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FA Cup : l’année des « petits » ?

Depuis 1988 et le succès du Crazy gang de Wimbledon avec Laurie Cunningham, Vinnie Jones et Dennis Wise, le Big 6 (Arsenal, Chelsea, Liverpool, Man City et United et Tottenham) n’a laissé que des miettes aux autres clubs anglais. Si les Cityzens sont les derniers mastodontes encore en lice, Brighton, Watford ou Wolverhampton rêvent de soulever la mythique FA Cup. Comme seuls Everton, Portsmouth et Wigan auparavant lors des 30 dernières années. Retour sur ces trois exploits. Décryptage.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Everton 1995

Avant de revenir sur le superbe parcours de Everton en Cup, commençons par un bref état des lieux de cette saison 1994/95 pour l’autre club de Liverpool. Après s’être maintenu de justesse lors de la saison précédente, le crédit de Mike Walker est bien entamé. Et le début de championnat catastrophique ne plaide pas en sa faveur. Débarqué en novembre, il est remplacé par Joe Royle (ancien joueur du club). L’impact est immédiat. 9/9 pour ses trois premières rencontres dont une victoire 2-0 sur Liverpool dans le Merseyside derby, des succès notables contre le champion en titre (Man United) à Old Trafford (0-2) et contre Chelsea au Bridge et la signature en décembre du puissant attaquant écossais Duncan Ferguson. C’est la Royle Revolution. Cependant, et malgré les excellents résultats sous Royle, le très mauvais départ ne permet d’assurer le maintien qu’en mai. Everton termine à la quinzième place du classement général.

Pour cette 114ème édition de la FA Cup, Manchester United est le favori à sa propre succession. Comme les autres clubs de Premier League, les Toffees n’entrent dans la compétition qu’à partir du troisième tour. Ils effacent l’obstacle Derby County (1-0) au Goodison Park. Lors du tour suivant, ils se déplacent à Bristol City et gagnent par la plus petite des marges contre les Robins (0-1). C’est ensuite au tour de Norwich City. Les Canaries sont mangés tout crus (5-0).

En quarts de finale, Everton tombe sur Newcastle. Les joueurs de Liverpool ont l’avantage de recevoir. Et grâce à un but de Watson, ils atteignent le dernier carré. L’adversité augmente considérablement lors de cette demi-finale. Everton doit affronter Tottenham à Ellan Road (Leeds). Dans un premier temps, les Spurs avaient été exclus de la compétition pour irrégularités financières avant d’être réintégrés. Mais Everton éteint la concurrence en l’emportant 1-4 grâce notamment à un doublé du remplaçant Daniel Amokachi. En finale, Everton retrouve Manchester United. Les Red Devils sont passés par le replay contre Palace (2-2 / 0-2) pour atteindre la dernière marche. Même si United est le grand favori, Everton sait battre l’équipe de Sir Alex Ferguson comme nous l’avons vu en championnat.

« Amokachi contre Tottenham ? Le meilleur remplacement que je n’ai jamais fait. » – John Royle

Dans une finale serrée et dominée par les Red Devils, un but de Paul Rideout et une série d’arrêts incroyables du gardien Neville Southall permettent à Everton d’arracher la victoire (1-0). Cinquième victoire pour le club dans cette compétition (la dernière aussi), c’est le premier trophée depuis huit ans. Cela marque également leurs retrouvailles avec l’Europe depuis le début de l’ère post-Heysel.

Everton XI : Neville Southall; Matt Jackson, Dave Watson, David Unsworth,
Gary Ablett; Anders Limpar, Joe Parkinson, Barry Horne, Andy Hinchcliffe; Graham Stuart, Paul Rideout Remp. Jason Kearton, Duncan Ferguson et Daniel Amokachi Manager : Joe Royle

Man United XI : Peter Schmeichel; Gary Neville, Steve Bruce, Gary Pallister, Denis Irwin; Nicky Butt, Paul Ince, Roy Keane, Lee Sharpe; Mark Hughes, Brian McClair Remp. Gary Walsh, Ryan Giggs et Paul Scholes Manager : Alex Ferguson

