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Empoli : se stabiliser en Serie A

Empoli : se stabiliser en Serie A

En difficulté au classement, le néo-promu pourrait retrouver la Serie B dans quelques semaines. Pour rester parmi l’élite, les Azzurri devront trouver une solution à leur fragilité défensive. Mais également compter sur un sursaut de leur recrue estivale Antonino La Gumina, arrivée en Toscane pour 9M€. À égalité de points (18) avec Bologne, tout est encore possible. Analyse

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection 

Une défense poreuse 

Il existe une grande différence entre la Serie A et la Serie B. Comme dans d’autres pays européens, la seconde division est un championnat plus physique, plus âpre. Bien souvent, il faut une période d’adaptation pour s’habituer au rythme et aux particularités de l’élite. En Serie A, le niveau technique est supérieur. Les exigences tactiques également. Ainsi beaucoup d’équipes promues rencontrent des difficultés, notamment dans le secteur défensif. Empoli n’échappe pas à la règle. Deuxième plus mauvaise défense du championnat avec 45 buts encaissés (seul le Chievo a fait pire avec 47), les Toscans tournent en moyenne à deux buts pris par match. Autre statistique intéressante, excepté contre Cagliari et le Chievo (deux autres clubs mal classés), Provedel n’a jamais réussi à garder sa cage inviolée. Et ils ont pris au moins trois buts à sept reprises depuis le début du championnat.

Pourtant, le secteur défensif compte dans ses rangs plusieurs joueurs expérimentés comme Domenico Maietta (36 ans), Manuel Pasqual (36 ans) et Matías Silvestre (34 ans). Avec plus de 700 matches de Serie A au compteur, dans des clubs avec une plus grande notoriété (Fiorentina, Sampdoria …), ce trio de trentenaire est habitué à disputer des rencontres de haut niveau. Cependant, certaines qualités (comme la vitesse) ne sont plus leur atout principal quand ils évoluent sur le terrain. Le nouveau technicien Beppe Iachini, arrivé en cours de saison en remplacement de Aurelio Andreazzoli, a donc voulu apporter du sang frais lors du mercato hivernal.

« Il peut y avoir des erreurs, nous les passons en revue et essayons de comprendre où nous nous sommes trompés mais nous devons éviter de les commettre à nouveau car en Serie A, vous payez tout à un prix élevé. » Beppe Iachini

Et pas moins de quatre renforts défensifs ont débarqué en Toscane pour compléter un effectif déficitaire. Excepté le cas particulier du scandinave Jacob Rasmussen (21 ans), recruté l’été dernier en provenance de Rosenborg, déjà acheté par la Fiorentina cet hiver et laissé en prêt à Empoli, les nouveaux venus sont Cristian Dell’Orco (latéral gauche de 25 ans prêté par Sassuolo), Kevin Diks (latéral droit de 22 ans prêté par Fiorentina), Dīmītrīos Nikolaou (axial de 20 ans prêté par Olympiakos) et Marko Pajač (milieu défensif ou axial de 25 ans prêté par Cagliari). Soit 23 ans en moyenne. Le bilan en fin de saison nous montrera si cette stratégie était la bonne pour Iachini et Empoli.

Antonino La Gumina, recrue phare décevante

Ce transfert est l’une des surprises du mercato estival. Antonino La Gumina est tout proche de s’engager avec la Sampdoria de Gênes. À 99%. Mais dans un ultime effort, Empoli sort une offre juteuse de 9M€. Trop alléchante pour être refusée par Zamparini, encore président de Palerme à cette époque. Avec ce transfert, nous sommes loin des standards habituels du club toscan. En effet, Empoli est plutôt adepte du système D. Peu d’investissement lourd mais beaucoup de prêts, de joueurs récupérés en fin de contrat. L’ombre de la Juve plane sur ce dossier. Sans en avoir aucune certitude, la Vecchia Signora aurait favorisé la concrétisation de ce dossier. Afin d’avoir ainsi une longueur d’avance sur ses concurrents lors d’un futur transfert de La Gumina. Si la Juve le surveille de très près, c’est sûrement suite au Tournoi de Viareggio en 2016. Cette compétition regroupe les équipes U19 des clubs engagés dans le tournoi.

« Ce fut une longue négociation, mais le club m’a convaincu de choisir Empoli. J’étais dans un hôtel à Milan, je suis resté 20 minutes seul pour réfléchir à la meilleure destination pour moi et après avoir tout évalué, j’ai opté pour Empoli. » Antonino La Gumina

Et lors de cette édition, La Gumina évolue avec la primavera de Palerme, son club formateur. Ils atteignent la finale. Mais sont battus aux tirs au but par la … Juventus. Antonino se console en remportant le titre de Golden Boy (meilleur joueur) et meilleur buteur du tournoi. Vrai passionné de football et tifoso de l’équipe de sa ville natale, La Gumina rêve depuis sa plus tendre enfance d’imiter au Renzo-Barbera son idole : Fabrizio Miccoli. Arrivé à l’US Città di Palermo en 2006, Antonino évolue pendant une décennie avec les équipes de jeunes. Ses excellentes performances en Primavera (45 buts en 59 apparitions) lui permettent d’obtenir ses premières minutes en Serie A : 4 matches au total entre 2014 et 2016. Considéré comme l’un des jeunes italiens les plus prometteurs, Palerme l’envoie en prêt à la Ternana pour accumuler de l’expérience en Serie B.

