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Newcastle United : Benítez, le faiseur de miracles

Newcastle United : Benítez, le faiseur de miracles

Mis en vente depuis plus d’un an, le club du Tyne and Wear connait une période sportive difficile. Toujours sur le fil du rasoir depuis son retour en PL, les Magpies ont un net avantage sur d’autres clubs engagés, comme eux,  dans la lutte pour le maintien. Et cet avantage a un nom : Rafa Benítez. Analyse.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Bientôt vendu ?

Propriétaire du club depuis 20007 et actionnaire majoritaire, Mike Ashley cherche à revendre Newcastle depuis plus d’un an. Sans succès jusqu’alors. Pourtant, un deal était proche fin 2017. Une offre aux alentours des 300 M£ était sur la table. Elle émanait de PCP Capital Partners, un fonds d’investissement émirati, représentée par la business woman anglaise Amanda Staveley. Finalement, après plusieurs rebondissements, la conclusion de la transaction n’a pas abouti.

«J’ai bon espoir pour le club et les supporters de pouvoir me retirer rapidement et d’attirer un nouveau propriétaire qui plaira à tout le monde.» Mike Ashley, propriétaire de Newcastle à Sky News

Mais le patron de Sports Direct, première entreprise anglaise de distribution d’articles de sport, ne se décourage pas. Lassé des conflits réguliers et importants avec les supporters du club, il espère boucler la vente avant la fin de cette année 2018. Une opération difficile. Cependant, la presse britannique annonce qu’une offre sérieuse d’un consortium américain mené par Peter Canyon est à l’étude. L’ancien patron de MU et de Chelsea serait appuyé par le groupe bancaire US Rockefeller Capital.

Si le processus de vente semble bien engagé, certaines divergences bloquent encore l’avancée des négociations. Mike Ashley réclame 400M£ minimum pour céder l’intégralité de ses parts. Une somme jugée trop importante. Notamment par rapport à l’incertitude entourant les résultats sportifs. En effet, une relégation en Championship à la fin de la saison n’est pas encore totalement exclue. Cela pourrait impacter le chiffre d’affaires du club et l’amener à la baisse. Mike Ashley espère boucler la vente avant l’ouverture du marché hivernal pour permettre aux nouveaux investisseurs d’apporter du sang frais à l’effectif actuel.

L’homme de la situation

En cette période troublée, marquée par un investissement minimal de la part du boss Mike Ashley, un homme s’accroche fermement à la barre du navire Newcastle. Et même si cela tangue beaucoup, le technicien espagnol a déjà réussi à maintenir le bateau à flot. Notamment la saison passée. Mal engagé avec une très modeste 18ème position à la mi-championnat, Benítez a néanmoins réalisé une remontée spectaculaire au classement pour finir tranquillement dans le ventre mou de Premier League (10ème). Cette saison, les débuts sont également très complexes.

Après 10 journées, le club du nord-est du Royaume se retrouve scotché à une inquiétante 19ème position. Le tout avec seulement 3 points au compteur. Mais le coach ibère ne désespère pas. Il signe un mois de novembre parfait avec trois victoires en autant de matches disputés. Cette performance lui vaut de remporter le titre de manager du mois. Mais surtout, cela permet à son équipe de faire un bond au classement et de sortir de la zone de relégation. Actuellement 14ème avec 16 points, les Toons possèdent même une petite bouée de sauvetage de 4 points par rapport au premier relégable. L’ancien coach de Livepool mène un travail considérable pour mettre son effectif dans les meilleures conditions, notamment au niveau de la confiance. Comme il le déclarait à la conférence de presse d’avant match contre Huddersfield :

«L’équipe sait que chaque match est vraiment important pour nous et en particulier ce genre de match où vous êtes tous les deux si proches au classement. Parfois, vous parlez de match à six points plutôt que de match à trois points. Les joueurs savent que c’est l’un de ceux-là et le groupe est très bon en ce qui concerne l’approche des matches. Nous avons besoin qu’ils prennent confiance pour leur permettre de faire les choses correctement.» Rafa Benítez

Malgré peu de moyens donnés pour renforcer l’effectif, le manager espagnol a concocté un mercato estival intelligent. Avec seulement 22,5M£ dépensés, Newcastle a enregistré les arrivées de sept joueurs dont un gratuitement et deux en prêt. Même si Rafa aurait voulu obtenir une rallonge supplémentaire de la part de Ashley, le choix des nouvelles recrues est intéressant. Après un prêt de six mois de janvier à juin 2018, Martin Dúbravka s’est engagé définitivement avec Newcastle. Le sud coréen Ki Sung-yueng arrive libre. Il était en fin de contrat avec Swansea. Un autre ancien Swans débarque. Après quatre saisons au Pays de Galles, Federico Fernández retrouve son ancien coach au Napoli. Fabian Schär vient également renforcer le secteur défensif. L’international japonais Yoshinori Muto quitte la Bundesliga et Mainz. Il signe pour deux ans. À l’instar de Dúbravka, Kenedy poursuit son aventure avec les Magpies après une première période de prêt en 2017/18. Enfin,  Salomón Rondón abandonne West Brom et le championship pour demeurer parmi l’élite.