Portsmouth 2008

La saison de Premier League 2007/08 est paradoxale pour Portsmouth. En effet, il s’agit de la meilleure campagne nationale avec une étonnante huitième place au classement depuis leur double titre remporté en 1949 et 1950. Cependant, Pompey et son sulfureux manager Harry Redknapp ont eu la folie des grandeurs. L’argent a coulé à flot. Les millions de livres sterling investis sur des joueurs tels que Lassana Diarra, Glen Johnson, Sulley Muntari ont permis de renforcer l’équipe. Au cours de l’automne, Portsmouth s’est même mêlé à la lutte pour la qualification à la Champion’s League. Certains résultats ont été mémorables comme ce 7-4 contre Reading avec huit buts en deuxième période. Mais par la suite, criblé de dettes, le club a coulé lentement mais sûrement vers les divisions inférieures en cinq saisons (aujourd’hui en League One).

Parallèlement à leur bon parcours en Premier League, Pompey a réalisé également une excellente aventure en Cup. Pour cette 127ème édition,
Ipswich Town est le premier adversaire des sudistes. Après une courte victoire à l’extérieur (0-1), Portsmouth hérite de Plymouth Argyle. Les Pilgrims s’inclinent à Fratton Park (2-1). Le hasard continue d’être clément avec les joueurs de Redknapp avec un nouveau déplacement à Preston North End. Pensionnaires de Championship, c’est un adversaire abordable.

D’ailleurs, grâce à une réalisation de Darren Carter et un arrêt sur penalty de David James, Portsmouth atteint les quarts de finale. Direction Old Trafford pour retrouver Manchester United. Pour cette unique confrontation entre pensionnaire de Premier League, un penalty de Muntari fait la décision pour Portsmouth. En demi-finale à Wembley, et pour la première fois depuis 1908, il n’y avait plus qu’un seul club représentant l’élite (Portsmouth) à ce niveau de compétition. L’unique but de Nwankwo Kanu délivre Pompey. Le club atteint la finale pour la première fois depuis 69 ans.

En finale, Portsmouth est opposé à Cardiff City. Encore une fois, Nwankwo Kanu est décisif. Son but est synonyme de succès. 58 ans après leur dernier titre majeur, Pompey ajoute une seconde FA Cup à son palmarès après leur victoire en 1939. Harry Redknapp devient le premier manager anglais à remporter la coupe depuis un certain … Joe Royle avec Everton 13 ans plus tôt (voir ci-dessus).

« C’est fantastique pour tout le monde – ma famille, les joueurs, c’est génial. Ce fut une année difficile en dehors du terrain, donc gagner la FA Cup est un rêve devenu réalité. » – Harry Redknapp

Cardiff City XI : Peter Enckelman; Kevin McNaughton, Roger Johnson, Glenn Loovens, Tony Capaldi; Joe Ledley, Gavin Rae, Stephen McPhail, Peter Whittingham; Jimmy Floyd Hasselbaink, Paul Parry Remp. Michael Oakes, Darren Purse, Trevor Sinclair, Aaron Ramsey et Steven Thompson Manager : Dave Jones

Portsmouth XI : David James; Glen Johnson, Sol Campbell, Sylvain Distin, Hermann Hreiðarsson; Lassana Diarra, John Utaka, Pedro Mendes, Niko Kranjčar, Sulley Muntari; Nwankwo Kanu Remp. Jamie Ashdown, Noé Pamarot, Papa Bouba Diop, Milan Baroš et David NugentManager : Harry Redknapp

Wigan 2013

Pour leur huitième saison consécutive en Premier League, les Lactics ont connu un exercice compliqué en championnat. Situé dans la banlieue de Manchester, le petit club anglais a éprouvé de grandes difficultés dans sa lutte pour le maintien. Des difficultés accrues par le très bon parcours effectué en FA Cup (voir ci-dessous). En League Cup, Wigan Athletic parvient facilement à atteindre le quatrième tour. Nottingham Forest et West Ham sont renversés chez eux (1-4). Mais Bradford City pousse Wigan à la séance de tir aux buts (pas de replay en League Cup). Au DW Stadium, les locaux voient les Bantams obtenir leur qualification pour le tour suivant (0-0 / 2-4). Incapable de lutter sur plusieurs tableaux différents avec la même énergie, Wigan est relégué à la fin de la saison de PL.

