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Fulham : un promu ambitieux

Fulham : un promu ambitieux

De retour parmi l’élite après cinq saisons en Championship, les Cottagers n’ont pas lésiné sur les moyens pour renforcer leur effectif. Pourtant, en dépit de ce recrutement pharaonique, l’équipe s’est engluée dans le Bottom 3. Avec seulement deux victoires en quinze journées de Premier League, la mission du nouveau coach : Claudio Ranieri s’annonce difficile mais encore jouable. Décryptage.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

 

 

Une situation critique mais pas désespérée 

En effet, si le classement est sans appel avec cette place de lanterne rouge (20ème), l’espoir reste permis pour les Whites. L’optimisme est encore permis pour les londoniens. Burnley et Southampton possèdent le même nombre de points (9). Et les Saints ne comptent qu’une seule (petite) victoire en quinze matches. Mais surtout, l’écart de point avec Newcastle (actuel 13ème) n’est que de quatre points. De plus, un nombre important de blessés en défense n’a pas permis d’aligner la même équipe depuis le début de saison. L’infirmerie s’est vidée. Et la mission prioritaire de Ranieri sera de rendre sa défense moins perméable (plus mauvaise défense avec 31 buts encaissés) pour espérer enchaîner les bons résultats.

«C’est important de changer quelque chose, Fulham concède trop de buts. Je suis un entraîneur italien, et pour nous, c’est important de ne pas prendre de buts.» Claudio Ranieri, nouveau coach de Fulham

L’optimisme est également de rigueur grâce à l’effectif présent. Si le club a beaucoup recruté lors du mercato estival, Fulham s’appuie sur une ossature d’éléments déjà présents la saison dernière. Ils avaient réalisé une excellente deuxième partie de saison. Si la montée directe leur avait échappé de peu (3ème), les coéquipiers de Ryan Sessegnon ont obtenu leur ticket pour la Premier League après être passé par la case Play-Off. Avec Sessegnon, Floyd Ayité, Marcus Bettinelli, Tom Cairney, Stefan Johansen, Kevin McDonald, Aleksandar Mitrović, Denis Odoi ou encore Tim Ream formaient le contingent de la saison passée.

A tous ces éléments, il faut ajouter toutes les nouvelles recrues arrivées pour faire face au défi de la Premier League. Et le club n’a pas été économe. Avec près de 110M€ investis sur le marché des transferts, Fulham est dans le top 15 des clubs européens à avoir le plus dépensé cet été. En plus de la finalisation de l’arrivée du buteur serbe Mitrović, initialement prêté par Newcastle, pas moins de treize autres joueurs sont arrivés sur les bords de la Tamise.

Un recrutement massif

Parmi ces nouvelles têtes arrivées à Motspur Park, le centre d’entrainement des Lillywhites, nous retrouvons un champion du Monde 2014 : André Schürrle mais également quelques anciens pensionnaires de Ligue comme Maxime Le Marchand, Jean Michaël Seri ou André-Frank Zambo Anguissa. Du sang neuf pour compléter un groupe de qualité. Cependant, certaines recrues ont du mal à montrer leur talent sur les pelouses. A l’image de l’ancien marseillais Zambo Anguissa.

Recrue la plus chère des Cottagers (environ 25M€), le milieu camerounais est peu connu des supporters de Fulham. Certains s’attendaient à voir autre chose. Surtout par rapport au prix dépensé par leur club. Jugé irrégulier par certains fans et d’un niveau incertain par certains observateurs, notamment lors du match contre Arsenal, il monte néanmoins en régime depuis quelques temps. Plusieurs explications peuvent cependant atténuer cela. Arrivé le dernier jour du mercato, il n’a pas participé à la pré-saison du club. De plus, l’équipe a connu beaucoup de mouvements. Et enfin, c’est sa première expérience à l’étranger. Il est donc normal de connaître un temps d’adaptation. Zambo Anguissa possède néanmoins les qualités physiques et de récupération du ballon pour connaître une aventure avec Fulham.