Un CV impressionnant

Seul entraîneur de l’histoire à avoir remporté l’Europa League, la Super Coupe d’Europe, la Champion’s League et la Coupe du Monde des Clubs de la FIFA, le CV de Rafa Benítez se passe d’autres commentaires. Âgé de 58 ans, le madrilène entraine depuis déjà 25 ans. Son parcours, débuté dans son pays natal, l’a emmené à diriger des clubs très prestigieux comme Valence, Liverpool, l’Inter Milan, Chelsea, Naples ou encore le Real Madrid.

Pourtant avant de trouver le chemin du succès, Rafa galère un peu. Il fait ses premières armes avec la Castilla du Real Madrid. Viré successivement de Valladolid et Osasuna. Il obtient la promotion en Liga avec Estrémadure. Mais quitte le club après la relégation. Suite à ces expériences diverses, il décide de prendre une année sabbatique. Il part étudier en Angleterre et en Italie. Il travaille aussi dans les médias (Eurosport, Marca, El Mundo …) En 2000, il retrouve un banc avec Tenerife. Le club des Canaries obtient sa promotion en Liga avec des joueurs comme Luis García ou Mista.

«Une vertu ? J’aime travailler, enseigner. Je suis un professeur. J’aime pousser les gens à s’améliorer.» Rafa Benítez

En concurrence avec Luis Aragonés, Javier Irureta ou encore Mané pour le poste à Valence, Javier Subirats (directeur du football) mise sur lui. Un choix judicieux. Lors de sa première saison avec Valence, il remporte le championnat pour la première fois depuis 31 ans. Adoré par les fans pour son football offensif, sous ses ordres Mista devient pichichi (meilleur buteur) avec 19 buts, il réalise également le doublé championnat / Coupe de l’UEFA en 2004. Des divergences, notamment sur le recrutement, nuisent au renouvellement de son contrat. Finalement, il quitte le club peu après, non sans regrets.

Devenu bankable, il s’engage avec Liverpool et devient le premier espagnol à coacher en PL. Son aventure sur les bords de la Mersey dure six ans. Durant son mandat, il connait des hauts (beaucoup) avec la « Rafalution » et plusieurs titres remportés comme la Champion’s League 2005 ( « miracle d’Istanbul ») ou la FA Cup 2006. Mais également des bas. Comme l’incapacité chronique à décrocher le titre de champion. Technicien très perfectionniste au sens tactique très développé, adepte de la rotation de l’effectif et du marquage de zone, Rafa opte principalement pour un pressing agressif et l’exploitation de la largeur du terrain dans la phase de possession. Réputé comme un entraîneur difficilement satisfait, l’ancien capitaine de Liverpool, Steven Gerrard, a avoué qu’il espérait souvent récolter un « bravo » de Benítez après de bonnes performances.

«Rafa m’a aidé à devenir un meilleur joueur sur le plan tactique.» Steven Gerrard

A Milan, il succède à Mourinho. L’équipe italienne est sur le déclin, notamment physiquement, après une saison 2009/10 épuisante, ponctuée par un triplé inédit dans la péninsule. Son aventure tourne court, en dépit de deux nouveaux trophées remportés (Super Coupe d’Italie, Coupe du Monde des Clubs). Après un break de quasiment deux ans, il fait l’intérim avec Chelsea. Détesté par de nombreux fans suite à son passage à Liverpool et pour son inimitié avec le Special One, Rafa fait néanmoins le job. Sur le podium de Premier League (3ème), il remporte l’Europa League. Malgré ses bons résultats, il quitte Londres pour Naples. De retour en Italie, il remporte la coupe d’Italie 2014 et assure encore une troisième place. La saison suivante, il quitte le club après avoir échoué à le qualifier en Champion’s League.

Son passage au Real tourne au fiasco. Engagé pour trois saisons, il est renvoyé dès janvier à cause de son impopularité auprès des supporters, du mécontentement des joueurs et des résultats jugés peu satisfaisants. Pourtant, au moment de son renvoi, le Real est troisième de la Liga à quatre longueurs de l’Atlético Madrid et à deux de son rival, Barcelone, qui avait un match en moins. Il rebondit en Angleterre en venant au chevet de Newcastle. Deux ans et demi plus tard, et malgré une année en championship, Rafa est toujours fidèle au poste.

Pour ce Boxing day, Newcastle devra se déplacer à Anfield pour y affronter Liverpool. Un stade et un club bien connu du manager espagnol des Magpies. L’occasion pour lui de se rappeler au bon souvenir de son ancien public.