Share
Milan-Juventus : un classique de Serie A

Milan-Juventus : un classique de Serie A

A l’instar du Derby d’Italia opposant l’Inter à la Juve, la rencontre entre l’AC Milan et la Vecchia Signora (121 ans la semaine dernière) est également un classique du championnat transalpin. Pour cette nouvelle édition, l’équipe de la rédaction de ZoneMixte vous propose de revenir sur trois matches emblématiques entre Milanais et Turinois. Souvenirs.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

 

 

Contexte

Comme pour le Derby d’Italia, nous retrouvons les mêmes ingrédients incontournables pour pimenter cette opposition traditionnelle. Tout d’abord, il s’agit d’un match historique. C’est même le plus disputé dans l’histoire du calcio (198 rencontres). C’est également le plus ancien encore joué à ce jour. En effet, la première rencontre officielle est disputée le … 28 avril 1901. Il y a 117 ans.

Ensuite, une volonté de suprématie régionale plane entre deux régions phares de la péninsule : la Lombardie et le Piémont. Ce match est très attendu par chaque tifoseria. Il est vu comme le reflet de la rivalité sociale et politique entre Turin et Milan, les plus grandes villes du nord-ouest de l’Italie. Ces deux régions ont connu le plus grand développement sportif du pays.

Enfin, nous notons une réelle concurrence sportive. Avec 34 scudetti pour la Juve et 18 pour l’AC Milan, les deux clubs comptent le plus grand nombre de titres de Serie A (L’Inter compte également 18 titres comme leurs cousins rossoneri). Et entre le milieu des années 1980 et les années 2010, cette dualité oppose les Bianconeri de la famille Agnelli et les Rossoneri de Silvio Berlusconi. En résumé, nous retrouvons deux propriétaires au long règne (depuis 1923 pour les Agnelli et 30 ans pour Berlusconi) et respectivement deux familles symboliques de la première et de la deuxième république italienne.

En Serie A

Ressortir un match de championnat entre le Milan et la Juve n’est pas facile. Comme vous l’avez lu ci-dessus, il s’agit de la partie la plus disputée de Serie A. Cependant, un match a attiré notre attention. Retournons vers la saison 1996/97. Pour cette 95ème édition du championnat italien, l’AC Milan défend son titre obtenu quelques mois plus tôt (le 15ème). Mais après cinq saisons à la tête de l’AC Milan, Fabio Capello rejoint le Real Madrid à l’issue de la saison précédente.

Pour diriger l’équipe, Berlusconi mise sur un duo composé de Giorgio Morini comme coach et de Óscar Tabárez comme Directeur Technique. Le recrutement est alléchant sur le papier avec les arrivées de Edgar Davids et Michael Reiziger (Ajax), Christophe Dugarry (Bordeaux) et Pietro Vierchowod (Padova). Cependant, le mercato est un flop. Après onze journées, le Milan ne pointe qu’à la 9ème position en championnat. Arrigo Sacchi est rappelé pour remonter la pente. Cependant, le technicien romagnol ne fait pas de miracle.

Afin de récupérer son bien, la Juve a remporté le championnat 1994/95, les Bianconeri ont réalisé un mercato conséquent avec notamment l’arrivée du français Zinédine Zidane et du croate Alen Bokšić respectivement en provenance de Bordeaux et de la Lazio. Mais également de Nicola Amoruso (Padova), Mark Iuliano (Salernitana), Paolo Montero et Christian Vieri (Atalanta). Un casting cinq étoiles. Cela va se traduire sur le terrain par une nette domination tout au long de la saison.

Une lourde défaite

Pour la 26ème journée, le Milan accueille la Juve dans un San Siro en ébullition. Les Bianconeri se présentent en solide leader avec treize longueurs d’avance sur son rival du soir. Le casting est grandiose. Marcello Lippi et Arrigo Sacchi sont aux manettes et proposent deux XI de très haut niveau :

  • Sebastiano Rossi; Michael Reiziger, Pietro Vierchowod, Franco Baresi, Paolo Maldini; Dejan Savićević, Marcel Desailly (Mauro Tassotti), Zvonimir Boban, Jesper Blomqvist (Roberto Baggio); Marco Simone, Christophe Dugarry pour les Milanais.
  • Angelo Peruzzi; Sergio Porrini (Gianluca Pessotto), Ciro Ferrara, Mark Iuliano, Dimas; Angelo Di Livio, Alessio Tacchinardi, Zinédine Zidane (Attilio Lombardo), Vladimir Jugović; Christian Vieri, Alen Bokšić (Nicola Amoruso) pour les Turinois.

