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Huddersfield Town : la PL dure deux ans

Huddersfield Town : la PL dure deux ans

Promu surprise en 2017, Huddersfield avait obtenu son maintien contre toute attente. Cette saison, le club du Yorkshire n’a jamais réussi à décoller au classement. La faute à une attaque atone et à une défense friable. Ce manque de résultat a coûté son poste à David Wagner. L’entraîneur américain était en poste depuis 2015. Mais le changement de technicien n’a pas apporté le fameux choc psychologique. Analyse.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

 

Pas armé pour la PL

Après s’être maintenu de justesse lors de l’exercice 2017/18, les Terriers sont actuellement en position de lanterne rouge. C’est tout sauf un hasard. Dans la zone de relégation à 24 reprises lors des 29 journées de Premier League, Huddersfield n’a jamais trouvé les bons ingrédients pour lancer leur saison. Leur première victoire n’intervient qu’en novembre dernier. Mais ce succès est resté isolé. Rapidement, les défaites se sont accumulées de façon inquiétante. Et l’équipe a dégringolé au classement. Ne trouvant du répit qu’à de très rares occasions. Souvent la tête sous l’eau, l’effectif n’est pas suffisamment armé pour lutter en Premier League. Pourtant, le club a pourtant recruté cet été. Neuf joueurs se sont engagés avec l’équipe du Yorkshire.

« Vous regardez Terence Kongolo, vous regardez Juninho Bacuna, vous regardez Adama Diakhaby, ce sont de jeunes joueurs, donc ils font des erreurs – vous devez l’accepter. J’essaie de les aider pour qu’ils ne commettent pas trop d’erreurs sur le terrain, mais quand vous jouez contre Arsenal, vous aurez toujours des situations où ils trouvent de l’espace – il suffit de regarder leurs joueurs. » – David Wagner

Cependant, les dirigeants ont ciblé principalement des jeunes éléments en devenir. Sans trop d’expérience. Comme Juninho Bacuna (21 ans), Adama Diakhaby (22 ans), Erik Durm (26 ans) et Ramadan Sobhi (22 ans). D’ailleurs, l’égyptien (arrivé en provenance de Stoke City) est parti dès le mercato hivernal en prêt vers Al Ahly. L’une des rares recrues à dépasser la trentaine est le gardien anglais Ben Hamer. Mais son expérience du haut niveau se résume à la League One et le Championship. Avec Leicester, il était la doublure de l’excellent Kasper Schmeichel. Au total, il atteint tout juste la douzaine d’apparition en PL. Cette inexpérience se traduit également dans le nombre d’apparitions au plus haut niveau.

En dehors de certaines nouvelles recrues (Juninho Bacuna : 82 matchs en Eredivise et Erik Durm : 64 matchs de Bundesliga), néophytes en Premier League, le nombre total de matchs disputés dans cette division par les autres joueurs atteint le chiffre de 514. Hormis Jason Puncheon (193), la moyenne est d’un peu plus de 26 rencontres jouées par le reste du groupe. À titre de comparaison, l’attaquant anglais de Manchester United Marcus Rashford, âgé de 21 ans, a déjà participé à plus de 100 parties de PL. L’inexpérience de Huddersfield au plus haut niveau est évident. Cela entraîne des erreurs coûteuses en points et en buts, symbolisées par les stats offensives et défensives de l’équipe.

Trop de carences

Avec seulement 15 buts inscrits en 29 rencontres, dont seulement 7 à domicile en 15 réceptions, Huddersfield est particulièrement inoffensif. Le buteur belge Laurent Depoitre n’a pas encore débloqué son compteur. L’ancien montpelliérain Steve Mounié (2 buts) n’a pas connu la même réussite que la saison écoulée (7 buts). D’ailleurs, le meilleur buteur du club est un … défenseur : Mathias Jørgensen. Le scandinave a fait trembler les filets seulement à trois reprises. Difficile d’envisager un avenir en Premier League quand votre formation est si timide offensivement. Pour être complet, le record du plus petit total de buts marqués appartient à Derby County avec 20 buts en 38 journées lors de la saison 2007/08.

