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Palermo : Zamparini, c’est fini

Palermo : Zamparini, c’est fini

Le 1er décembre dernier, un communiqué publié sur le site internet du club officialise la fin de l’aventure de Maurizio Zamparini (77 ans) en Sicile. Après seize ans de règne, le volcanique président de Palerme a vendu son équipe pour la somme de … 10€. Une dernière provocation pour le frioulan. Retour sur son passage chez les Rosaneri.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Vendu pour … 10 €

Depuis déjà plusieurs mois, la mauvaise santé financière de l’US Città di Palermo Calcio a incité Maurizio Zamparini à se séparer du club. Des rumeurs font donc état d’une possible vente du club en mars 2017. Zamparini officialise un accord avec l’italo-américain Paul Baccaglini (33 ans à l’époque), du groupe Integritas Capital, en vue de l’achat de la totalité des actions en avril. Cependant, en juillet, le transfert de propriété ne se concrétise pas. Les fonds n’arrivent jamais en Sicile. Et Baccaglini démissionne de son poste de président. Retour au point de départ. L’horizon palermitain est toujours incertain. Les difficultés financières encore présentes. Une requête en faillite est même déposée par le Procureur de la ville avant d’être rejetée par le tribunal des faillites. Cependant, l’inquiétude concernant le bilan financier continue d’inquiéter les instances judiciaires.

Mais Zamparini ne se décourage pas. Il repart en quête de nouveaux investisseurs pour céder son équipe. Et le 1er décembre dernier, la vente officielle du club est annoncée pour le montant (dérisoire) de 10€. La nouvelle défraie la chronique. Zamparini avait acheté le club pour 15M€. Mais ce dernier dévoile les raisons de ce prix hallucinant dans une (longue) lettre d’adieu :

«Les nouveaux propriétaires s’engagent à régler le solde de crédit de Palermo, d’un montant de 22,8M €» Maurizio Zamparini

Depuis quelques mois, un épais mystère sur l’identité des repreneurs entourait cette transaction. Mais finalement, le secret est révélé. L’heureux propriétaire est la société britannique Sport Capital Group Ltd. Elle se présente comme un regroupement d’investisseurs anglais. Néanmoins, l’opportunité de s’ouvrir à des investisseurs étrangers n’est pas exclue. Pour incarner la compagnie au quotidien, l’anglais David Platt devrait être sur place. L’ex-milieu de terrain connait bien l’Italie pour y avoir évolué dans les 90’s pendant quatre saisons en portant les couleurs de Bari, de la Juventus et de la Sampdoria.

Sport Capital Group Ltd pense déjà à l’avenir comme ils le déclarent à popeconomy.tv dans une interview :

«Nous examinons la possibilité de réaménager les installations du club. Nous avons vu de nombreux exemples dans le football européen que, si vous pouvez installer un nouveau stade, des installations pour le terrain d’entraînement, etc., le club pourrait en tirer un bénéfice énorme. Nous n’examinons pas la question sous l’angle des investissements.»

Des recrutements en or

Maurizio Zamparini rachète le club en 2002 à Franco Sensi, alors président de l’AS Roma. Le frioulan possède une certaine expérience dans le monde du football. Auparavant, il a dirigé la destinée de Pordenone. Mais la modeste équipe du Frioul se révèle vite trop petite pour concrétiser ses ambitions. En 1987, il revend donc les Ramarri pour prendre en main Venezia. Et il va connaître un certain succès avec les Arancioneroverdi passant en une décennie de la Serie C à la Serie A. L’aventure vénitienne se clôture en 2002 après la relégation en Serie B.

«C’est le meilleur président du mardi au dimanche.» Francesco Guidolin

En seulement un an à la tête de Palerme, Zamparini ramène l’équipe en Serie A après 31 ans d’absence. Et ce n’est pas tout. Sous sa direction, les Aquile réussissent à atteindre l’Europe. C’est la période dorée du club. Lors de ces années, entre 2004 et 2011, Palerme se spécialise dans le recrutement de joueurs à fort potentiel ou à la relance. Notamment des Sud-Américains. Mais également des transalpins. La liste est longue. Et désormais, de nombreux talents passés par la Sicile font (ou ont fait) carrière dans les top teams européennes. Voici la liste non exhaustive de footballeurs révélés sous le maillot rosanero :