Personne ne se doute alors que le Milan va subir la plus lourde défaite de son histoire à domicile en Serie A. En dépit d’une entame de match prometteuse, le Milan craque une première fois suite à une action initiée sur le côté droit par Porrini. Le latéral trouve Vieri dans l’axe. Bobo se débarrasse facilement de Baresi (36 ans) et arme une lourde frappe du droit repoussée par Rossi. Mais Jugović surgit et reprend victorieusement le ballon au point de penalty pour ouvrir la marque (0-1). Les Milanais ne baissent pas les bras pour autant. Ils tentent de réagir d’une belle tête de Dugarry repoussée en corner par Peruzzi, par Simone et par Boban sur coup franc. Mais suite à une frappe lointaine de Zidane contrée par la défense rossonera, Bokšić hérite du ballon. Il est déséquilibré dans la surface par Maldini. Penalty pour la Juve. La sentence est exécutée par Zidane. Il trompe un Rossi bien inspiré, à deux doigts de repousser la tentative du français (0-2). C’est le score à la pause.

La seconde période est à sens unique avec une Juve en mode bulldozer face un Milan à la ramasse, à l’image de son axe central vieillissant. Après une récupération haute du ballon, Jugović s’offre un doublé d’une frappe malicieuse sur une belle action individuel laissant Pietro Vierchowod (38 ans) figé, sans réaction (0-3). Sur une superbe ouverture aérienne en profondeur de Tacchinardi, Christian Vieri efface Rossi et inscrit le quatrième but (0-4). Deux minutes plus tard, sur une action similaire au premier but, Nicola Amoruso reprend le tir puissant Jugović repoussé par Rossi et glisse le ballon dans les filets d’une petite frappe croisée du gauche (0-5). Sur corner, Marco Simone sauve l’honneur en marquant d’une splendide reprise tendue à l’entrée de la surface. Un but anecdotique. San Siro sonne déjà bien creux après le départ de très nombreux tifosi milanisti (1-5). Enfin, Christian Vieri claque également un doublé. Bien lancé en profondeur par Zidane, le Bison accélère et laisse sur place Baresi avant de clôturer la marque d’une frappe croisée du gauche (1-6). La Juve assomme le championnat et file vers son vingt-quatrième titre national.

En coupe d’Italie

Pour cette soixante-neuvième édition de la coupe d’Italie, la finale disputée au stadio Olimpico de Rome propose un affrontement entre les deux équipes rivales. C’est le quatrième match depuis la création de la compétition en 1922. La Juve mène aux points, deux victoires à une. En effet, elle a remporté la Coppa Italia en 1942 et 1990. Quand le Milan s’est adjugé le trophée en 1973. A l’époque, les finales se jouaient en match aller/retour. En 2016, le format a changé et la finale se dispute sur une rencontre unique avec prolongations et tir aux buts en cas d’égalité à l’issue du temps réglementaire.

Les deux équipes restent sur des dynamiques différentes. La Juventus a remonté la pente après l’affaire du Calciopoli de 2006. Après une saison en Serie B, une restructuration profonde et un nouveau modèle économique marqué par la (re)construction du Juventus Stadium, désormais propriété du club, la Vecchia Signora domine la Serie A. En cette année 2016, elle file vers son cinquième titre consécutif et peut réaliser un doublé en remportant la coupe nationale. Depuis le titre de 2011 (le dernier en date pour le Diavolo), les Rossoneri ont connu des difficultés sportives glissant lentement au classement mais également financières. Le club est exsangue. Silvio Berlusconi prépare la transition vers la vente aux nouveaux propriétaires chinois. La vente officielle interviendra lors de la saison suivante.

Favori naturel de cette rencontre, le club de Turin dirigé par Massimiliano Allegri (ancien coach milanais de 2010 à 2014) s’offre même le luxe de proposer un XI alternatif avec une rotation de l’effectif. Bonucci, Buffon, Khedira et Marchisio (notamment) ne sont pas sur la pelouse. Le Milan présente une composition plus proches du XI habituel. Cristian Brocchi a remplacé Siniša Mihajlović en cours de saison. Ancien milieu de terrain du club, il est passé par les catégories de jeune (allievi et primavera) avant d’assurer l’intérim de la mi-avril à fin mai 2016.

Si ce duel apparait comme déséquilibré sur le papier, le match va être plus serré que prévu initialement. Bonaventura manque une belle occasion d’ouvrir le score à la 13′ suite à un bon centre de la droite. Sa reprise est hors cadre. De Sciglio tente sa chance de loin mais son tir puissant passe de peu au-dessus de la transversale. Bonaventura met à contribution Neto. Le portier brésilien s’y reprend à deux fois pour capter totalement la frappe de l’italien. Sur une belle remontée de balle de Kucka, Poli a également une chance de marquer. Mais comme les précédentes tentatives, le cadre se dérobe.

