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Man United dans le rouge

Man United dans le rouge

5 ans. Depuis le départ à la retraite de Sir Alex Ferguson, le club mancunien n’a plus remporté le titre de champion d’Angleterre. Une anomalie pour une équipe habituée à vampiriser les honneurs (13 sacres) depuis 1986. Après les échecs Moyes et Van Gaal, l’arrivée de Mourinho devait ramener United sur la plus haute marche du podium. En vain. Explications.  

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

 

 

Mourinho, ce héros ?   

Avant de nous plonger dans le soap opera mancunien opposant José Mourinho à Ed Woodward, le vice-président exécutif, aka l’homme de confiance de la direction, effectuons un petit flash-back de quelques saisons en arrière pour nous remémorer les conditions de l’arrivée au club du manager portugais. Après le départ à la retraite de Sir Alex Ferguson, le poste est confié à David Moyes. L’ex coach de Everton s’engage pour six saisons. Finalement, il ne finit même pas la première. Avec seulement dix mois passés à la tête de l’équipe, il signe l’un des règnes les plus courts depuis 82 ans. En dépit du soutien de plusieurs anciens joueurs respectés tels que Denis Law et David Beckham demandant de laisser plus de temps et de donner plus de moyens au coach écossais.

« Oui, j’ai repris un club champion en titre, mais Chelsea et Manchester City avaient dépensé des sommes très importantes pendant le mercato pour nous renverser… Nous avions ciblé Gareth Bale et Cesc Fàbregas de notre côté, mais nous n’avons finalement pas pu les acquérir… Oui, je n’ai pas assez gagné à United, mais je suis convaincu que pas un seul entraîneur n’aurait réussi à faire mieux que moi à cette époque, alors que Sir Alex venait à peine de quitter le club… » David Moyes, So Foot.

Après cette erreur de casting, Louis Van Gaal débarque pour rectifier le tir. A 63 ans, le très expérimenté batave a connu de multiples aventures (Ajax, Barcelone, Bayern, Pays-Bas …) souvent couronnées de succès, nationaux ou continentaux. Si Moyes n’a obtenu seulement que deux recrues (Fellaini et Mata) pour un montant de 64.6M£ afin de renforcer son effectif, Van Gaal a bénéficié d’une certaine largesse budgétaire. 150M£ la première année de mandat pour enregistrer les arrivées de cinq renforts (Blind, Di María, Herrera, Rojo et Shaw) et 130M£ la saison suivante avec encore six recrues (Darmian, Depay, Martial, Romero, Schneiderlin et Schweinsteiger). Sans succès au classement (4ème et 5ème position). Mais avec une FA Cup de plus au palmarès (2016).

Donc, suite aux épisodes Moyes et Van Gaal, Mourinho semble être le choix idéal pour les propriétaires du club : les Glazer. Auréolé de son prestigieux CV (notamment trois PL avec Chelsea), José Mourinho arrive à Manchester avec pour objectif de (re)faire gagner United. Pour parvenir à ses fins, le portugais demande du lourd à ses dirigeants. Pour sa première année, il dépense sur le marché des transferts environ 150M£ pour signer Bailly, Mkhitaryan, Pogba,et Zlatan (libre). Malgré l’investissement, il ne parvient pas à se qualifier pour la Champion’s League (6ème) via le championnat. Cependant, le succès en Europa League lui assure de figurer dans la plus prestigieuse compétition européenne pour la saison 2017/18.

Pas sûr … 

Pour la saison suivante, l’ex-coach de Chelsea dépense encore beaucoup. Lindelöf, Lukaku, Matić en juillet et Alexis Sánchez en janvier font monter la douloureuse à environ 150M£. Et si le classement final est en amélioration (2ème) par rapport à l’année précédente, le style de jeu proposé par United interpelle. Bien souvent, nous assistons à une tactique défensive. Assez rudimentaire dans la construction des actions offensives. En dépit des nombreux manieurs de ballons présents dans l’effectif. La création manque de fluidité. C’est assez stéréotypé. Plusieurs fois dans la saison, des buts similaires ont été marqués.

