extérieur de la surface par Bossis. L’Argentin se fait justice lui-même, cherche le tir sans angle mais trouve le petit filet.

Trésor monte dès qu’il le peut, le temps n’est plus au calcul. Alors que Luque, touché au coude, reste sur la touche, les Argentins défendent à dix. Les Bleus se jettent à l’attaque. Platini tente une frappe côté gauche, mais Fillol capte le tir sans souci. Les Argentins éteignent la fougue des Bleus en faisant tourner le ballon grâce à leur technique. Sans oublier de commettre des fautes utiles. Sur une faute de Passarella sur Six, Michel bénéficie d’un bon coup franc, mais le gâche, Trésor étant hors jeu. 92ème minute, ultime cartouche. Henri Michel tente un dernier centre au second poteau. Fillol sort bien et capte le ballon qu’attendaient Trésor et Platini. C’est fini. La France se fait éliminer après avoir livré un match magnifique.