La Juve se réveille en seconde période. Sur une accélération de Dybala, la Joya décale Lemina. L’ancien marseillais centre vers Mandžukić. La passe trop profonde trouve Donnarumma sur sa route. Puis, sur un mouvement initié par Alex Sandro sur son côté gauche, Pogba tente de centrer dans l’axe mais c’est contré mettant en difficulté Gigio. Sans trouver la faille. Inévitablement, les prolongations se dessinent. La Juve prend l’ascendant sur le Milan. Pourtant, les deux équipes se rendent coup pour coup. Morata remplace Hernanes à la 108′. Deux minutes plus tard, l’espagnol reprend victorieusement un centre de Cuadrado. La Juve ouvre le score et prend un avantage définitif sur son adversaire du jour. Les bianconeri remportent un onzième succès dans cette compétition. Un succès long à se dessiner. Un succès avec beaucoup de suspens.

En Champion’s League

Pour terminer ce tour d’horizon des rencontres entre les deux formations, comment ne pas évoquer l’Europe. Et comment ne pas revenir sur la finale de Champion’s League de 2003, disputée à Manchester. Dans le Théâtre des rêves : Old Trafford. Pour cette première finale 100% italienne de l’histoire de la compétition, la Juve et le Milan ont l’occasion de monter sur la plus haute marche européenne.

Si la Juve domine son sujet en Italie avec (à l’époque) 27 titres contre 16 pour le Milan, les Lombards possèdent une plus grande tradition continentale que les Piémontais avec cinq succès contre deux pour la Juve. Les bianconeri sont plus abonnés aux secondes places qu’à la première marche du podium avec quatre défaites lors des six finales disputées depuis 1956.

A l’occasion de cette finale, les deux clubs retrouvent ce niveau de compétition respectivement depuis 1995 pour le Milan et 1998 pour la Juve. Encore une fois, les forces en présence sur le terrain opposent des très grands joueurs dans chaque camp :

  • Buffon; Thuram, Ferrara, Tudor (Birindelli), Montero; Camoranesi (Conte), Tacchinardi, Davids (Zalayeta), Zambrotta; Trezeguet, Del Piero. Coach : Lippi
  • Dida; Costacurta (Roque Júnior), Nesta, Maldini, Khaladze; Gattuso, Pirlo (Serginho), Seedorf, Rui Costa (Ambrosini); Shevchenko, Inzaghi. Coach : Ancelotti

Que du beau monde ! Et les résultats des confrontations directes en championnat ne permettent pas de dégager une hiérarchie entre les deux formations. Chaque équipe a remporté son match à domicile sur le même score de 2-1. En dépit des nombreux joueurs de talent, le score reste vierge. Pourtant Sheva pensait bien avoir débloqué la situation. Mais son but est refusé pour une position de hors-jeu. Super Pippo trouve un grand Gigi sur sa route. Le portier transalpin détourne brillament la tête de son compatriote en corner. Côté juventino, de façon inhabituelle, Trezeguet manque le cadre avec sa tête. Puis Del Piero et Rui Costa, tour à tour, tirent au dessus et à côté du but. Del Piero bute sur Dida dans un angle très fermé.

En seconde période, Antonio Conte (tout juste entré en jeu) écrase sa tête sur la transversale du gardien auriverde. Sur un coup franc, Maldini décroise trop sa tête pour inquiéter Buffon. Les deux équipes se rendent coup pour coup. Les occasions se succèdent. Mais toujours sans réussite. Le réalisme est absent. Après les prolongations, le sort de cette 48ème édition va se décider au tir aux buts. Et les gardiens vont briller face aux attaquants.

Trezeguet voit sa tentative trop axiale être repoussée par Dida. Serginho transforme facilement. Birindelli choisit l’axe et la force pour tromper le brésilien. Buffon sort le tir de Seedorf d’une belle détente sur sa droite. Mais Zalayeta échoue avec un copié/collé du tir de Trezeguet. A l’instar de Birindelli, Khaladze opte pour la force et le centre mais Buffon le stoppe. Montero poursuit cette série négative en tirant également trop mollement. Nesta, Del Piero transforment leur essai. Le dernier tireur se présente face à Gigi. En cas de réussite, l’ukrainien peut offrir un sixième succès au Diavolo. Et avec beaucoup de sang-froid, il prend à contre pied le dernier rempart turinois. La fête est totale pour Milan.

La rencontre de dimanche opposera un Milan encore en pleine reconstruction à une Juve déjà largement installée en tête du classement. Cependant, l’atmosphère entourant ce match reste toujours particulière. Un match à ne pas perdre pour chaque camp. C’est une histoire de tradition.