Ses débuts sont prometteurs. Mais en novembre, il se blesse gravement au genou (croisés antérieurs) lors d’une séance d’entrainement. Il reste éloigné des terrains pendant plusieurs mois. Néanmoins, il revient à temps pour aider à sauver les Rossoverdi de la relégation. De retour en Sicile après son séjour ombrien, c’est sa première vraie saison avec Palerme. Une saison réussie avec 29 participations et 9 buts. Même si Antonino connait une longue période de disette. Palerme (4ème) échoue en play-off contre Frosinone pour l’accession en Serie A. Cependant, malgré une énorme déception individuelle, La Gumina prend la direction de l’élite en rejoignant Empoli. Mais son adaptation n’est pas aisée. Avec une seule réalisation en dix-neuf matches, son bilan de mi-saison est insuffisant. L’arrivée sur le banc de Beppe Iachini, qui l’a lancé dans le grand bain, devrait lui permettre de faire une meilleure seconde partie de championnat. Empoli en aurait bien besoin.

Une stabilisation difficile en Serie A

Le club toscan, fondé en 1920, a longtemps attendu pour obtenir son ticket en Serie A. Très longtemps même. Soixante-six ans. Pendant cette longue période, Empoli évolue dans les différentes divisions inférieures. En incluant l’exercice 2017-18, le club a participé à 82 championnats nationaux dont 50 en championnats de Serie C, 20 en Serie B et seulement 13 en Serie A. Il faut donc attendre la saison 1986/87 pour voir les Azzurri participer à la division majeure nationale. L’expérience dure deux saisons. Ensuite, le club replonge avec une double relégation successive. Il doit attendre une décennie pour remonter la pente et atteindre à nouveau la Serie A.

Ce nouveau passage dans l’élite n’est guère plus concluant. L’aventure tourne court. Et après seulement deux saisons, la Serie B est de retour pour les Toscans. Une longue alternance entre la Serie A et la Serie B débute alors. Deux ans en A, trois ans en B. Le club ne parvient pas à se stabiliser durablement au plus haut niveau. Puis, Empoli ne retrouve pas la bonne formule pour remonter. Un septennat dans l’antichambre de l’élite est nécessaire. Il faut attendre l’arrivée sur le banc d’un technicien au parcours atypique pour voir le club atteindre à nouveau la Serie A. Cet entraîneur n’est autre que Maurizio Sarri. Après son départ au Napoli, et sur les conseils de l’ancien banquier, Empoli choisit de nommer Marco Giampaolo.

« Si je suis l’homme que je suis et l’entraîneur que je suis, je dois tout à Marcello Carli et à l’environnement d’Empoli, un environnement dans lequel vous travaillez bien et où l’on vous enseigne qu’il ne faut avoir peur de personne ni même des défaites. En fait, c’est dans la gestion de celles-ci qu’on grandit beaucoup. » Maurizio Sarri

Le Tessinois amène l’équipe à une honorable dixième position. Mais Giampaolo est recruté par la Sampdoria, Giovanni Martusciello lui succède sur le banc. Et encore une fois, l’histoire se répète. Après seulement trois saisons, Empoli replonge. Mais remonte aussitôt. Actuellement dix-neuvième de Serie A, les Azzurri sont encore de sérieux candidats à la relégation. Une nouvelle fois, l’adaptation est difficile. Il faut dire que les ressources économiques sont très éloignées de celles des grands clubs. Avec un chiffre d’affaires annuel d’environ 25M€, le club compte seulement 25 employés, sans compter les joueurs. Propriété de la famille Corsi, des entrepreneurs basés dans la ville toscane produisant des tissus en cuir, les performances du Empoli  FC sont déjà un petit miracle dans cette période du foot business.

Confrontés à des problèmes défensifs importants, à des performances décevantes de la part de leur recrue star de l’été, les Toscans sont mal engagés avec une place dans la zone rouge. Cependant, avec seulement trois points de retard sur le quinzième (Cagliari), rien n’est encore rédhibitoire. Pour éviter la Serie B, Empoli va devoir être plus performant en défense, avoir un La Gumina plus décisif et compter sur le soutien de son public. En effet, les abonnés de l’équipe représentent plus de 12% des habitants de la ville d’Empoli.