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Genoa : peut mieux faire

Genoa : peut mieux faire

Englué dans la deuxième partie du classement (14ème), le Genoa connaît (encore) une saison compliquée. Entre la valse des entraîneurs et une défense poreuse, l’arrivée sur le banc de Cesare Prandelli et l’émergence du buteur polonais Krzysztof Piątek sont des signes d’espoir bienvenus en Ligurie.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Une instabilité chronique

Depuis l’arrivée au club du président Enrico Preziosi en juin 2003, les Rossoblù ont vu défiler sur leur banc pas moins de quatorze techniciens. Soit quasiment une moyenne de un entraîneur par an. À ce rythme, le record de Zamparini avec Palerme pourrait tomber dans quelques années. Difficile de construire un projet sportif dans la durée sur ces bases.

« Ballardini ne m’a jamais convaincu. C’est un entraîneur basique. (…) En 14 ans, il a été viré 13 fois, il y a une raison. Mon erreur n’a pas été de renvoyer Ballardini, mais de rappeler Jurić. » Enrico Preziosi, skysport.it

La patience n’est pas la qualité principale du dirigeant génois. En effet, à l’instar de son homologue sicilien, Preziosi n’hésite pas à trancher dans le vif. Parfois à tort et à travers. Si quatorze techniciens se sont succédés sur le banc du Luigi Ferraris, le fondateur des Giochi Preziosi a déjà effectué vingt changements. Et parfois, comme cette saison, plusieurs lors d’un même exercice. Pour bien comprendre, voici un exemple des multiples changements :

  • Ivan Jurić nommé en juin 2016 et viré en février 2017
  • Andrea Mandorlini nommé en février 2017 et viré en avril 2017
  • Ivan Jurić rappelé en avril 2017 et viré en novembre 2017
  • Davide Ballardini nommé en novembre 2017 et octobre 2018
  • Ivan Jurić re-rappelé en octobre 2018 et viré en décembre 2018
  • Cesare Prandelli nommé en décembre 2018

Cette instabilité ne permet pas au Genoa d’évoluer dans les meilleures conditions. La menace permanente planant sur les techniciens ne favorise pas l’obtention de résultats. Et quand les résultats ne suivent pas, la sanction ne tarde pas à tomber pour le coach en place. Une grande partie des tifosi est opposée à leur président. Ce dernier envisage même de vendre le club. Mais uniquement si une offre sérieuse arrive sur son bureau. Bref, le Grifone avance à vue. Mais le brouillard entourant le club semble assez épais.

Une défense friable

Avec trente-cinq buts encaissés en dix-neuf journées de championnat, le Genoa se classe parmi les mauvais élèves de Serie A. À égalité avec le Chievo (lanterne rouge) et devançant seulement Empoli et Frosinone (deux promus), les génois possèdent une moyenne inquiétante de 1,84 buts concédés par match. D’ailleurs, depuis le début de la saison, ils n’ont gardé leur but intact (clean sheet) qu’à trois reprises. Face à la Fiorentina, au Chievo et à Bologne. Les deux dernières équipes sont les plus faibles attaques de la Ligue.

Ce secteur de jeu connait une nette aggravation de son bilan. En effet, en 2017/18, le club doyen d’Italie culminait à la septième position du classement avec seulement 43 buts pris. Pourtant, quand nous regardons l’effectif, le Genoa n’a pas connu un bouleversement notoire de son escouade défensive. Si Izzo est parti au Torino, Criscito (déjà passé au club principalement entre 2006 et 2011) est arrivé pour le remplacer. Le principal défi de Prandelli sera de redonner une perméabilité à sa défense.

« L’objectif est de faire mieux que lors de la phase aller, en termes de résultats plutôt que de performance. Nous voulons aller de l’avant. Réduire la fréquence de certaines erreurs d’attention très coûteuses. » Domenico Criscito

Le seul départ majeur est le transfert du gardien international italien Mattia Perin pour la Juventus contre un chèque de 15M€ (bonus inclus). Arrivé au club en 2008, et après deux expériences à Padova et Pescara pour emmagasiner de l’expérience, Perin était le titulaire incontestable du poste depuis la saison 2013/14. Gravement blessé aux deux genoux (rupture du  LCA), Perin retrouve son niveau et devient même le capitaine de l’équipe. Son remplaçant Ionuț Radu, jugé fautif sur plusieurs buts, n’a pas encore fait oublier son prédécesseur. Mais la tâche est rude.

Le phénomène Piatek

Hormis chez Footballski ou Espoirs du Foot, le grand public ne connaissait pas forcément Krzysztof Piątek. Ce buteur polonais de 23 ans arrive en provenance du KS Cracovia. Ses stats en Ekstraklasa (Ligue 1 polonaise) sont très intéressantes avec un ratio de 0.46, soit quasiment un but toutes les deux rencontres (47 buts en 101 matches). Cependant, personne n’aurait pu imaginer voir Piątek connaître une telle réussite devant le but. À la mi-championnat, avec treize buts en dix-neuf journées, il n’est uniquement devancé au classement des buteurs que par CR7 (14 buts).

Piątek démarre fort. Très fort. Il claque un quadruplé en coupe d’Italie face à Lecce (Serie B). Puis, il enchaîne en marquant lors des sept premières journées de championnat dont deux doublés contre Sassuolo et Frosinone. L’arrivée sur le banc de Jurić coïncide à une période creuse pour le buteur. Muet pendant quasiment deux mois, il retrouve le chemin des filets lors du Derby de la Lanterne. De quoi entrer encore plus dans les cœurs des tifosi du Genoa. Et depuis, il terrorise avec une grande régularité tous les gardiens de Serie A.

« Il ne partira pas en janvier, mais c’est normal qu’un jour ou l’autre, on nous l’enlève. Il n’y a pas de clause dans son contrat, je fixerai le prix personnellement. » Enrico Preziosi, La Gazzetta dello Sport

Cet attaquant de pointe d’1M83, élégant et racé, dispose d’une frappe de balle puissante et précise. Ces performances, dans un championnat réputé difficile pour les buteurs, ont attiré les recruteurs de toute l’Europe. Arrivé à Gênes pour 4M€, sa valeur a d’ores et déjà augmenté de manière significative. Estimé à 15M€ par le site spécialisé Transfermarkt, un départ pourrait se négocier à un tarif encore plus élevé avec le jeu de la concurrence. Surtout si le polonais continue à faire trembler les filets régulièrement lors de la phase retour.

L’arrivée sur le banc de Cesare Prandelli devrait permettre au club génois de se stabiliser un peu. Notamment en améliorant les performances de son secteur défensif. L’ex-sélectionneur de la Nazionale pourra s’appuyer sur un buteur régulier et fiable. A condition que le président ne le vende pas au mercato hivernal. Rien n’est moins sûr.