Par exemple, long dégagement précis de De Gea sur Lukaku. Le belge joue son rôle de target man (pivot) et dévie pour Rashford, Lingard ou Martial. Puis, les flèches mancuniennes partent dans la profondeur et trompent le gardien adverse. Simple et efficace. Simpliste même. L’autre exemple est la contre attaque. Récupération du ballon par un bloc haut et compact, dans le camp adverse, souvent par Matić et/ou Pogba. Ensuite, dès le ballon gratté, la transition entre la défense et l’attaque est fulgurante pour une finition ultra-rapide de Lukaku ou des joueurs de couloirs.

« Il y a beaucoup de poètes dans le football. Mais les poètes ne gagnent pas beaucoup de titres… » José Mourinho, France Football.

Mourinho s’appuie sur une défense très hermétique (28 buts encaissés), la deuxième meilleure de la Ligue derrière City (27). Cependant, United ne possède que la quatrième attaque du Big 4 avec seulement 68 buts inscrits. Et surtout, une impression d’absence de collectif s’imprègne dans les esprits des observateurs de Premier League. Mourinho compte sur ses nombreuses individualités pour faire la différence. Mais quand certains joueurs ne sont pas au rendez-vous, le collectif ne prend pas forcément le relais pour surmonter une carence individuelle. Si la saison 2017/18 est meilleure que la précédente, toujours pas de Premier League au palmarès du club.

Un début de saison mouvementé

Et le début compliqué de la nouvelle saison ne semble pas plaider pour une reconquête du titre absent depuis 2013. Actuellement 8ème avec 13 points, soit 7 de retard sur le leader : Man City, United marche au ralenti. Même certains fondamentaux de la tactique du portugais, à savoir une défense imperméable couplée à un pressing tout terrain, font défauts. Avec déjà 14 buts encaissés, le back 4 mancunien a déjà pris la moitié du total de la saison précédente. Et les Red Devils n’ont affronté qu’un seul membre du Big 6 : Tottenham (défaite 0-3).

Les tensions entre Mourinho et Ed Woodward s’épaississent au fil du temps. L’homme fort des Glazer semble plus compétent pour gérer l’aspect commercial du club que le sportif. Pourtant, Woodward ne semble plus enclin à dépenser sans compter. La liste de renforts, notamment défensifs, établit par le Mou va rester lettre morte. Harry Maguire et Toby Alderweireld étaient ciblés. Trop chers pour Woodward. Mourinho a dû se contenter de Diogo Dalot (FC Porto) et de Fred (Shakhtar Donetsk). Cette situation tendue s’accumule à une autre relation devenue critique depuis la saison dernière. Celle avec Paul Pogba.

« La seule vérité est que j’ai pris la décision de ne plus faire de Paul Pogba le second capitaine. Je suis le manager. Je prends ces décisions, il n’y a aucun problème » José Mourinho

Recruté à prix d’or (105M€) en 2016, Pogba a fait un passage remarqué par le banc de touche lors de l’exercice précédent. Mourinho lui préférait le jeune McTominay au milieu de terrain. Cette petite mise à l’écart s’apparente plus comme une façon de piquer l’orgueil du français. Mais la brouille entre les deux hommes va monter crescendo. Mourinho reprochant à Pogba son manque de discipline tactique. Pogba critiquant le style de jeu trop défensif de son coach. Après une nouvelle déclaration à la presse de l’ancien havrais, Mourinho décide de lui retirer son statut de vice-capitaine. Puis intervient, lors d’un entrainement à Carrington, cette scène surréaliste entre le manager et son joueur. La fracture semble nette. Irréparable ? L’entraîneur portugais a été prolongé en janvier dernier jusqu’en 2020. Un départ serait très (trop ?) coûteux. L’hypothèse d’un départ du milieu français parait plus probable.

« Les joueurs, l’entraîneur ont eu un début de saison compliqué. Je sais que José reçoit une quantité de critiques, mais les joueurs doivent relever la tête. Ils doivent s’impliquer, ils doivent être meilleurs. Le manager peut faire énormément, mais ensuite c’est aux joueurs sur le terrain de produire du jeu, collectivement. C’est plein de choses qui s’additionnent, mais José est une cible facile. Certains joueurs doivent être meilleurs. » Wayne Rooney, Daily Telegraph

Soutenu par des anciens comme Rio Ferdinand ou Wayne Rooney, qui a connu le même genre de situation avec LVG, Mourinho se sait sous pression. Le déplacement, dans son ancien jardin, face à un Chelsea new look pourrait le placer encore un peu plus dans une position inconfortable en cas de mauvais résultat. Ou montrer à tous qu’il est encore The Special One. A suivre.