«Je pense qu’il a les bons ingrédients pour réussir dans ce championnat. Il a beaucoup d’énergie, n’hésite pas à tacler donc la transition n’a pas été si difficile pour lui. Cela n’est pas toujours facile car la défense a beaucoup changé selon les matches. Ce qui ne l’aide pas au niveau des relances. Je ne l’imagine pas rejoindre une équipe du top 6 ou émerger en tant que star pour une grosse équipe. Mais pour une équipe comme Fulham, il sera sans doute un joueur très utile. Précisons que Fulham est un club très ambitieux qui veut être plus qu’un club jouant le maintien.» James Benge (du London Evening Standard) à propos de Zambo Anguissa

Autre ancien joueur de L1, l’arrivée de Jean Michaël Seri a beaucoup surpris. Très proche du FC Barcelone à l’été 2017, avant que son transfert ne capote au dernier moment, peu de monde aurait imaginé voir l’ivoirien s’engager avec un promu anglais. Même si sa saison 2017/18 n’a pas été aussi spectaculaire que la précédente, l’ancien aiglon était encore sur les tablettes de clubs plus huppés. Pourtant, c’est Fulham qui remporte la mise contre un montant de 18M£. Sous Jokanović, le jeu était basé sur la possession (mal maîtrisée) et les passes (80,7% de précision, soit le meilleur taux derrière le le Big Six). Sous Ranieri, la stabilité défensive et un bloc compact indiquent une plus faible possession. Par contre, l’italien va opter pour un jeu de transition rapide entre la défense et l’attaque. Et Séri, comme Sessegnon et Schürrle, devrait avoir un rôle important pour le reste de la saison.

L’investissement total est conséquent. Mais la fortune du propriétaire : Shahid Khan peut largement absorber toutes ces dépenses.

Un proprio riche comme Crésus

A la tête du club depuis juillet 2013, Shahid Khan a succédé au fantasque Mohamed Al-Fayed. En 2018, cet américain d’origine pakistanaise (naturalisé en 1991) est considéré par Forbes comme la soixante-dixième fortune des USA avec une fortune nette estimée à sept milliards de dollars. Né à Lahore (Pakistan) en 1950, dans une famille de classe moyenne, il part aux States à l’âge de seize ans pour étudier à l’University of Illinois. Son premier job étudiant (plongeur) lui rapporte 1,20$ de l’heure.

Diplôme en poche, en génie industriel, il est embauché par Flex-N-Gate comme directeur technique de la société pour laquelle il a également travaillé pendant ses études. En 1978, il fonde Bumper Works, société fabriquant des pare-chocs pour des camionnettes personnalisées et des réparations d’atelier de carrosserie, en contractant un prêt de 50000$ et en misant sur ses économies (16000$).  En 1980, il rachète Flex-N-Gate et intègre Bumper Works dans son giron. Khan développe la société. Elle fournit des pare-chocs aux trois grands constructeurs automobiles américains. Puis en 1984, il commence à fournir un petit nombre de pare-chocs pour camionnettes Toyota. En 1987, il devient le seul fournisseur de camionnettes Toyota. Enfin, en 1989, le seul fournisseur de toute la gamme Toyota aux États-Unis. Depuis, le chiffre d’affaires de la société est passé de 17 millions de dollars à environ 2 milliards de dollars en 2010. Une vraie réussite à l’américaine saluée par la couverture de Forbes Magazine en 2012.

«Londres a de meilleurs restaurants indiens et pakistanais que l’Inde et le Pakistan.» Shahid Khan

Pour bien symboliser sa réussite, en 2010, il décide de se porter acquéreur d’une franchise de Foot US. Dans un premier temps, il offre de prendre 60% des Rams de St-Louis, sous réserve de l’approbation des autres propriétaires de la NFL. Cependant, Stan Kroenke, bien connu des fans de Arsenal, actionnaire minoritaire des Rams, exerce une clause dans son contrat de propriété pour faire correspondre toute offre proposée. Mais Khan persiste. Et en novembre 2011, il achète les Jaguars de Jacksonville à Wayne Weaver. La vente est finalisée le 4 janvier 2012. Le prix d’achat est estimé à 760 millions de dollars. Avec cette acquisition, Khan devient le premier membre d’une minorité ethnique à posséder une équipe de la NFL. Il est également l’un des trois propriétaires nés hors des États-Unis d’Amérique. Les deux autres sont Kim Pegula (Buffalo Bills), née en Corée du Sud, et Zygi Wilf (Vikings), né en Allemagne.

Avec un propriétaire riche et ambitieux, Fulham veut s’installer définitivement en Premier League. Si, pour le moment, les résultats n’ont pas matérialisé le mercato dispendieux réalisé à l’intersaison, l’arrivée du très expérimenté, et champion d’Angleterre en 2016, Claudio Ranieri (67 ans) pourrait remettre le club sur de bons rails. Craven Cottage ne demande que cela.