Pour leur premier tour de FA Cup, Wigan tombe sur un pensionnaire de League One : Bournemouth. Roberto Martínez en profite pour faire tourner son effectif. Malgré le désavantage de jouer à l’extérieur, les Cherries réussissent à faire match nul 1-1. Le replay tourne à l’avantage de Wigan en dépit de la superbe série de 18 matches sans défaite de Bournemouth. Lors du tour suivant, Macclesfield Town reçoit les Lactics. Dans un match piège et compliqué, les joueurs de Premier League se débarrassent difficilement des pensionnaires de cinquième division. Une nouvelle fois, Wigan doit se déplacer. Cette fois, c’est sur le terrain de Huddersfield Town. Face à l’équipe de Championship, le score est sans appel. Une victoire 1-4 leur ouvre les portes des quarts de finale.

Après des tirages au sort abordables, Wigan tombe sur Everton. Malgré une plus grande possession pour les Toffees, les coéquipiers de Jordi Gómez se montrent plus efficaces, plus réalistes et se qualifient pour les demi-finales. Pour la première fois de leur histoire à ce niveau, Wigan doit faire face à Millwall. L’autre match oppose Man City à Chelsea. La rencontre est à sens unique. Pourtant, les statistiques laissent penser à une confrontation équilibrée. Mais après l’ouverture du score par Maloney, les Lactics ne concèdent aucun tir à Millwall. Et en fin de rencontre, Callum McManaman double la mise (2-0).

« Le coup de maître de Roberto ? C’était de faire venir le psychologue avant la finale. Plus que tout, il a fait réfléchir les joueurs, ce qui les a probablement réunis au bon moment. » – Graham Barrow, entraîneur de Wigan

Il s’agit de la première finale disputée par Wigan depuis la création du club en 1932. Face à l’armada de City, les Lactics sont logiquement dans une position d’underdog. Mais à la surprise générale, les Skyblues ne parviennent pas à prendre le dessus sur leur adversaire. Le sort du match bascule avec l’expulsion de Pablo Zabaleta (3ème joueur expulsé en finale de FA Cup). Dans le temps additionnel (90+1), dix minutes après son entrée en jeu, Ben Watson crucifie Joe Hart d’une tête puissante sur un corner de Malloney. Le propriétaire Dave Whelan exulte. Mais quelques jours plus tard, les effets de la fête s’estompent brutalement avec la relégation du club en championship après une lourde défaite face aux Gunners (4-1). Wigan devient le premier club à remporter la FA Cup et à descendre lors de la même saison. Historique.

Manchester City XI : Joe Hart; Pablo Zabaleta, Vincent Kompany, Matija Nastasić, Gaël Clichy; David Silva, Yaya Touré, Gareth Barry, Samir Nasri; Sergio Agüero, Carlos Tevez Remp. Costel Pantilimon, Joleon Lescott, Aleksandar Kolarov, James Milner, Javi García, Jack Rodwell et Edin Džeko Manager : Roberto Mancini

Wigan Athletic XI : Joel Robles; Emmerson Boyce, Paul Scharner, Antolín Alcaraz, Roger Espinoza; James McCarthy, James McArthur, Jordi Gómez; Callum McManaman, Arouna Koné, Shaun Maloney Remp. Ali Al-Habsi, Gary Caldwell, Román Golobart, Ben Watson, Fraser Fyvie, Franco Di Santo et Ángelo Henríquez Manager : Roberto Martínez

Cette saison, le champ est laissé libre par les membres du Big 6 tous hors concours. Seul Man City peut encore espérer remporter le trophée et réussir (peut-être) un triplé retentissant. En cette 138ème édition, Brighton, Watford ou Wolverhampton espèrent marcher dans les glorieux pas des derniers vainqueurs hors Big 6 de la plus ancienne compétition du monde. Réponse le 18 mai prochain.