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Parme : le retour d’un Grand

Parme : le retour d’un Grand

En l’espace de trois ans, Parma est passé de la Serie D à la Serie A. Le club émilien a ainsi retrouvé une place dans le paysage du football transalpin plus en adéquation avec son standing d’antan. Bien ancrés dans le ventre mou du classement, les Crociati possèdent douze points d’avance sur la zone rouge. Pas encore suffisant pour retrouver l’Europe. Mais Parme est sur la bonne voie.  

Par Nicolas Wagner– Twitter: @friulconnection 

 

À nouveau dans le giron italien

Passé sous pavillon chinois (60% des parts du club) il y a seulement un an, le Parma Calcio 1913 a (de nouveau) changé de main depuis octobre 2018. Le conglomérat chinois Desport représenté par Jiang Lizhang a vendu 30% du capital social de Parma Calcio à Nuovo Inizio (Nouveau Départ en VF). Cette société italienne, composée d’entrepreneurs locaux dont notamment Guido Barilla, patron de l’entreprise agro-alimentaire, redevient actionnaire majoritaire du club. Jiang Lizhang reste au club en conservant 30% du capital social. Et Parma Partecipazioni Calcistiche, regroupant les supporters du club et petits actionnaires, conserve 10%. Ce brusque revirement de situation a beaucoup étonné. L’opportunité chinoise devait permettre d’envisager un avenir brillant. Et de retrouver le standing des années 90. Quand le club luttait pour le Scudetto et sillonnait les quatre coins de l’Europe.

« Il y a un an, nous étions certains d’avoir trouvé la bonne personne en confiant le contrôle du club à Jiang Lizhang. Il était soutenu par une entreprise mondiale évoluant dans l’univers du sport et qui avait donné de sérieuses garanties quant à son engagement […] Mais, après les promesses initiales, nous avons malheureusement fait face à un scénario différent » Marco Ferrari, Nuovo Inizio

Nuovo Inizio pointe du doigt des promesses financières non-tenues pour justifier ce changement. En effet, les instances politiques chinoises ont changé d’orientation. Elles ont décidé de restreindre les sorties de capitaux vers l’étranger. Les conditions sont devenues drastiques. La situation parmesane rappelle celle vécue à Milan avec Yonghong Li. Obligé de contracter un prêt auprès du fonds américain Elliott pour acheter le club rossonero à Fininvest (holding de la famille Berlusconi), Yonghong Li a dû leur céder le Diavolo en juillet dernier devant son incapacité de rembourser toutes ses échéances. Finalement, le 09 novembre 2018, le nouveau board nomme Pietro Pizzarotti comme Président du club. Avant de prendre la tête de Parma, Pizzarotti était déjà dans l’organigramme et occupait les fonctions de vice-président.

Une saison étonnante

Après avoir connus trois promotions successives, le syndrome Benevento n’était pas à exclure pour les nouveaux pensionnaires de l’élite. Même si nous venons de le voir ci-dessus, la surface financière est bien plus importante que celle du petit Poucet campagnol. Dans un premier temps, l’objectif est de se maintenir. Avant de réinstaller le club durablement dans le paysage du calcio. Les prestations de Parme en Serie A sont bonnes. Très bonnes même. Bien installés dans la seconde moitié du tableau (12ème), les Gialloblù ont une marge de sécurité suffisante sur le premier relégable (+12 pts) pour s’éviter de mauvaises surprises. Pourtant la réadaptation au plus haut niveau transalpin n’a pas été simple. Le premier mois de compétition a même été très compliqué avec un nul et deux défaites. Le déclic intervient à la mi-septembre.

En s’imposant sur le terrain des Nerazzurri (0-1), Parme enregistre une belle victoire face à l’une des grosses écuries de Serie A. L’équipe enchaîne une série positive contre des concurrents directs à la relégation, entrecoupée d’une défaite contre le Napoli (3-0). Cependant, Parme montre ses limites contre les top teams du championnat ou quand il faut faire le jeu. Leur bon classement à l’extérieur (5ème) ou les bons coups réalisés démontrent leur préférence pour le contre. Ainsi, Parme a déjà signé cinq succès hors de ses bases (contre seulement 3 à domicile). Et surtout, en plus de l’Inter, les Ducali ont gagné contre le Genoa, le Torino, la Fiorentina et l’Udinese. Deux récents résultats illustrent parfaitement ce contraste entre difficultés à domicile et succès à l’extérieur.

