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La Sampdoria en embuscade

La Sampdoria en embuscade

Bien installée à quelques points des tickets européens, la Samp réalise une bonne saison. Sous la direction de Marco Giampaolo, l’équipe génoise propose un football de qualité et offensif. Elle peut compter sur un effectif intéressant. Et également sur la présence de son inoxydable buteur, le vétéran de 36 ans : Fabio Quagliarella. Analyse. 

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Giampaolo en chef d’orchestre

Pour sa troisième année à la tête de la Sampdoria, le technicien italien connait une belle réussite. Actuellement 8ème du classement mais à seulement 4 points de la zone qualificative pour la Champion’s League, les Blucerchiati sont entre de bonnes mains avec Giampaolo. Avant d’arriver sur le banc du Luigi Ferraris, le tessinois a débuté sa carrière d’entraineur par le poste d’adjoint. Sa première expérience se déroule avec Pescara. Il occupe successivement les mêmes fonctions avec les clubs de Giulianova et Trévise. Recruté comme assistant de Massimo Silva à Ascoli, Giampaolo occupe le poste de N°1 suite au renvoi de Silva. Cependant, sa nomination pose problème. En effet, il n’a pas encore validé son diplôme pour exercer en Serie B. Suspendu deux mois par la commission de discipline, il parvient tout de même à sauver le club de la relégation.

Recruté en 2006 par Cagliari pour prendre la direction du club sarde, Giampaolo connait une saison difficile. Viré en cours d’année, il est rappelé pour remplacer son successeur. À nouveau remercié par le club sarde après onze matches lors de l’exercice suivant en 2007/08, il s’engage dans la foulée à Sienne. 14ème pour sa première année, il est viré la suivante après 10 journées de Serie A. Ensuite, il multiplie (sans succès) les expériences de courte durée avec Catane, Cesena, Brescia et la Cremonese. Appelé par l’Empoli pour succéder à Maurizio Sarri sur recommandation de ce dernier, il mène les Toscans jusqu’à une très belle 10ème place. Et il passe un cap décisif dans sa carrière. Ses qualités sont enfin reconnues à sa juste valeur. Coach studieux, méticuleux et référence tactique pour de nombreux collègues, il est un temps en contact avancé avec le Milan. Les lombards lui préfèrent Vincenzo Montella. Du coup, Giampaolo prend la place laissée vacante par l’Aeroplanino à la Samp.

« Je n’avais jamais travaillé avec l’entraîneur auparavant, mais il m’avait déjà fait bonne impression en l’entendant parler ou en regardant ses équipes jouer. Lui et Sarri sont semblables : ils veulent tous les deux jouer ballon au sol, et commencer la manœuvre de derrière. » Manolo Gabbiadini

À Gênes, il connait une première saison de transition malgré un schéma tactique préférentiel (le 4-3-1-2) déjà basé sur l’offensive. Mais plusieurs séries de matches sans victoires et une fragilité défensive (55 buts encaissés) plombent son parcours. L’équipe met un peu de temps pour appréhender ces nouveaux principes de jeu. Néanmoins, il termine à une honnête 10ème position. Lors de la saison suivante, les prestations sont meilleures. L’émergence de Lucas Torreira au milieu de terrain y est pour beaucoup. Pourtant, la Samp reste scotchée au milieu du classement final (10ème). Giampaolo entame donc sa troisième année avec la Samp. Et elle possède suffisamment de qualités pour espérer améliorer sa position. Et pourquoi pas décrocher une qualification européenne.

Un effectif pour jouer l’attaque

La Sampdoria joue bien au foot. Et elle pratique un jeu porté sur l’attaque. Cette saison, l’équipe génoise est classée cinquième attaque de Serie A (35 buts marqués). Elle a inscrit au moins deux buts lors de dix matches sur les vingt rencontres déjà disputées en Serie A. À huit reprises, cela leur a permis de remporter les trois points de la victoire. Les victimes (Naples 3-0, Frosinone 0-5, SPAL 2-1, Bologne 4-1, Parme 2-0, Empoli 2-0 et Chievo 2-0) présentes, hormis le Napoli, sont le plus souvent des équipes mal classées. Mais les nuls concédés face à la Lazio (2-2) ou la Fiorentina (3-3) montre que la Samp peut égaler scorer contre des clubs plus huppés. Et pour pratiquer un beau football, il faut des bons manieurs de ballon. Ce qui ne manque pas dans l’effectif génois.

Ainsi au milieu de terrain, nous retrouvons des joueurs comme le tchèque Jakub Jankto (transfuge de l’Udinese), Karol Linetty, Dennis Praet, Gastón Ramírez, Riccardo Saponara. Évoluant avec un système tactique en 4-3-1-2, Giampaolo n’hésite pas aligner deux attaquants et un milieu offensif en soutien pour alimenter son duo d’attaque. Son milieu à 3 lui permet de densifier l’entrejeu. Dans l’animation offensive, l’uruguayen Gastón Ramírez est chargé d’organiser le jeu. Avec quatre buts et quatre assists, il s’épanouit parfaitement dans ce rôle de trequartista à l’ancienne. Riccardo Saponara lui succède souvent en cours de partie. Pour la récupération du ballon, les trois autres milieux se répartissent le job entre la sentinelle (le plus souvent Ekdal) et les deux mezzala (principalement en fonction de la rotation Jankto, Linetty et Praet).