  • Amauri : acheté 8,75 M€ au Chievo et vendu 22,8 M€ à la Juve
  • Andrea Barzagli : acheté 2,5 M€ au Chievo et vendu 11,9 M€ au VfL Wolfsburg
  • Andrea Belotti : acheté 3,5 M€ à l’Albinoleffe et vendu 7,5 M€ au Torino
  • Edinson Cavani : acheté 5 M€ au Danubio et vendu 17,5 M€ au Napoli
  • Matteo Darmian : acheté 800 K€ au Milan et vendu 2,3 M€ au Torino
  • Paulo Dybala : acheté 12 M€ à Instituto Córdoba et vendu 40 M€ à la Juve
  • Kamil Glik : arrivé libre de Piast Gliwice et vendu 300 K€ au Torino
  • Fabio Grosso : échange avec Perugia et vendu 5 M€ à l’Inter
  • Abel Hernández : acheté 3,8 M€ à Peñarol et vendu 12 M€ à Hull City
  • Josip Iličič : acheté 2,2 M€ à Maribor et vendu 9 M€ à la Fiorentina
  • Simon Kjær : acheté 3 M€ à Midtjylland et vendu 12,5 M€ au VfL Wolfsburg
  • Fabrizio Miccoli : acheté 4,3 M€ à Benfica et part libre à Lecce
  • Javier Pastore : acheté 6,5 M€ à Huracán et vendu 43 M€ au PSG
  • Salvatore Sirigu : arrivé en primavera et vendu 3,9 M€ au PSG
  • Luca Toni : arrivé libre de Brescia et vendu 10 M€ à la Fiorentina
  • Franco Vázquez : acheté 4,5 M€ au Club Atlético Belgrano et vendu 15 M€ au FC Séville
  • Cristian Zaccardo : acheté 680 K€ et vendu 7 M€ au VfL Wolfsburg

«Le Milan AC est venu me demander Vazquez. Ils m’ont proposé vingt-cinq millions, mais je leur ai dit que ce n’était pas assez. S’ils montent à trente millions, ce sera OK pour moi.» Maurizio Zamparini

A partir de la saison 2011/12, le club commence à décliner sportivement. Palerme connait une première relégation en Serie B. Après un an, ils remontent. Mais ils ne parviennent pas à demeurer au plus haut niveau national. En 2016, ils sont de retour dans l’antichambre de l’élite. Une division où l’équipe évolue actuellement. Elle est même bien ancrée à la place de leader, avec 4 points d’avance sur le troisième.

Une instabilité chronique

Maître ès transferts et punchlines, Zamparini avait un goût immodéré pour les entraîneurs. Cette passion est vite devenue son principal hobby. Depuis 2002, il a collectionné pas moins de 28 Misters. Certains ont même connu plusieurs passages sur le banc de La Favorita. Des passages éclairs. Parfois seulement quelques semaines. D’autres plus long. Virés, remplacés, rappelés puis à  nouveau remerciés. Zamparini se lassait très vite de ses nouveaux coaches. Au total, on dénombre 36 changements lors de son mandat. Pour entraîner à Palerme, il ne fallait pas se projeter sur le long terme. Voici quelques exemples éloquents de cette affection particulière portée par Zamparini à ses techniciens :

  • Francesco Guidolin : 4 passages (de la 25 ème à la 46 ème j. en 2003/04, toute la saison en 2004/05, de la 1 ère à la  33 ème j. puis de la 37 ème et 38 ème j. en 2006/07 et enfin de la 14 ème à la 30 ème j. en 2007/08)
  • Davide Ballardini : 3 passages (de la 2 ème à la 38 ème j. en 2008/09, de la 13 ème à la 19 ème j. et de la 33 ème à la 38 ème j. en 2015/16, enfin les 1 ère et 2 ème j. en 2016/17)
  • Stefano Colantuono : 2 passages (de la 1 ère à la 13 ème j. puis de la 31 ème à la 38 ème j. en 2007/08 puis la 1 ère j. en 2008/09)
  • Gian Piero Gasperini : 2 passages (de la 4 ème à la 23 ème j. puis les 27 ème et 28 ème j. en 2012/13)
  • Giuseppe Iachini : 2 passages (de la 7 ème à la 42 ème j. en 2013/14, toute la saison en 2014/15, de la 1 ère et 12 ème j. puis de la 26 ème à la 28 ème en 2016/17)
  • Giuseppe Sannino : 2 passages (de la 1 ère à la 3 ème j. puis de la 29 ème à la 38 ème j. en 2012/13)
  • Bruno Tedino : 2 passages (de la 1 ère à la 38 ème j. en 2017/18 puis de la 1 ère à la 5 ème j. en 2018/19)

«C’est l’un de mes plus gros regrets… Il a décidé de partir et de ne plus jamais revenir.» Maurizio Zamparini à propos de Francesco Guidolin

Certaines saisons ont été riches en changements. Lors de la saison 2015/16, le club enregistre un record en la matière avec neuf remplacements et six entraîneurs différents sur le banc. Giovanni Bosi (par deux) et Fabio Viviani n’auront le privilège de s’asseoir sur le banc que pour une seule et unique rencontre en championnat. Cette épée de Damoclès permanente suspendue au-dessus de la tête des techniciens n’a pas favorisé un climat nécessaire pour performer sur le terrain. Les résultats se sont dégradés. Les finances également.

«Giuseppe Iachini est un déficient, à cause de lui l’équipe joue mal, il est devenu complètement fou.» Maurizio Zamparini

Zamparini quitte donc Palerme alors que le club est sportivement bien installé au top de la Serie B. Financièrement, il fallait trouver une solution pour éviter une catastrophe. L’arrivée de Sport Capital Group Ltd devrait permettre de garantir la pérennité de l’équipe. Même un certain flou entoure encore les intentions de la société britannique. À suivre.