« Au départ les garçons ont bien fait, mais ils ont ensuite souffert de la force de la Juve. À la mi-temps, j’ai dit à mes joueurs d’y croire, parce que nous avions peur pendant cette demi-heure. Alors nous avons joué avec une attitude différente. » Roberto D’Aversa, technicien du Parma Calcio

Le premier match oppose Parme à la SPAL au stade Ennio Tardini. Organisés dans leur 4-3-3 traditionnel, les parmesans laissent la possession aux visiteurs (34/66). Pourtant, Parme ouvre la marque sur penalty par l’intermédiaire de Roberto Inglese. Ils doublent la mise (toujours par Inglese) au début de la seconde mi-temps. Mais en dépit de leur avance, Parme s’écroule. À force de subir, ils plient à trois reprises et laissent filer une victoire facile. La seconde se déroule à Turin face au leader du championnat. Comme contre la SPAL, Parme laisse le ballon à son adversaire (67/33). La Juve et Cristiano Ronaldo débloquent la situation. La Vecchia Signora double la mise par Rugani. Tout le monde s’attend à une correction. Néanmoins Parme ne lâche rien. D’abord Barillà réduit l’écart. CR7 redonne le large à la Juventus. Mais Gervinho endosse le costume de sauveur avec un premier but à la 74′ et une égalisation dans le temps additionnel (90+3). Ce résultat nul (3-3) a la saveur d’une victoire pour les parmesans.

Gervinho, l’électron libre

Janvier 2016, le Hebei CFFC propose 18M€ (+1M€ de bonus) pour s’attacher les services de l’attaquant ivoirien de la Roma : Gervinho. Le club chinois lui offre un juteux contrat estimé à 8M€ par an. L’ancien lillois quitte donc l’Europe pour l’empire du Milieu. Beaucoup pensent le voir y terminer sa carrière. Pourtant, deux ans et demi plus tard, revoilà Gervinho. Laissé libre par son club, Parma en profite pour récupérer un joueur expérimenté en Serie A sans dépenser le moindre € en indemnité de transfert. Et comme souvent quand un joueur revient de Super League, l’interrogation se pose sur le niveau physique du protagoniste.

« Le plus important, c’est ce qui se passe sur le terrain. Pour moi, c’est là que tu peux apporter la meilleure réponse. C’est sur le terrain que tu donnes raison à ceux qui croient en toi. » Gervinho

Si la Super League est financièrement un nouvel Eldorado pour les joueurs, le niveau physique de ce championnat est assez éloigné des standards européens. Certains acteurs ont mis énormément de temps pour se refaire une santé (G. Hoarau). Mais l’exemple récent du milieu brésilien Paulinho, lors de son passage au Barça, a montré qu’il était possible de jouer en Chine et de conserver une condition physique digne d’un footballeur professionnel. Gervinho entre dans la seconde catégorie. Pourtant, certains observateurs doutaient de sa capacité à retrouver son niveau. Pour le moment, c’est un choix payant pour le joueur et le club.

Aligné sur le côté droit du 4-3-3 proposé par le technicien parmesan Roberto D’Aversa, Gervinho a démontré qu’il avait toujours des cannes. Contre Cagliari et l’Udinese, Gervinho a inscrit des buts spectaculaires après un rush en solo de plus de 60 mètres. Surnommé « la flèche noire » pour ses courses folles, les tifosi gialloblù le compare déjà à une ancienne légende du club : le colombien Faustino Asprilla. Le jeu très vertical de Parme facilite les bonnes performances de l’Ivoirien. Son entente avec Roberto Inglese également. D’ailleurs, comme le déclare l’ancien buteur du Chievo, les instructions de Gervinho sont simples : « Donne-moi le ballon, je m’occupe du reste ». Avec huit buts chacun, le duo tourne au super. D’ailleurs, le fantasque ailier n’est plus qu’à une réalisation de son meilleur total en Serie A (9 buts avec le Roma en 2013/14). Son retour en Serie A était un pari. Pari réussi pour Gervinho et pour Parme.

Auteurs d’une saison remarquable et remarquée, les Parmesans s’appuient sur un collectif structuré et sur les exploits individuels de leur électron libre : Gervinho. De retour en Serie A après des années de galère, avec l’objectif de s’y réinstaller dans la durée, les Crociati espèrent bien retrouver leur lustre d’antan.