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Everton : Richarlison le 9 manquant ?

Everton : Richarlison le 9 manquant ?

Après une saison 2017/18 mitigée en dépit d’un recrutement très alléchant, Everton réalise un bien meilleur début d’exercice. En embuscade pour la course aux places européennes, les Blues peuvent compter sur leur nouvelle recrue brésilienne : Richarlison de Andrade. Débauché de Watford contre un gros chèque de 35M£ (50M£ avec bonus) et replacé dans l’axe par Marco Silva, il s’épanouit dans son nouveau rôle de n°9. Analyse. 

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

 

Une carence de n°9

La saison dernière, Everton envoie du lourd sur le marché des transferts. Avec plus de 125M£ investis et répartis sur plusieurs secteurs de jeu, le club de Liverpool est un underdog (outsider) sérieux pour cette campagne. Seul petit hic, malgré l’arrivée du prometteur attaquant espagnol Sandro Ramírez (qui ne s’adapte pas à la PL et qui est envoyé en prêt en Espagne dès janvier 2018), les Blues n’ont pas un « grand » n°9.

En janvier 2018, le club ressort son chéquier. Cenk Tosun arrive de Beşiktaş pour 27M£. Avec son physique imposant et son style de jeu comparable à un target man (pivot), il parait avoir les qualités requises pour s’adapter aux défis physiques proposés en Premier League. Pourtant, son adaptation demande plus de temps que prévu. Son premier but anglais n’arrive qu’en mars. Il est raillé par la presse. Mais finalement, il termine l’exercice 2017/18 avec des stats personnelles correctes de 5 buts en 14 matches. Dans un premier temps, Marco Silva décide de titulariser Tosun à la pointe de l’attaque dans un système organisé en 4-2-3-1.

«Cenk Tosun n’est pas un flop. Il s’est adapté beaucoup plus rapidement que beaucoup de joueurs venus de l’étranger en Premier League pour la première fois, en particulier en janvier.» Sam Allardyce

La nouvelle recrue brésilienne occupe le même poste que précédemment avec Watford, à savoir le flanc gauche offensif. Et pour ses débuts sous ses nouvelles couleurs, Richarlison ne manque pas l’occasion de briller. Il signe un doublé et permet à son équipe de prendre un point sur le terrain des Wolves (2-2). Lors de son premier match au Goodison Park, il récidive. Un but synonyme de victoire contre les Saints (2-1). Trois buts en deux matches et un carton rouge pour un geste d’humeur sur le terrain de Bournemouth. Malgré cela, ses performances lui valent les honneurs de la Seleção. Le sélectionneur brésilien lui offre ses premières capes lors de la trêve internationale de septembre 2018.

Un repositionnement stratégique

A son retour de suspension, Silva l’aligne à nouveau sur le flanc gauche. Mais, en dépit d’un but contre Fulham, Tosun paie son manque de réalisme et de résultat. Du coup, le technicien portugais décide de tenter un coup. Pour le déplacement à Leicester, il opte pour Richarlison en pointe. Avec ce choix, l’ex-coach de Hull City s’appuie sur les qualités techniques et de vitesse du brésilien pour chercher la profondeur. Mais aussi, il libère une place dans le XI pour un autre auriverde : Bernard, aligné sur le côté gauche. Et dès la 7ème minute, l’ancien joueur du Chakhtar Donetsk délivre un super centre après une belle action individuelle pour son compatriote, idéalement situé en embuscade au second poteau. Le choix tactique de Silva est déjà payant. Désormais, cette solution est l’option n°1 pour le portugais.

«Il n’abandonne jamais, il est toujours prêt à jouer, à se battre, à réussir et à donner de bonnes choses pour nous sur le terrain.» Marco Silva

Richarlison a marqué un nouveau doublé lors de la réception de Brighton (3-1). La présence du brésilien dans l’axe permet à Silva de pouvoir varier les combinaisons offensives. Plus mobile et technique que Tosun, Richarlison épuise les défenses par ses nombreux appels. Et lorsque Tosun entre en jeu, il profite de la fatigue générée par son coéquipier. Pour l’instant, il a autant scoré en position de N°9 que sur son aile gauche. Avec 6 réalisations en 11 apparitions, Richarlison est le co-meilleur buteur du club avec le milieu offensif islandais Gylfi Sigurðsson.

Portrait

Avant de briller en Angleterre sur les terrains de Premier League, Richarlison a débuté le football dans son pays natal : le Brésil. Issu d’une famille très modeste, dans son enfance, le jeune joueur de 21 ans doit vendre des friandises et des glaces dans la rue pour glaner un peu d’argent. Il a également travaillé dans les champs pour aider ses parents. Plus tard, il a déménagé chez son oncle pour se rapprocher du lieu des entraînements à cause du manque d’argent pour payer le bus. Ces épreuves lui ont appris la patience, la persévérance et la confiance dans les gens nécessaires pour atteindre ses objectifs.

Mais avant de connaitre le succès en Angleterre, Richarlison a failli arrêter le football. Après une saison avec le Real Noroeste, club basé à Águia Branca au sud de Nova Venécia (sa ville natale), il tente d’intégrer des clubs plus huppés. Mais comme il le déclare :

«Je n’ai pas assez de doigts sur les deux mains pour compter le nombre de clubs qui m’ont rejeté. J’étais sur le point de quitter le football.» Richarlison, As.

Finalement, il réunit ses dernières économies pour se payer un billet de bus pour Belo Horizonte. A 600 km de son domicile. Un aller simple. C’est son dernière chance, son dernier essai offert par l’América MG. Après une matinée de tests, il décroche enfin un contrat. Le club évolue en deuxième division brésilienne. L’aventure est lancée. Richarlison intègre l’équipe junior. Il y dispute seulement 11 matches. Givanildo Oliveira lui offre sa chance en équipe première. Lors de son premier match pro contre Mogi Mirim (ancien club de Rivaldo, Ballon d’Or 1999), il entre et marque son premier but. Il réédite sa performance le match suivant. Deux semaines plus tard, il prolonge son contrat jusqu’en 2018. A la fin de la saison, l’América MG obtient sa promotion pour l’élite nationale. Et Richarlison file vers Fluminense.

Il rejoint donc l’un des plus grands clubs du pays en décembre 2015. Mais il ne débute sous le maillot tricolor qu’en mai 2016 à l’occasion d’un match de Coupe du Brésil. Lors de cette rencontre, il contribue à tous les buts de son équipe (3-3). Et hasard du calendrier, il fait ses débuts en championnat deux jours plus tard contre … l’América MG (0-1 pour Flu). Lors du championnat carioca 2017, il marque 8 buts en 12 matches et est nommé dans l’équipe de la saison. Ses participations à la Copa Sudamericana et au Championnat sud-américain de football U20 2017 attirent les recruteurs européens. Watford remporte la mise. Et deux ans après ses débuts pros, Richarlison débarque en Europe. Une progression express. Il signe des débuts canons mais connait quelques signes de faiblesse physique suite à l’enchaînement de deux ans et demi sans vacances. Suffisant néanmoins pour convaincre Everton de le recruter.

Lors du derby de la Merseyside, à Anfield, Richarlison devrait être aligné en pointe. L’occasion de conquérir définitivement les cœurs des supporters Blues. Surtout si le brésilien inscrit le but de la victoire.