« Le classement ? Je ne le regarde pas même si cela nous donne de plus de confiance. Nous devons penser à jouer les matches de la meilleure façon possible (…). Quagliarella ? Il a marqué un nouveau but fantastique, je l’ai réalisé quand la balle est entrée. C’est une de ses spécialités et je suis content que les fans puissent l’apprécier. » Marco Giampaolo

Ensuite, pour la finition, la Samp possède un buteur talentueux malgré un âge avancé en la personne de Fabio Quagliarella (voir ci-dessous). Mais le talent n’a pas d’âge. Et le vétéran italien démontre une forme et une régularité exemplaire. Pour le seconder, Giampolo a le choix entre Gianluca Caprari ou Grégoire Defrel. Formé à la Roma, Caprari enchaine sa deuxième saison à Gênes. Déjà auteur du même nombre de buts que la saison dernière (5 buts), Caprari mise sur sa vélocité et sa mobilité pour se débarrasser de ses adversaires. L’attaquant français au parcours atypique se relance après une saison difficile dans la capitale (Roma). Avec six buts au compteur, il retrouve ses standards de Sassuolo. Enfin, les prestations du jeune polonais Dawid Kownacki (21 ans) n’ayant pas convaincu Giampaolo, le technicien tessinois a obtenu l’arrivée d’un ancien de la maison en la personne de Manolo Gabbiadini. L’international italien revient à Gênes après une aventure anglaise mitigée à Southampton.

Papy fait de la résistance 

Classe 1983, Fabio Quagliarella est comme le bon vin. Il se bonifie avec le temps. Après vingt ans de carrière, il n’a jamais été aussi prolifique que lors de ces deux dernières saisons. En 2017/18, il a inscrit 19 buts. Son meilleur total en championnat. Pourtant, au cours de sa longue expérience du haut niveau, il a porté les couleurs de clubs prestigieux comme le Napoli ou la Juventus. Mais il n’avait jamais autant fait trembler les filets en Serie A. Au mieux, il avait atteint le total de 13 buts (en 2006/07 avec la Samp, en 2008/09 avec l’Udinese et en 2014/15 avec le Torino).

« Quagliarella est-il le Ronaldo de la Sampdoria ? Il a un pourcentage de conversion très élevé, tous les dimanches il marque. C’est notre Ronaldo, mais il le serait dans n’importe quelle équipe. » Marco Giampaolo

Plusieurs raisons peuvent expliquer ce déficit de réussite dans les clubs huppés comme le Napoli ou la Juve. Son arrivée chez les Partenopei est un rêve pour ce gamin de Castellammare di Stabia, ville de la métropole napolitaine. Mais, en dépit d’un ratio intéressant (11 buts en 34 matches), il demande à la surprise générale à quitter le club pour s’engager avec la … Juve. L’équivalent d’un transfert de Marseille pour le PSG pour un phocéen (même si pour Luccin, ça n’a pas posé de problèmes). Les tifosi du Napoli prennent ce départ pour une trahison. Mais en février 2017, Fabio révèle les vraies raisons de son arrivée dans le Piémont. Victime d’un odieux chantage de la part d’un policier ripoux (condamné depuis à près de cinq ans de prison) le menaçant de révéler des fausses accusations, il a préféré garder le silence et partir pour éviter de causer des ennuis à ses proches.

Mais il est accueilli très fraîchement par les juventini. Ces derniers auraient préféré voir arriver un buteur d’un autre calibre. Il arrive à Turin dans une équipe encore en reconstruction après le scandale du calciopoli de 2006 et qui n’est pas encore la machine de guerre de la période initiée en 2011/12. Cependant, la concurrence est forte avec la présence de Alessandro Del Piero, Vincenzo Iaquinta et Alessandro Matri. Et renforcée par les arrivées de Amauri et Luca Toni au mercato hivernal. En plus, il connait une période de disette longue de 364 jours. Pas de quoi mettre en confiance. Et pour les buteurs, la confiance est primordiale. Finalement, après quatre saisons, il reste à Turin mais retrouve le Torino. Son premier club pro. Il est libéré. Et retrouve régulièrement le chemin du but. Jusqu’à cette saison avec la Samp.

Avec déjà 14 buts marqués en seulement vingt journées de championnat, Quagliarella est à la lutte pour le titre de capocannoniere avec CR7. Si Fabio continue à être régulier, il pourrait donc encore améliorer son total. Et par la même occasion, battre son propre record de la saison dernière. Mieux. Avec ses deux buts inscrits contre la Fiorentina, le bomber génois a marqué 10 fois consécutivement. Il ne lui manque qu’une seule réalisation pour égaler le record détenu par Gabriel Batistuta avec 11 buts inscrits d’affilée en 1994. Un défi de taille pour le serial buteur. Mais avec son état de forme et un soupçon de réussite, c’est tout à fait réalisable.

Bien installée en embuscade, prête à profiter d’une défaillance d’un des ténors du championnat, la Sampdoria avance masquée. Profitant de la réussite insolente de son buteur, l’expérimenté Fabio Quagliarella, l’équipe de Marco Giampaolo pourrait obtenir un ticket continental à la fin de la saison. League Europa, Champion’s League ou aucune des deux ? Il est encore trop tôt pour le dire. Mais l’espoir est de rigueur pour le Baciccia.