« Nous travaillons dur à l’entraînement pour tout donner lors de nos neuf derniers matchs. Que nous soyons relégués ou non, nous allons nous battre l’un pour l’autre et voir ce qui va se passer. » – Philip Billing

Ce déficit de réussite devant le but pourrait être moins handicapant si la défense était imperméable. Mais là encore, le back 4 des Terriers est loin d’être impérial. Avec 51 buts encaissés, Huddersfield possède une moyenne de près de deux buts pris par match. À huit reprises, l’équipe a concédé trois buts et plus notamment un cinglant 6-1 contre City et un 5-0 contre Chelsea. La défense n’a réussi à garder ses buts inviolés qu’à quatre reprises. À chaque fois contre des promus. Et même si les joueurs de Jan Siewert (nouveau coach depuis le 21 janvier 2019) possèdent la « meilleure » défense du Bottoom 3, il est indispensable d’améliorer l’imperméabilité de l’arrière garde.

Enfin, une dernière carence est à souligner. Il s’agit de l’incapacité à prendre des points en déplacement. En effet, hors de ses bases, l’équipe n’a rapporté que 6 points sur 42 possibles. Avec une seule victoire en quatorze voyages, seul Fulham a fait pire. Les Cottagers n’ont pas gagné le moindre match. Avec plusieurs séjours dans la capitale (West Ham, Crystal Palace et Tottenham), un autre à Liverpool et enfin le dernier à Southampton, le calendrier n’est pas forcément favorable pour inverser la tendance. À l’exception de Manchester United, les réceptions semblent plus abordables (Bournemouth, Leicester et Watford) pour essayer d’augmenter le total des points de la saison. Le plus faible total de points inscrits est aussi la propriété de Derby County (11 points en 2007/08).

Une saison fatale à David Wagner

Après avoir passé un peu plus de trois ans à la tête du club. Après les avoir conduit jusqu’à la promotion en Premier League pour la première fois depuis 45 ans avec un budget de 11M£. Après avoir assurer un maintien quasi inaccessible pour ce petit parmi les géants. Et après une longue réflexion, David Wagner a décidé de rendre son poste. Une décision courageuse. Une décision pour encore espérer accrocher une nouvelle prouesse avec un technicien différent. Une autre méthode. Et avec huit longueurs de retard sur le premier non-relégable, tout espoir n’était pas encore vain. Même si la mission était très compliquée.

« Je sais que l’expression« consentement mutuel » sert souvent pour désigner un entraîneur qui se fait virer, mais là, c’est une vraie décision commune » – Dean Hoyle, le propriétaire des Terriers.

L’ancien coéquipier et adjoint de Jürgen Klopp conclut donc sa « vraie » première expérience comme N°1 après avoir fait auparavant ses gammes avec la réserve de Dortmund pendant quatre ans. À la tête d’une équipe qualifiée by himself comme le « plus gros outsider de l’histoire de la Premier League« , le technicien allemand naturalisé américain a réalisé des miracles. La base de son succès réside dans la proximité qui l’unissait avec ses joueurs. Lors du stage de pré-saison 2016/17, il emmène son groupe faire un tour de Suède. Dans leurs bagages, le strict nécessaire. Un équipement basique. Suite à cette virée de préparation, de forts liens étroits ont unis les joueurs et leur entraîneur. Des liens décisifs pour la montée.

Par la suite, le maintien obtenu à la surprise générale est considéré par les bookmakers comme improbable. Et surtout il est salué à sa juste valeur par The Guardian comme « la plus grande histoire de survie de la Premier League ». Les qualités de leader de David Wagner sont également évoquées. Ainsi que son charisme et son intelligence. Cependant, l’écart entre son équipe et les mastodontes de Premier League était trop conséquent. Avant de faire les matchs de trop, le manager a préféré partir au bon moment. Certains diront peut-être qu’il a filé à l’anglaise pour ne pas entacher son parcours d’une descente quasi certaine. Mais peu importe. David Wagner a écrit l’une des plus belles pages de l’Histoire des Terriers. Et il mérite bien un grand coup de chapeau.

À huit journées du terme du championnat et avec 13 points de retard sur le premier non relégable, Huddersfield a déjà un pied en Championship. Bien souvent, les équipes déjà condamnées jouent sans pression lors des derniers matchs de la saison. Deux solutions sont envisageables. Soit l’effectif est totalement démobilisé. Et les défaites vont encore pleuvoir. Soit c’est l’occasion d’offrir à leurs supporters un sursaut d’orgueil. Et pourquoi piéger certaines équipes trop confiantes. La réception de Bournemouth pourrait nous aiguiller sur la fin de saison des Terriers.